vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2321760 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | GAGEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 18 septembre 2023 et 12 et 15 octobre 2023, M. D C, représenté par Me Gagey, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant cet examen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Gagey, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ou, à défaut, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination ont été prises par un signataire incompétent, méconnaissent son droit à être entendu, sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant refus de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans sont entachées d'une erreur d'appréciation, l'interdiction de retour pendant deux ans est, en outre, disproportionnée.
Par un mémoire, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, en indiquant que celle-ci n'apporte aucune observation particulière de sa part.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant géorgien, né le 28 avril 1985, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les moyens communs à la décision d'éloignement et à la décision fixant le pays de renvoi :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-032 du 1er mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à M. A E, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, délégation de signature à effet de signer, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Elles visent notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles font également état d'éléments de fait relatifs à la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. C, dont la demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement par les autorités compétentes. De plus, M. C a été entendu lors d'une audition dans le cadre de la garde-à-vue dont il a fait l'objet suite à son interpellation pour conduite sans permis le 16 septembre 2023, dont le procès-verbal est produit en défense et il a alors fait état de sa situation personnelle. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et, notamment, pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C. Le moyen doit, par suite, être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :() 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté le 30 septembre 2019 la demande de protection internationale de M. C et que la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une décision du 27 mai 2020. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation des dispositions précitées sera donc écarté.
9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ().
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C est né en Géorgie le 28 avril 1985, qu'il a obtenu un titre de séjour italien, le 17 février 2017, avant d'entrer régulièrement en France le 10 novembre 2018 muni de son passeport biométrique, afin de déposer une demande d'asile. S'il se prévaut de ce qu'il est marié avec une compatriote avec laquelle il a eu un enfant né le 18 juin 2021, il ressort des pièces du dossier que sa compagne est elle-même en situation irrégulière et qu'il n'y a pas d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France et, en particulier, en Géorgie, dont ils sont ressortissants. En outre, M. C n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé, compte tenu de l'ensemble de sa situation.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement; () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 25 juillet 2019 par le préfet du Bas-Rhin à la suite du rejet de sa première demande d'asile. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine a pu légalement se fonder sur les dispositions précitées de l'article L. 612-3-5° pour lui refuser un délai de départ volontaire, alors même que l'intéressé s'est abstenu de répondre à la question, pendant son audition, s'il accepterait de retourner dans son pays d'origine s'il bénéficiait d'une aide financière. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. Compte tenu de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, de la situation irrégulière de son épouse en France et de ce que M. C ne justifie pas de liens suffisamment forts et anciens sur le territoire français ni de circonstances humanitaires particulières, l'interdiction de retour sur le territoire français ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de cette interdiction.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Gagey et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.
La magistrate désignée,
A. BLa greffière,
J. Iannizzi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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