Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2416679

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2416679
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET MOUNET HUSSON-FORTIN (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, et des mémoires, enregistrés le 31 janvier 2025, le 13 février 2025 et le 14 mars 2025, la société de droit belge JDIC, représenté par l'AARPI Mounet Husson-Fortin, agissant par Me Mounet, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 27 mai 2024 par laquelle la directrice des politiques sociales de la caisse des dépôts et consignations (CDC) a rejeté sa demande de paiement d’une somme de 28 890,85 euros correspondant au règlement total de dix-neuf factures émises par la société CPF Avenir, que la société JDIC a acquises auprès de la société de droit belge Edebex dans le cadre d’une cession de créances, assortie d’une indemnité forfaitaire ;

2°) à titre principal, de condamner la CDC à lui verser la somme de 28 890,85 euros, assortie des intérêts légaux à compter du 27 mars 2024 ; à titre subsidiaire, d’enjoindre à la CDC de procéder au réexamen de la demande de règlement des dix-neuf factures à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la CDC une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

La société soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête n’est pas dépourvue d’objet dès lors que la CDC ne lui pas a notifié la décision de sanction qu’elle avait prise à l’encontre de la société CPF Avenir et que le CDC ne prouve pas que les factures cédées concerneraient des formations concernées par la sanction ;
- sa qualité pour agir est établie dès lors que la cession de créance est valide et qu’elle a été régulièrement notifiée à la CDC ;
- la décision attaquée méconnaît les articles L. 212-2 et L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en ce que l’article 6.8 des conditions particulières propres aux organismes de formations de la plateforme « Mon compte formation » ne s’appliquent pas dans le cadre d’un rachat de créance ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en ce que ni les conditions générales d’utilisation de la plateforme « Mon compte formation » applicable à la date d’émission des factures ni l’article L. 6323-9 du code du travail ne font obstacle au règlement des factures à la suite d’une cession de créances.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 décembre 2024, le 13 février 2025 et le 26 novembre 2025, la CDC, représentée par le cabinet Adden Avocats, agissant par Me Nahmias, conclut :
- à titre principal, au non-lieu à statuer ;
- à titre subsidiaire, à l’irrecevabilité de la requête ;
- à titre très subsidiaire, au rejet de la requête ;
- en tout état de cause, à la mise à la charge de la société requérante d’une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CDC soutient que :
- il n’y a pas lieu de statuer sur la requête, la créance réclamée étant inexistante ;
- la société requérante n’a pas qualité pour agir ;
- les autres moyens soulevés par la société JDIC ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée
au 23 janvier 2026 à midi.

Un mémoire présenté pour la société JDIC a été enregistré le 4 septembre 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Rannou,
- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,
- les observations de Me Lopes, substituant Me Mounet, représentant la société JDIC,
- les observations de Me Guéna, substituant Me Nahmias, représentant la CDC.

Considérant ce qui suit :

1. La société de droit belge JDIC soutient avoir acquis, via la plateforme en ligne de la société bancaire de droit belge Edebex, une créance détenue par la société de droit français CPF Avenir à l’encontre de la caisse des dépôts et consignations (CDC) au titre du financement d’actions de formation, pour un montant de 28 130,85. Par un courrier du 27 mars 2024, la société JDIC a mis en demeure la CDC de régler cette somme, augmentée d’un montant de 760 euros correspondant à l’indemnité forfaitaire prévue par les dispositions de l’article L. 441-10 du code du commerce, soit un montant total de 28 890,85 euros. Par la présente, requête la société JDIC demande l’annulation de la décision du 27 mai 2024 par laquelle la CDC a rejeté sa demande.

Sur l’exception de non-lieu à statuer opposée par la CDC :

2. D’une part, il n’est pas établi que la décision de sanction notifiée à la société CPF Avenir le 15 mai 2023 est devenue définitive. D’autre part, il n’est pas établi que les dossiers ayant fait l’objet de la sanction infligée par la CDC soient identiques aux dossiers ayant fait l’objet de la cession de créance litigieuse. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l’instruction que la créance dont se prévaut la société JDIC serait éteinte. Par suite, il y a toujours lieu, pour le tribunal, de statuer sur les conclusions de la requête de la société JDIC et l’exception de non-lieu soulevée par la CDC doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin de remboursement de la créance :

3. Aux termes de l’article 1321 du code civil : « La cession de créance est un contrat par lequel le créancier cédant transmet, à titre onéreux ou gratuit, tout ou partie de sa créance contre le débiteur cédé à un tiers appelé le cessionnaire. / Elle peut porter sur une ou plusieurs créances présentes ou futures, déterminées ou déterminables. / Elle s'étend aux accessoires de la créance. / Le consentement du débiteur n'est pas requis, à moins que la créance ait été stipulée incessible ». L’article 1324 du code civil dispose : « La cession n'est opposable au débiteur, s'il n'y a déjà consenti, que si elle lui a été notifiée ou s'il en a pris acte ».

4. La société JDIC produit un acte de cession de créance daté du 19 décembre 2022 signé par la seule société Edebex, qui indique agir pour le compte du créancier, la société CPF Avenir, suivant un mandat dont la date ne figure pas sur l’acte, et pour le compte du cessionnaire, la société JDIC, suivant un mandat du 20 février 2019. La société JDIC produit également le mandat signé par la présidente de la société CPF Avenir le 17 février 2021. Toutefois, elle ne produit pas le mandat du 20 février 2019 qu’elle aurait signé avec la société Edebex. Ainsi, la société JDIC n’est pas fondée à s’en prévaloir pour réclamer à la CDC des sommes au titre de toute créance qu’aurait détenue la société CPF Avenir à l’encontre de la CDC.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société JDIC doit être rejetée dans toutes ses conclusions, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense.

Sur les frais du litige :

6. D’une part, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CDC, qui n’est pas la partie perdante dans la présente espèce, la somme demandée par la société JDIC. D’autre part, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société JDIC le versement d’une quelconque somme à la CDC au titre des mêmes dispositions.


D E C I D E:

Article 1er : La requête de Société JDIC est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse des dépôts et consignations (CDC) au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société JDIC et à la caisse des dépôts et consignations (CDC).

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

- M. Gracia, président,
- M. Claux, premier conseiller,
- M. Rannou, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


Le rapporteur,




G. RANNOU
Le président,




J-Ch. GRACIA

La greffière,




S. LOUISOR


La République mande et ordonne au premier ministre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.