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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2328552

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2328552

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2328552
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 12 décembre 2023 en tant qu'il a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de 12 mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation tant dans son principe que sa durée pour l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), il n'est en tout état de cause pas éloignable vers l'Afghanistan dès lors que les autorités françaises ont suspendu l'éloignement effectif des ressortissants afghans vers leur pays d'origine depuis la prise de pouvoir des talibans, cette interdiction est également disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Claisse, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Seulin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Seulin ;

- les observations de Me Da Costa, substituant Me Pafundi, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que l'interdiction de retour ne pouvait se fonder sur l'article L. 612-6 du CESEDA dès lors que M. A a bénéficié d'un délai de départ volontaire et insiste ensuite sur l'impossibilité pour l'intéressé de retourner en Afghanistan depuis la prise de pouvoir par les talibans et, ainsi, sur l'illégalité de l'interdiction de retour qui repose sur une mesure d'éloignement non exécutable.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 décembre 2023, le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de 12 mois à l'encontre de M. A, de nationalité afghane. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquels elle se fonde, est suffisamment motivée et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, si M. A soutient que l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire est privé de base légale, le préfet de police produit l'arrêté du 4 octobre 2023 portant l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur lequel se fonde la décision attaquée, qui est devenu définitif. Il ressort en outre des termes mêmes de l'arrêté attaqué du 12 décembre 2023 qu'il vise l'article " L. 612-6 et suivants " du CESEDA sans se limiter à l'article L. 612-6 et, à cet égard, le requérant ayant bénéficié d'un délai de départ volontaire de trente jours, la mesure d'interdiction du territoire français d'une durée de douze mois a été prise sur le fondement de l'article L. 612-7 du CESEDA. Enfin, la circonstance, à la supposée établie, que le retour des ressortissants afghans vers leur pays d'origine serait suspendu depuis la prise de pouvoir des talibans, en août 2021, concerne l'exécution de la mesure d'éloignement et est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

6. En dernier lieu, le préfet de police s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que le requérant est en France depuis le 15 août 2019, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisé avec la France dès lors qu'il est célibataire sans charge de famille et sur le fait qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du 4 octobre 2023 dont il s'est soustrait, pour fixer à douze mois la durée de cette interdiction. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police n'aurait pas pris en compte les conditions fixées à l'article L. 612-10 du CESEDA pour fixer la durée de l'interdiction de retour, ni que cette durée serait disproportionnée au regard de sa situation personnelle. Ces deux moyens seront donc écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en tout état de cause, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024

La magistrate désignée,

A. Seulin

La greffière,

J. Iannizzi

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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