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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417236

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417236

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417236
TypeDécision
Formation2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, M. B A, représenté par Me Opoki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel la préfète du Val de Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val de Marne de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et la préfète a commis à cet égard une erreur manifeste d'appréciation quant au pays de renvoi ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour méconnaît l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La préfète du Val de Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 9 octobre 2024, en présence de Mme Lardinois, greffière d'audience, le rapport de M. Fouassier, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 avril 1995, est entré en France le 4 mars 2019 selon ses déclarations. Par arrêté du 24 juin 2024, la préfète du Val de Marne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté en toutes ces dispositions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment la 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. A soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison des opinions politiques qui lui sont imputées, il n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation quant au pays de destination ne peuvent qu'être écartés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, et, en tout état de cause, à l'encontre des autres décisions attaquées.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A se borne à invoquer, sans l'établir, une présence de cinq ans en France, et ne fait état d'aucun élément permettant au tribunal d'apprécier la réalité de ses attaches personnelles en France. Dès lors le moyen ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, si M. A semble soutenir, en mentionnant par erreur l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision portant interdiction de retour méconnaîtrait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de circonstances humanitaires, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val de Marne du 24 juin 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné

C.FOUASSIER

La greffière,

S. LARDINOIS

La République mande et ordonne à la préfète du Val de Marne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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