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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417272

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417272

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417272
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juin et 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est illégal en raison de l'inexistence de la mesure d'éloignement sur laquelle il se fonde ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'à supposer qu'une telle mesure d'éloignement ait été prise le 29 juin 2022, il a quitté la France pour la République tchèque dans le délai de départ volontaire avant d'être reconduit en France par les autorités tchèques dans le cadre d'un " transfert Dublin " le 24 juin 2024 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fouassier, président de chambre, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 25 octobre 2024, en présence de Mme Canaud, greffière d'audience, le rapport de M. Fouassier, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 10 avril 1981, est entré en France en 2019 selon ses déclarations. Par arrêté du 24 juin 2024, le préfet de police a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en date du 29 juin 2022, qui lui a été notifié le 30 juin 2022. Si l'arrêté attaqué du 24 juin 2024 portant interdiction de retour se fonde sur la circonstance que M. B s'est soustrait à cette mesure d'éloignement, M. B soutient, d'une part, en produisant des relevés de carte bancaire, et sans être contredit, qu'il se trouvait en République tchèque dès juillet 2022, soit dans le délai de trente jours qui lui avait été imparti pour quitter le territoire, et, d'autre part, qu'il ne se trouvait en France à la date de l'arrêté attaqué que parce qu'il y avait été reconduit par les autorités tchèques dans le cadre d'un " transfert Dublin ", ce que corrobore le procès-verbal de la police de l'air et des frontières du 24 juin 2024 produit en défense. Dans ces conditions, M. B, qui ne peut être regardé comme s'étant soustrait à l'obligation de quitter le territoire du 29 juin 2022, est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué du 24 juin 2024 doit être annulé.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pafundi, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pafundi de la somme de 1 100 euros.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de police a interdit à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Pafundi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Pafundi la somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pafundi et au préfet de police.

Le magistrat désigné,

C. FOUASSIER

La greffière,

I. CANAUDRendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417272/2-3

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