mercredi 15 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2322550 |
| Type | Décision |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | IBARA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 26 septembre 2023, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 26 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal administratif de Paris, en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par M. C A B.
Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023 au tribunal administratif de Clermont-Ferrand, M. C A B, représenté par Me Ibara, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permet l'admission exceptionnelle au séjour par le travail ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, la préfète de l'Allier, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Fouassier, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 14 août 1980 à Monastir en Tunisie est entré en France en janvier 2014 selon ses déclarations. Par un arrêté du 21 septembre 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français, en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Si M. A B soutient que la préfète de l'Allier a entaché sa décision d'illégalité en ne lui délivrant pas un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire et ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En second lieu, il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
6. En l'espèce, la décision prononçant à l'encontre de M. A B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois mentionne que l'intéressé déclare être entré irrégulièrement en France en 2014, qu'il n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, qu'il travaille illégalement sous couvert d'un faux document d'identité, et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Or, si le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public par le seul usage d'un faux document d'identité pour lui permettre de travailler, il ne fait état d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'interdiction de retour. Par ailleurs, en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour, la préfète de l'Allier n'a pas, au vu des circonstances mentionnées dans la décision, qui ne sont utilement contestées, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
C. FOUASSIERLa greffière,
I. CANAUD
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2322550/2-3