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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2405106

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2405106

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2405106
TypeDécision
Formation6e Section - Urgences
Avocat requérantCABINET MATUCHANSKY, POUPOT, VALDELIEVRE, RAMEIX (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 21 mars 2024, la SAS FC Rouen 1899 Diables rouges et l'association Football club de Rouen 1899, représentés par la SELARL Gomond Avocats d'affaires, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de la décision du 15 décembre 2023 par laquelle la commission d'appel de la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) de la Fédération française de football (FFF) a confirmé la sanction d'un retrait ferme de cinq points au classement sportif de la saison 2023/2024, la mesure d'encadrement de la masse salariale brute, et la mesure d'interdiction totale de recruter de nouveaux joueurs sous contrat jusqu'au terme de la saison 2023/2024 prononcée par la décision du 28 novembre 2023 de la commission fédérale de contrôle des clubs ;

2°) de mettre à la charge de la FFF une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée fausse l'équité sportive et affectent directement la situation sportive et économique du club, dont les résultats sportifs dans le cadre de la saison 2023/2024, lui permettaient de prétendre à une montée au championnat " Ligue 2 ", au minima au maintien en championnat " National 1 ", tandis que le club est maintenant exposé au risque d'être relégué en division inférieure " National 2 " à la fin de la saison, qui aura lieu au mois de mai 2024 ;

En ce qui concerne le doute sérieux :

- le directeur général adjoint de la commission d'appel de la DNCG n'avait pas compétence pour signer la décision du 15 décembre 2023 ;

- les membres de la commission d'appel de la DNCG ayant pris part à la décision du 21 décembre 2023 ne disposaient pas d'un mandat régulier ;

- la décision est insuffisamment motivée en droit ;

- la commission d'appel de la DNCG a commis une erreur de droit en fondant sa décision, à tort, sur les écarts entre les comptes estimés et les comptes définitifs au 30 juin 2023 ;

- la commission a procédé au retraitement de créances du club sans base légale, en appliquant ainsi des règles comptables plus strictes que les règles auxquelles il est fait référence dans les règlements de la FFF ;

- la commission d'appel de la DNCG a commis une erreur d'appréciation en considérant à tort que le club ne justifiait pas de capitaux propres positifs ;

- les décisions attaquées sont disproportionnées en ce que la discordance réelle entre les comptes estimés et définitifs au 30 juin 2023 et un doute sérieux sur la possibilité du club à comptabiliser ses créances sur l'exercice 2022/2023 ne justifient pas de la sévérité des sanctions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, la Fédération française de football, représentée par la société d'avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation MPVR, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge solidaire de la SAS FC Rouen 1899 Diables rouges et l'association Football club de Rouen 1899 une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée, en ce que le préjudice invoqué est incertain et qu'un intérêt public s'oppose à la suspension de la décision attaquée ;

- la requérante ne développe aucun moyen susceptible, en l'état de l'instruction, de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 janvier 2024 sous le numéro 2401393 par laquelle la SAS FC Rouen 1899 Diables rouges et l'association Football club de Rouen 1899 demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code du sport,

- les règlements généraux de la Fédération française de football,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Gomond, représentant les requérants, qui indique qu'il reste 9 matchs avant la fin du championnat et qu'ainsi, il ne peut être considéré dès maintenant que la décision attaquée est sans incidence sur l'accès du club requérant à la 1ère ou à la 2ème place ou sa relégation en division inférieure (National 2), lui permettant de se qualifier pour l'accession en ligue 2 ; il relève en outre que la décision est fondée sur une confusion entre capitaux propres et fonds propres et que la FFF s'est arrogée un pouvoir de retraitement comptable que l'article L. 132-2 du code du sport ne lui confère pas.

- les observations de Me Poupot, représentant la Fédération française de football (FFF), qui indique que l'urgence ne pourrait être retenue qu'une fois joués presque tous les matchs du championnat et qu'en tout état de cause, les implications en cascade que pourrait avoir une suspension de la sanction seraient de nature à priver la requête de son caractère d'urgence ; il précise en outre que les retraitements ont été effectués pour tenir compte des informations inexactes données par le club requérant, non pas en raison des divergences temporelles liées à la date de clôture des comptes, mais de la comptabilisation de créances afférentes à des saisons antérieures et non encore versées et à la présence de dettes fiscales et sociales sous-estimées.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 28 novembre 2023, la commission fédérale de contrôle des clubs (CFCC) de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), instituée conjointement par la FFF et la Ligue de football professionnel (LFP), a sanctionné le club du FC Rouen 1899 d'un retrait ferme de cinq points au classement sportif de la saison 2023/2024, en raison du caractère inexact et insincère des informations comptables données à la CFCC. Par ailleurs, compte tenu des difficultés financières du club, elle a prononcé une mesure d'encadrement de la masse salariale brute à hauteur de 1 952 000 euros pour la saison en cours et une mesure d'interdiction totale de recruter de nouveaux joueurs sous contrat jusqu'au terme de la saison 2023-2024. A la suite de l'appel interjeté par le club, ces mesures ont été confirmées par la commission d'appel de la DNCG par une décision du 15 décembre 2023. Le conciliateur désigné en vertu des articles L.141-4 et R.141-5 et suivants du code du sport a également, le 1er mars 2024, proposé de ne pas modifier la décision du 15 décembre 2023. Par la présente requête, les requérantes demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de la commission d'appel de la DNCG du 15 décembre 2023.

Sur les conclusions présentées par les requérantes :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En premier lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, en raison notamment de l'absence de délégation de signature régulièrement établie et publiée, du vice de procédure, lié à l'irrégulière composition de la commission et de l'insuffisante motivation, en droit et en fait, de la décision attaquée, ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

4. En deuxième lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur de fait ou de droit qu'aurait commise la commission d'appel de la CNCG en contrôlant la situation juridique et financière du club sans s'en tenir à l'attestation et à la certification des comptes par l'expert-comptable et le commissaire aux comptes, et de l'erreur de fait ou d'appréciation quant au caractère inexact des informations portées à la connaissance de la commission et aux difficultés financières et de trésorerie rencontrées par le club ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Il ne résulte pas davantage de l'instruction, à la date de la présente ordonnance, que les mesures prononcées par la commission d'appel seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension présentées par la SAS FC Rouen 1899 Diables rouges et l'association Football club de Rouen 1899 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, en ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice.

Sur les conclusions présentées par la FFF relatives aux frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner les requérantes solidairement à verser une somme de 1 000 euros à la Fédération française de football en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SAS FC Rouen 1899 Diables rouges et de l'association Football club de Rouen 1899 est rejetée.

Article 2 : La SAS FC Rouen 1899 Diables rouges et l'association Football club de Rouen 1899Prénom verseront, à titre solidaire, à la Fédération française de football, la somme totale de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS FC Rouen 1899 Diables rouges, à l'association Football club de Rouen 1899 et à la Fédération française de football.

Fait à Paris, le 26 mars 2024.

La juge des référés,

K. A

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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