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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328021

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328021

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328021
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Calvo Pardo demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 5 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire, et fixant le pays à destination duquel il doit être éloigné, ainsi que l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, et d'ordonner qu'il soit mis fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte de façon manifeste et disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors d'une part qu'aucune mesure d'éloignement ne lui avait été notifiée avant l'arrêté attaqué et d'autre part en ce qu'elle est fondée sur la circonstance qu'il ne justifierait pas d'un passeport en cours de validité ni d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Arnaud en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,

- et les observations de Me Calvo-Pardo, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais, a fait l'objet d'un arrêté du 5 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, ainsi que d'un arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les dispositions dont elle fait application, en particulier les articles L.611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise en outre les circonstances de fait qui en constituent le fondement, notamment le fait que la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été refusé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 26 mai 2021, que cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 12 novembre 2021 et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () "

4. Si le requérant soutient qu'il remplit les conditions pour obtenir une carte de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le titre délivré sur ce fondement ne constitue pas un titre de séjour de plein droit. M. B ne peut donc pas utilement soutenir que le préfet de police aurait dû examiner sa situation au regard de ces dispositions avant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français, alors qu'au demeurant il n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé un tel titre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui tiré de l'erreur d'appréciation doit doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). "

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, arrivé en France en 2021 à l'âge de 34 ans, est célibataire et sans enfants sur le territoire français. Il en ressort par ailleurs qu'il travaille depuis le mois de septembre 2021 dans le secteur du bâtiment. S'il soutient qu'il a noué des relations amicales et professionnelles, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. Si le requérant soutient qu'il risque, en cas de retour dans son pays d'origine, d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en raison de son appartenance au parti d'opposition Bangladesh National Party, il n'apporte aucune précision à ce sujet ni aucun élément au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

10. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de police s'est fondé sur l'existence d'un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, en relevant qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 5 mai 2022 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Il ressort des pièces du dossier que le requérant disposait à la date de la décision attaquée d'un passeport en cours de validité et qu'il avait élu domicile jusqu'au 10 mars 2024 auprès d'une association. En outre, le requérant soutient que la mesure d'éloignement du 5 mai 2022 ne lui a pas été notifiée. Si le préfet de police produit un extrait du fichier national des étrangers mentionnant mesure d'éloignement du 5 mai 2022 notifiée le 19 mai suivant, cet élément ne suffit pas à établir la notification régulière de cette mesure à l'intéressé. Ces motifs sont donc irréguliers. Il ressort toutefois du procès-verbal d'audition de M. B sur sa situation administrative daté du 5 décembre 2023 qu'il a déclaré son intention de ne pas quitter le territoire français dans le cas où une mesure d'éloignement lui serait notifiée. En se fondant sur un tel motif, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Il en résulte que le préfet de police aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

12. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les dispositions dont elle fait application, en particulier les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, cette décision précise que l'intéressé allègue être entré sur le territoire en 2021, ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté qu'il est célibataire et sans enfants, et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Enfin, la circonstance que les motifs retenus sont présentés sous la forme de mentions correspondant à des cases cochées est sans incidence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir qu'il est présent en France depuis 2021 et qu'il travaille et a tissé des liens professionnels et amicaux en France, ces circonstances ne suffisent pas à établir que la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées. En outre, s'il soutient que l'interdiction prononcée fait obstacle à la possibilité de demander un titre de séjour et empêche son employeur de solliciter en sa faveur une autorisation de travail afin qu'il puisse revenir en France par la procédure d'introduction de salarié étranger, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

14. En dernier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français qui est prise concomitamment à une mesure d'éloignement. La circonstance que l'autorité administrative n'est pas tenue d'édicter une telle mesure d'interdiction en complément d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire et qu'elle peut, pour des raisons humanitaires, également s'abstenir de prononcer une telle interdiction à la suite d'une décision d'éloignement sans délai, ne fait pas obstacle au prononcé de cette mesure lorsque le ressortissant étranger a pu être entendu et ainsi mis à même, au cours de la procédure et avant toute décision lui faisant grief, de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement, et notamment faire valoir d'éventuelles circonstances humanitaires.

15. Il ressort du procès-verbal établi avec un interprète en langue bengalie que le requérant a été entendu le 5 décembre 2023 sur sa situation administrative, préalablement à l'édiction des deux arrêtés attaqués, et a ainsi été mis à même de présenter ses observations sur sa situation. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît son droit d'être entendu.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.

La magistrate désignée,

B. ARNAUD

La greffière,

A. DOUCET

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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