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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422462

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422462

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422462
TypeDécision
Formation3e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 13 septembre 2024, M. B, représenté par Me Dupourqué, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Dupourqué, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si la demande d'aide juridictionnelle de M. B devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'insuffisance de motivation ;

- est entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

la décision fixant le pays de renvoi :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, présidente de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailly, magistrate désignée,

- les observations de Me Jarrousse, substituant Me Dupourqué, représentant de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian, né le 2 juillet 2002, entré en France selon ses déclarations en septembre 2023, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a cependant été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 décembre 2023, notifiée le 25 janvier 2024. M. B demande l'annulation de l'arrêté en date du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux délais dans lesquels le tribunal doit se prononcer sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".

4. En premier lieu, il est constant que la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été refusé à M. B par une décision du 28 décembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui lui a été notifiée le 25 janvier 2024. Ainsi, l'intéressé ne bénéficie plus du droit de se maintenir en France et entrait dans le champ des dispositions précitées permettant au préfet de police de l'obliger à quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, la décision contestée du 11 juillet 2024 du préfet de police mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent les fondements et notamment que l'intéressé a vu sa demande rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 décembre 2023 et que la décision prise ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté. Il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen sérieux et complet de la situation du requérant.

6. En troisième lieu, M. B se prévaut de sa méconnaissance de la notification par voie dématérialisée de la décision de l'OFPRA, ayant rejeté sa demande de protection internationale, en raison de ses difficultés de communication avec le guichet unique, ce qui l'aurait empêché d'exercer un recours devant la Cour nationale du droit d'asile pour soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il est constant que l'intéressé n'a toujours pas introduit de demande de réexamen de sa demande d'asile ni n'a informé les services préfectoraux de sa situation particulière, alors qu'il ressort de la fiche " Telemofrpa " produite par le préfet en défense, que la décision de l'OFPRA du 28 décembre 2023 lui a été notifiée le 25 janvier 2024. Dans ces conditions M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il sera exposé à des risques de peines ou traitements inhumains au sens des stipulations citées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son orientation sexuelle. A cet égard, il ressort de la jurisprudence de la Cour nationale du droit d'asile la reconnaissance de l'existence d'un groupe social des personnes homosexuelles au Nigéria au sens des dispositions de la convention de Genève, alors que le code pénal nigérian, en son chapitre 21, article 217, condamne à trois ans d'emprisonnement tout individu masculin qui se livrerait, avec un autre individu masculin, à des actes considérés comme portant atteinte à la pudeur. La loi " Same sex marriage (prohibition) Act " (SSMPA) promulguée en 2014, punit de quatorze ans d'emprisonnement toute personne qui aurait une relation avec une personne du même sexe ou qui contracterait un mariage ou une union civile avec une personne du même sexe. De même la charia, applicable dans douze Etats du Nord du Nigeria, punit l'acte de sodomie de la peine de mort par lapidation, tandis que les actes sexuels lesbiens sont punissables de cinquante coups de fouet et de six mois d'emprisonnement. La société nigériane, quant à elle, est hostile aux personnes LGBTQIA+ et les personnes homosexuelles sont régulièrement stigmatisées ou isolées par la population. Il fait en outre valoir qu'il n'a pu effectuer de recours devant la cour nationale du droit d'asile, n'ayant pas eu connaissance de la décision de l'OFPRA et qu'il a entrepris des démarches avec une association pour déposer une demande de réexamen de sa demande d'asile.

10. En l'espèce, M. B justifie suffisamment son orientation sexuelle par les témoignages et attestations produits, en particulier celles de l'Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l'immigration et au séjour (ARDHIS). Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments soumis au tribunal, il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé, s'il est éloigné vers le Nigéria, y courra un risque réel d'être soumis à un traitement contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, il est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le Nigéria comme pays à destination duquel il peut être éloigné, méconnait ces stipulations.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il peut être reconduit en tant qu'elle n'exclut pas le Nigéria.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, au sens des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative que l'autorité administrative prenne une décision dans un sens déterminé ni ne procède au réexamen de la situation de M. B mais seulement qu'elle ne procède pas à son éloignement vers le Nigéria. Il appartient à M. B d'introduire, dans les meilleurs délais, une demande de réexamen de sa demande de protection internationale.

Sur les frais du litige :

13. M. B est admis, par le présent jugement au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dupourqué, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dupourqué de la somme de 1 000 euros. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

D É C I D E:

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 11 juillet 2024 est annulé en tant qu'il prévoit que M. B peut être éloigné vers le Nigéria.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dupourqué une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dupourqué renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La présidente,

P. BaillyLe greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2422462/3-1

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