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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421482

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421482

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421482
TypeDécision
Formation2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantSCHWARZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 août 2024, enregistrée le 13 août 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris, en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par M. A B.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 29 juin 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente et est entaché d'insuffisance de motivation ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal dès lors que les faits allégués par l'administration manquent en fait et ne pouvaient fonder une telle mesure ;

- la décision portant interdiction de retour avec signalement aux fins de non-admission sont disproportionnés au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fouassier en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 25 septembre 2024, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fouassier,

- et les observations de Me Schwars, avocat commis d'office, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 21 septembre 1995, entré en France en 2021 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 juillet 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 12 juillet 2022. M. B a présenté une demande de réexamen, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 avril 2023. M. B a présenté une deuxième demande de réexamen le 14 juin 2024. Par un arrêté du 28 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le Système d'informations Schengen. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté SGA n°2024-27 du 7 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 7 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à Mme D C, attachée, chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, délégation à l'effet de signer certaines décisions, dont relèvent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. Il mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et satisfait aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

5. En l'espèce, si M. B fait valoir qu'il vit en concubinage avec un compatriote en situation régulière, il ressort des pièces du dossier que M. B n'est entré en France qu'en 2021 et que sa famille réside au Pakistan. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, soutient que son éloignement vers son pays d'origine serait contraire aux stipulations précitées, en raison de son orientation sexuelle, il ne verse aux débats aucun élément permettant d'établir qu'il serait effectivement susceptible d'être la cible de torture, de peines ou de traitements inhumains ou dégradants. Par suite, il n'est pas davantage fondé à se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, et, en tout état de cause, à l'encontre de autres décisions attaquées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Au regard de ce qui a été dit au point 5, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

10. Pour refuser à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est uniquement fondé sur le fait que celui-ci avait déclaré lors de son audition par les services de police qu'il " n'envisageait pas un retour au pays d'origine et qu'il ferait appel ". Cette seule circonstance ne saurait suffire à caractériser une intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français au sens du 4° de l'article L. 612-3 précité. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en lui refusant un délai de départ volontaire, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2024 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ".

13. Il ressort des mentions figurant sur l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français, qui justifie le prononcé d'une telle mesure par l'existence d'une mesure d'éloignement sans délai, que le préfet a entendu se fonder sur les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il y a lieu d'annuler cette décision par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2024 en tant qu'il a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an avec signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 juin 2024 est annulé en tant qu'il refuse d'accorder à M. B un délai de départ volontaire et qu'il a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an avec signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

C. FOUASSIERLa greffière,

A. DOUCET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./2-3

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