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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2317304

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2317304

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2317304
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juillet et 12 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 19 juillet 2023 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de mettre fin à son signalement dans le Système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des arrêtés pris dans leur ensemble :

- ils sont entachés d'incompétence ;

- ils sont entachés d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que le requérant est titulaire d'un passeport et est entré régulièrement en France, sous couvert d'un visa court séjour délivré par le Danemark ;

- elle est entachée d'une méconnaissance du droit d'être entendu, dès lors que le procès-verbal produit par le préfet de police est daté du 29 juillet 2023, alors qu'il aurait pu faire valoir son expérience professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et d'une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'ancien article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 612-3.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'il n'a pas cherché à se soustraire à la précédente mesure d'éloignement, dans la mesure où il s'est présenté au commissariat et où l'administration préfectorale n'a pas saisi cette opportunité pour le reconduire à la frontière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il est entré en France en 2010 et y a une activité professionnelle ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weidenfeld,

- les observations de Me Bulajic, représentant de M. B, présent et assisté de Mme C, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais, né le 7 juin 1973, à Karachi, au Pakistan, est entré en France le 2 octobre 2010, selon ses déclarations. Par des arrêtés du 19 juillet 2023, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour décider l'éloignement de M. B, le préfet de police s'est borné à relever, d'une part, que l'intéressé était dépourvu de document de voyage et ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, d'autre part, que le requérant étant célibataire et sans enfant à charge, la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que M. B était titulaire d'un visa de court séjour délivré par les autorités danoises en cours de validité à la date de son entrée déclarée en France, le 2 octobre 2010, d'autre part, que le requérant, ainsi qu'il en avait informé les services de la préfecture à l'occasion de son audition le 19 juillet 2023 à 11h45, réside habituellement en France et peut justifier d'un diplôme et d'une activité professionnelle de réparateur de téléphone, déclarée entre 2016 et 2019. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que, faute d'avoir pris en considération la durée de sa présence sur le territoire français et l'emploi qu'il y a exercé, ainsi que les conditions de son entrée en France, l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Dès lors que ces éléments étaient susceptibles d'influer sur le sens des arrêtés attaqués, il y a lieu d'annuler ces derniers en toutes leurs décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. D'une part, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police, ou le préfet territorialement compétent, réexamine la situation de M. B. Toutefois, en l'absence de conclusions en ce sens, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder.

4. D'autre part, l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement que le préfet de police prenne toute mesure utile pour faire cesser l'inscription de M. B au Système d'information Schengen. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de justice :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E:

Article 1er : Les arrêtés du 19 juillet 2023 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de prendre toute mesure utile pour faire cesser l'inscription de M. B au Système d'information Schengen.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La présidente,

K. Weidenfeld Le greffier,

A. LemieuxLe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAILe Président,

J-C. DUCHON-DORISLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2317304/6-1

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