mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418709 |
| Type | Décision |
| Formation | 6e Section - Urgences |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Ozeki, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de renouveler son récépissé avec autorisation de travail ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé avec autorisation de travail le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'une semaine suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il est maintenu dans une situation de précarité et qu'il a été contraint de suspendre son contrat de volontariat pour l'insertion avec l'EPIDE et sa formation de " technicien des industries du futur " qui doit débuter le 29 août 2024 ;
Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de police, représenté par M. B, conclut au rejet de la requête de M. A.
Il fait valoir que :
- sa requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision inexistante, la venue de l'intéressé au guichet le 4 juillet 2024 ayant pour seul objet la restitution des originaux de ses documents d'état civil ;
- que la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2418710 par laquelle M. A demande notamment l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gandolfi pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 12 juillet 2024, en présence de Mme Nguyen greffière d'audience, M. Gandolfi a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Ozeki, pour M. A, qui reprend et développe les moyens de la requête et soutient, en outre que sa requête est recevable,
- et les observations de Me Floret, pour le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 15 mai 2003, est entré en France le 3 octobre 2022 sous couvert d'un vida long séjour en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, sa mère s'étant vue reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire. Par une ordonnance du 5 mars 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police avait refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation. Le 12 mars 2024, M. A s'est vu délivrer un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 11 juin 2024. Le 26 avril 2024, M. A a sollicité le renouvellement de ce récépissé. Une attestation de prolongation valable jusqu'au 5 août 2024 mais ne l'autorisant pas à travailler a été édictée sur le compte de l'ANEF de M. A. Les 7 et 13 mai, 3, 11 et 14 juin 2024, M. A a sollicité du préfet de police qu'il rectifie l'attestation de prolongation d'instruction afin qu'il soit autorisé à travailler ou qu'il lui renouvelle son récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son récépissé l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'existence d'une décision implicite de rejet :
3. Le préfet de police fait valoir qu'aucune décision refusant de renouveler le récépissé dont était titulaire M. A n'aurait été prise par l'agent au guichet le 4 juillet 2024. Toutefois, il ressort de ce qui a été relevé au point 1 de la présente ordonnance et des pièces du dossier que M. A a, dès le 7 mai 2024, sollicité du préfet de police qu'il rectifie l'attestation de prolongation d'instruction afin qu'il soit autorisé à travailler ou qu'il lui renouvelle son récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et qu'aucune réponse n'a été apportée à sa demande, laquelle a nécessairement été implicitement rejetée. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet de police, le silence gardé par l'administration à la suite de sa demande a fait naître une décision implicite de rejet.
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a bénéficié, le 12 mars 2024, d'un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler. Il ressort également des pièces du dossier que le 21 mai 2024, il a conclu un contrat de volontariat pour l'insertion avec l'Etablissement pour l'insertion dans l'emploi jusqu'au 16 janvier 2025 et qu'il est inscrit dans une formation intitulée " technicien des industries du futur " qui doit débuter le 29 août 2024. Contrairement à ce que fait valoir le préfet de police, il ressort en outre des pièces du dossier que l'absence de renouvellement de son récépissé fait obstacle à ce qu'il puisse poursuivre son accompagnement à l'EPIDE et son parcours d'études en informatique et à ce qu'il puisse intégrer une formation. Enfin, s'il ressort également des pièces du dossier que M. A est détenteur, depuis le 6 mai 2024, d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 5 août 2024, cette attestation mentionne explicitement qu'elle ne l'autorise pas à travailler.
6. Il suit de là que l'exécution de la décision attaquée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation professionnelle et personnelle de M. A. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. Aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / () / 10° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " prévue à l'article L. 424-9 et la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " prévue à l'article L. 424-11 ; / () ". Aux termes de l'article R. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de première délivrance d'une carte de séjour prévue aux articles () L. 424-11 () autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur. / () ".
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été relevé précédemment que la mère de M. A s'est vue reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par la France et que M. A a sollicité du préfet de police qu'il lui délivre un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " sur le fondement de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet de police a méconnu les dispositions citées au point précédent est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
11. Eu égard au motif retenu pour suspendre l'exécution de la décision en litige, la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance une attestation de prolongation d'instruction de sa demande l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Ozeki, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Ozeki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 000 euros sera versée à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de modifier l'attestation de prolongation de l'instruction afin qu'il soit autorisé à travailler est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ozeki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Ozeki, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 000 euros sera versée à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Ozeki.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
G. Gandolfi
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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