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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327280

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327280

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327280
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantBARBÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 28 novembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B au tribunal administratif de Paris.

Par cette requête enregistrée le 15 novembre 2023 au tribunal administratif de Versailles et par un mémoire complémentaire enregistré le 6 février 2024 au tribunal administratif de Paris, M. A B, représenté par Me Barbé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée de défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle ne précise pas la durée de l'interdiction de retour.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2023 au tribunal administratif de Versailles et un mémoire en défense enregistré le 6 février 2024 au tribunal administratif de Paris, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Arnaud en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,

- et les observations de Me Barbé, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant britannique, a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () "

3. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que la décision d'obligation de quitter le territoire français dont M. B fait l'objet est notamment fondée sur la circonstance qu'il ne précise pas les modalités de son séjour en France, en particulier qu'il ne justifie pas des dates de son arrivée ni de son départ du territoire français, qu'il est sans domicile fixe et qu'il ne dispose pas de ressources financières suffisantes lui permettant de faire face aux besoins de son séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que deux billets d'avion ont été réservés au nom de M. B, le premier pour un vol à destination de Paris le 11 novembre 2023 et le second pour un vol au départ de Paris le 14 novembre 2023, le requérant établissant pour chacun de ces billets qu'ils avaient été pris préalablement à la date de la décision. En outre, le requérant produit l'attestation de la mère de l'un de ses amis, qui soutient l'héberger le 13 novembre 2023, M. B ayant par ailleurs mentionné au cours son audition du 12 novembre 2023 par les services de police qu'il était hébergé chez celle-ci. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B disposait à la date de la décision attaquée d'une carte bancaire et de revenus au titre de ses activités de professeur d'anglais, suffisants pour faire face à ses besoins pour un séjour de quatre jours en France. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait.

4. D'autre part, la décision attaquée est également fondée sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public en raison du fait qu'il a été interpellé pour des faits de port sans motif d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. M. B fait valoir qu'il portait sur lui, au moment de son interpellation, un couteau suisse qu'il utilisait pour des activités de permaculture, alors qu'il avait assisté l'ami qui l'hébergeait lors de son séjour en France lors d'un salon sur le thème de l'agriculture biologique qui s'est déroulé du 8 au 12 novembre 2023, sur lequel celui-ci tenait un emplacement, ce qui est cohérent avec ses déclarations telles qu'elles ressortent du procès-verbal d'audition du 13 novembre 2023 établi par les services de police. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait fait l'objet de précédents signalements ou condamnations. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public et la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas pu prendre la même décision en se fondant sur ce seul motif.

5. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français du 13 novembre 2023 doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, ainsi que, par voie de conséquence, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays à destination duquel M. B doit être éloigné et l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel M. B doit être éloigné et portant interdiction de retour sur le territoire français est annulé.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 100 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.

La magistrate désignée,

B. ARNAUD

La greffière,

A. DOUCET

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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