mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2322862 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | BULAJIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 4 et 26 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par un signataire incompétent ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait le droit d'être entendu et le principe du contradictoire et elle est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen et d'une erreur de fait, elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, le préfet de police, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Seulin en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Seulin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Bulajic, pour M. B A, présent.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 27 mai 1990, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, par un arrêté n°2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2023-056 du 23 janvier 2023, le préfet de police a donné à Mme C D, attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu le 19 septembre 2023 par les services de police et qu'il a pu faire valoir les éléments relatifs à sa situation, comme il ressort du procès-verbal d'audition du même jour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En quatrième lieu, si M. B soutient être entré en France muni de son passeport et d'un visa, la photocopie du passeport qu'il produit ne porte aucune mention d'un visa. Si, dans l'arrêté attaqué, le préfet de police indique, à tort, que l'intéressé est démuni d'un passeport, la mention selon laquelle il ne justifie pas être entré régulièrement en France est en revanche exacte, en l'absence de preuve de délivrance d'un visa. Ce faisant, le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de décider de l'éloigner, quand bien même il mentionne à tort que l'intéressé était démuni d'un passeport. Cette erreur de fait sur l'absence de passeport n'est pas de nature à entacher d'illégalité la mesure d'éloignement, dès lors que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le sol français en étant démuni d'un visa. Ces deux moyens seront donc écartés.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Si le requérant, qui soutient être entré sur le territoire en mai 2022, se prévaut de sa bonne insertion professionnelle, il n'exerce son emploi en contrat à durée indéterminée que depuis septembre 2023. De plus, il est célibataire et sans charge familiale. Par suite, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
7. En dernier lieu, il est constant que M. B n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis son arrivée sur le territoire français, en mai 2022. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui délivrant pas un certificat de résidence.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du préfet de police du 19 septembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, tout comme celles à fin d'injonctions ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
La magistrate désignée,
A. SeulinLa greffière,
J. Iannizzi
La République mande et ordonne au préfet de police, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2322862/4-1