jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417348 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, M. A B, représenté par Me Keufak Tameze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans portant inscription aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois en lui fournissant un récépissé de demande de titre de séjour pendant la durée du réexamen, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il dispose d'éléments permettant d'attester de son intégration en France ;
Le préfet des Yvelines a produit des pièces qui ont été enregistrées le 29 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, présidente de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique en présence de Mme Yahiaoui, greffière d'audience, Mme Bailly a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Keufak-Tameze, représentant M. B en sa présence ;
Considérant ce qui suit :
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. A B, ressortissant capverdien né le 24 septembre 1986, est entré en France en 1987, alors qu'il était âgé de huit mois, selon ses déclarations. Par un arrêté du 25 juin 2024, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, en fixant le pays de renvoi à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
4. M. B fait valoir qu'il est né en Italie et qu'il est entré en France à l'âge de huit mois en 1987 et s'y est maintenu depuis lors. Il ressort des pièces versées au dossier qu'il a notamment été scolarisé au collège Gay Lussac à Colombes (92700) de 1998 à 2002 et qu'il a obtenu le 7 juillet 2011, un titre professionnel de cuisinier délivré à Bobigny qui lui a permis, selon ses dires, de travailler en qualité de second de cuisine dans plusieurs restaurants. En outre, M. B justifie que plusieurs membres de sa famille dont ses frères sont de nationalité française. Enfin, il établit vivre en concubinage avec une ressortissante de nationalité française, avec qui il a eu deux enfants de nationalité française, nés en 2018 et en 2020. Ainsi M. B, qui fait valoir qu'il a résidé régulièrement en France pendant plusieurs années au début des années 2010, justifie de l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire français où il a toujours vécu ainsi que de son insertion sociale et professionnelle. Par suite, et alors que l'intéressé avait fait part de ces éléments lors de son audition par les services de police et même s'il n'est pas contesté que l'intéressé a déjà fait l'objet en 2015 et en 2020 d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, devenue définitive, faute d'exercice par l'intéressé d'un recours contentieux, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du préfet des Yvelines l'obligeant à quitter sans délai le territoire français avec interdiction de retour pour cinq ans, au motif qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes est entaché d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation personnelle.
5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige en date du 25 juin 2024 en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. En application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet compétent au regard du lieu de résidence de M. B de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et de se prononcer sur son cas, dans un délai de trois mois, après avoir mis à même l'intéressé de fournir l'ensemble des éléments permettant d'examiner la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour, sans qu'il y ait lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
8. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire par le présent jugement. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Keufak Tameze en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B à titre définitif, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté en date du 25 juin 2024 par lequel le préfet des Yvelines a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a assorti sa décision d'une interdiction de retour d'une durée de cinq ans est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet compétent au regard du lieu de résidence de M. B de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et de se prononcer sur son cas, dans un délai de trois mois, après avoir mis à même l'intéressé de fournir l'ensemble des éléments permettant d'examiner la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Keufak Tameze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Keufak Tameze, avocat de M. B, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis à titre définitif à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.
Copie en sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2024.
La magistrate désignée,
P. Bailly La greffière,
C. Yahiaoui
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.