mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326220 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 décembre 2023, M. B E, représenté par Me Galindo Soto, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 12 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il doit être éloigné et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, plus généralement de l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue de démarches auprès de l'autorité administrative compétente, dans le délai de deux jours et de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- Il est entaché d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de sa grave maladie psychiatrique.
S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- le risque de fuite objectif et imminent n'est pas caractérisé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations du Titre IV de l'Accord Franco-algérien et les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien, né le 14 août 1994, entré en France selon ses déclarations en mai 2020, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de vingt-quatre mois.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à M. C D pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée du 12 novembre 2023 du préfet de police mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent les fondements et notamment que l'intéressé est entré sur le territoire français en 2020, qu'il est célibataire et sans enfant à charge, s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée le 7 juillet 2021, a commis un vol sur personne vulnérable le 11 novembre 2023 et que la décision prise ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté. Il ne ressort de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen sérieux et complet de la situation du requérant.
5. En troisième lieu, le requérant mentionne des attaches familiales sur le territoire français sans les détailler ou les étayer avec des documents. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et aux conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ".
7. Pour prononcer la mesure d'éloignement, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que M. E ne pouvait justifier ni d'une entrée régulière sur le territoire français ni d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ des dispositions précitées permettant au préfet d'obliger un étranger à quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. Aux termes des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
9. M. E soutient que son état psychiatrique est incompatible avec un renvoi dans son pays d'origine, mais ne produit aucun élément de nature à établir ses dires. Le seul rapport médical produit, indiquant son incapacité totale de travail pour trois jours et émanant de l'Unité Médico-Judiciaire Paris-nord en date du 13 novembre 2023, ne suffit pas à établir que son état de santé ferait obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
10. En dernier lieu, M. E ne peut utilement invoquer à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, la méconnaissance de l'accord franco-algérien qui ne régit pas l'éloignement des ressortissants algériens mais seulement leur droit au séjour.
En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ".
12. Pour refuser à M. E l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet a considéré que celui-ci s'est soustrait à une mesure d'éloignement en date du 7 juillet 2021, que son comportement constitue une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne présente pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. E, qui ne justifie pas en l'état du dossier des garanties dont il allègue et notamment d'une adresse stable ni que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public, alors que le préfet a relevé qu'il avait été interpellé et placé en garde à vue le 11 novembre 2023 pour des faits de vol aggravé sur personne vulnérable et qu'il ressort des pièces produites par le requérant lui-même, et notamment du procès-verbal en date du 12 novembre 2023 au commissariat de police de Paris 18ème , qu'il a indiqué aux officiers avoir été incarcéré pendant un mois pour des faits similaires six mois auparavant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir sa vulnérabilité et l'impossibilité d'être pris en charge dans son pays d'origine, alors qu'il n'établit pas bénéficier actuellement d'un suivi médical. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " L'article L. 612-8 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
15. M. E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai. Par suite, le préfet devait assortir sa décision d'une interdiction de retour en application des dispositions précitées. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été signalé le 11 novembre 2023 pour des faits de vol aggravé sur personne vulnérable. Il n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité n'édicte pas une telle interdiction ni avoir des liens intenses avec la France, dès lors qu'il déclare être célibataire, sans enfant et ne justifie pas de la réalité de la durée de son séjour. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-6 à L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Par ailleurs, M. E n'est pas fondé à se prévaloir de l'accord franco-algérien pour contester une mesure d'éloignement.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E:
Article 1er : M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Galindo Soto et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La présidente,
P. ALe greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2326220/3-1