mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423052 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 août 2024, Mme A B, représentée par Me Joory, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024, notifié le 19 août suivant par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou à défaut une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Joory, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 alinéa 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, présidente de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailly, magistrate désignée.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante mauritanienne, née le 1er janvier 1994, entrée en France selon ses déclarations en novembre 2022, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a cependant été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 octobre 2023, notifiée le 7 novembre 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 13 mars 2024, notifiée le 15 mars 2023. Mme B demande l'annulation de l'arrêté en date du 11 juillet 2024, notifié le 19 août suivant, par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, eu égard aux délais dans lesquels le juge des référés doit statuer, de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01288 du 8 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à M. C D, chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée du 11 juillet 2024 du préfet de police mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent les fondements et notamment que l'intéressée a vu sa demande rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 octobre 2023, ce que la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le 13 mars 2024 et que la décision prise ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écartée. Il ne ressort de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen sérieux et complet de la situation de la requérante.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
6. Si l'obligation de respecter le droit d'être entendu - partie intégrante du respect des droits de la défense, principe générale du droit de l'Union - se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, elle ne saurait toutefois être interprétée en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a eu la possibilité dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile de porter à la connaissance de l'administration et des instances chargées de l'asile l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont elle souhaitait se prévaloir et qu'elle ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de cette demande, elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'intéressée aurait été empêchée de porter à la connaissance du préfet toute information qu'elle aurait estimé utile et susceptible d'avoir une incidence sur l'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu son droit d'être entendu avant l'édiction de l'arrêté attaqué.
8. En quatrième lieu, si la requérante se prévaut de sa prise en charge médicale pour des troubles d'origine somatique liés à un stress post-traumatique, pour son diabète et des kystes ovariens, les seules pièces produites ne permettent pas d'établir que l'état de santé de la requérante nécessiterait un traitement médical dont le défaut aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou qu'un traitement adapté ne serait pas disponible dans son pays d'origine; qu'ainsi et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
9. En cinquième lieu, la requérante mentionne des attaches privées sur le territoire français sans les détailler ou les étayer avec des documents. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et aux conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".
11. Il est constant que la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été refusé à Mme B par une décision du 13 mars 2024 de la Cour nationale du droit d'asile qui lui a été notifiée le 15 mars 2023. Ainsi, l'intéressée ne bénéficie plus du droit de se maintenir en France et entrait dans le champ des dispositions précitées permettant au préfet de police de l'obliger à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais en vigueur, reprenant les dispositions anciennement applicables de l'article L. 513-2 invoquées : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.". Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi () et aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
(
13. Si Mme B soutient craindre des traitements inhumains et dégradants sur le territoire mauritanien, elle ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations sur les risques personnels auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée le 18 octobre 2023, ce qui a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 13 mars 2024. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'ancien article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 721-4 du même code et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E:
Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La présidente,
P. Bailly
Le greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2423052/3-1