mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418839 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 25 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Ansart, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 9 juillet (sic) 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Paris (sic) de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " salarié " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de Paris (sic) de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de mettre en œuvre la procédure d'effacement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le préfet a commis une erreur de droit car elle n'entre pas dans le champ des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle a déposé une demande de titre de séjour le 16 février 2024 ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu les dispositions du 8° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur de fait car elle a déposé une demande de titre de séjour le 16 février 2024 ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :
- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le risque de fuite n'est pas établi par les pièces du dossier ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le refus de départ volontaire est entaché d'illégalité ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal,
- les observations de Me Ansart, représentant Mme B.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêtés du 8 juillet 2024, le préfet de police a obligé Mme B à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans. Mme B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative de Mme B. Contrairement à ce qu'elle soutient, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont elle entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, Mme B soutient que le préfet a commis une erreur de droit pour défaut de base légale car elle ne remplissait pas les conditions posées par les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a déposé une demande de titre de séjour le 16 février 2024. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire que le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'elle est dépourvue de document de voyage et ne peut justifier être entrée régulièrement en France, circonstances qu'elle ne conteste pas utilement. Par suite, la circonstance qu'elle ait déposé une demande de titre de séjour n'est pas de nature à établir à elle seule le défaut de base légale invoqué. Enfin, les jugements d'annulation cités dans les écritures de son conseil à l'appui de ce moyen ont été prononcés sur un tout autre fondement que celui de l'erreur de droit pour défaut de base légale. Il résulte de tout ce qui précède que ce nouveau moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, Mme B soutient que le préfet aurait méconnu les dispositions du 8° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile interdisant d'obliger à quitter le territoire l'étranger titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle avec un taux d'incapacité égal ou supérieur à 20%. Toutefois, la circonstance que la requérante qui travaille en qualité de cuisinière au sein d'une boucherie soit en arrêté maladie n'est pas de nature à la faire entrer dans le champ de ces dispositions. Par suite, ce nouveau moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme B ressortissante marocaine née en 1978 soutient qu'elle est entrée en France en 2019 avec sa fille et son mari pour rejoindre sa sœur justifiant d'un titre de séjour valable 10 ans et ses enfants tous de nationalité française. Elle soutient ensuite qu'elle a entrepris des démarches le 16 février 2024 en vue de la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié car elle justifie d'un domicile en France et d'un contrat à durée indéterminée et a obtenu un rendez-vous pour le 20 juin 2025 et que cette mesure la prive d'une possibilité de régularisation de sa situation administrative et professionnelle. Elle soutient, enfin que sa fille et son mari bénéficient de titres de séjour en France. Toutefois, d'une part, la requérante ne justifie pas de la régularité du séjour de son mari. Ensuite, il n'est pas utilement contesté qu'elle est très défavorablement connue des services de police et a été arrêtée pour violence avec usage ou menace d'une arme sur sa propre fille ayant entrainé une ITT inférieure à 8 jours et menace de mort réitérée. Enfin, Mme B ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales au Maroc. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire ni d'erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire ni méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
7. En cinquième lieu, Mme B soutient, s'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le risque de fuite n'est pas établi par les pièces du dossier dès lors qu'elle est entrée régulièrement en France, a transmis aux services de la préfecture son adresse, a indiqué avoir entrepris au mois de février 2024 des démarches en vue de la délivrance d'un titre de séjour salarié ainsi que les coordonnées de son employeur et du lieu d'exécution de son contrat de travail. Toutefois, pour prendre sa décision, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'elle n'a pu présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'elle ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. D'une part, il n'est pas contesté qu'au moment de son arrestation, la requérante n'a pu produire les documents de voyage que son conseil produit devant le tribunal. D'autre part et surtout la seule facture d'électricité de la compagnie Vattenfall pour une adresse au 43 boulevard Davout à Paris ne saurait à elle seule justifier d'une telle résidence d'autant qu'elle a déclaré être domiciliée chez sa sœur au 52 rue Stendhal. Par suite, ce nouveau moyen sera lui aussi écarté.
8. En dernier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination et lui refusant un délai de départ volontaire doit être écartée.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 8 juillet 2024 du préfet de police. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
A. BéalLa greffière
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2418839/6