lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405391 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 8 mars 2024, M. A B, représenté par Me Hidouci, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2024 par lequel le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros à verser à Me Hidouci, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le préfet de police a commis une erreur de droit en énonçant une interdiction de retour avant l'expiration du délai d'un an imparti pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français du 11 juillet 2022 ;
- il a commis une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les pièces complémentaires enregistrées le 28 mars 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 5 janvier 1987 et entré en France le 10 mars 2017, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 octobre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 11 avril 2022. Par un arrêté du 11 juillet 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, en fixant le pays de renvoi. Par un nouvel arrêté du 24 février 2024, pris sur le fondement des articles L. 612-6 et suivant du CESEDA, le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois à son encontre. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 612-7 du CESEDA : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. "
4. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois à l'encontre de M. B, le préfet de police s'est fondé sur le fait que le requérant s'est soustrait à une obligation de quitter le territoire français prononcée le 11 juillet 2022. Si M. B soutient que l'arrêté contesté est dépourvu de base légale dès lors que la mesure d'éloignement est caduque du fait de l'écoulement d'un délai supérieur à un an, aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit une telle caducité. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 612-10 du CESEDA : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
6. Pour prononcer une interdiction de retours sur le territoire français d'une durée de douze mois à l'encontre de M. B, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que le requérant a fait l'objet, à la suite du rejet de sa demande d'asile, d'une mesure d'éloignement prononcée le 11 juillet 2022 et qu'il s'est soustrait à cette mesure. Or, il est constant que M. B n'a pas exécuté cette obligation de quitter le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant à charge et, s'il se prévaut du fait qu'il réside en France depuis sept ans, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et que sa sœur réside également sur le territoire français, il n'établit pas avoir concentré l'ensemble de ses intérêts en France. Par suite, la décision d'interdiction de retours sur le territoire français pour une durée de douze mois n'est pas entachée d'erreur d'appréciation et le moyen doit donc être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 24 février 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Hidouci.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.
La magistrate désignée,
A. CLa greffière,
J. Iannizzi
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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