Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420172

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420172
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée les 24 juillet et 12 août 2024, Mme A... B... demande au tribunal d’annuler les décisions des 7 juin 2024 et 9 juillet 2024 par lesquelles l'Agence de services et de paiement lui a refusé le bénéfice du chèque énergie au titre de l’année 2022.

Elle soutient que :
• elle a informé les administrations de son changement d’adresse et elle a fait les démarches auprès de la Poste pour le suivi de son courrier ;
• elle pensait que les messages de relance qui lui avaient été envoyés étaient de « faux sms » et le site internet ne mentionnait aucun droit pour l’année 2022 de sorte qu’elle a été informée de son éligibilité le 24 avril 2024 ;
• elle a besoin de cette aide pour le paiement de ses factures compte tenu de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2025, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :
• la requérante ne peut plus bénéficier du chèque énergie exceptionnel qui avait été émis en sa faveur au titre de l’année 2022 dès lors que sa réclamation est irrecevable en application de l’article R. 124-7-2 du code de l’énergie ;
• la validité du chèque est expirée à la date de sa réclamation en application du 1° du I de l’article 1er du décret n° 2022-1552 du 10 décembre 2022 ;
• la requérante ne justifie pas avoir informé ses services de son changement d’adresse ni avoir fait suivre son courrier pendant six mois.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
• le code de l’énergie ;
• le code rural et de la pêche maritime ;
• le décret n° 2022-1552 du 10 décembre 2022 ;
• le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Armoët a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Le 14 mai 2024, Mme B... a présenté une réclamation auprès de l’Agence de services et de paiement afin de bénéficier du chèque énergie dont elle avait été informée par téléphone le 24 avril 2024 qu’il lui avait été accordé au titre de la campagne exceptionnelle de l’année 2022. Par une décision du 7 juin 2024, l’Agence de services et de paiement a rejeté sa réclamation en raison de sa tardiveté. Mme B... a formé un recours gracieux contre cette décision le 26 juin 2024. Son recours gracieux a été rejeté par une décision du 9 juillet 2024. Par la présente requête, Mme B... doit être regardée comme demandant au tribunal d’annuler la décision du 7 juin 2024, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 9 juillet 2024, et de lui accorder le bénéfice de cette aide.
2. D’une part, aux termes de l’article L. 124-1 du code de l’énergie : « Le chèque énergie est un titre spécial de paiement permettant aux ménages dont le revenu fiscal de référence est, compte tenu de la composition du ménage, inférieur à un plafond d'acquitter tout ou partie du montant des dépenses d'énergie relatives à leur logement ou des dépenses qu'ils assument pour l'amélioration de la qualité environnementale ou la capacité de maîtrise de la consommation d'énergie de ce logement comprises parmi celles mentionnées à l' article 200 quater du code général des impôts Le chèque énergie est émis et attribué à ses bénéficiaires par l'Agence de services et de paiement mentionnée à l' article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime, qui en assure le remboursement aux personnes et organismes définis par décret en Conseil d'Etat (...) ». Aux termes de l’article L. 124-2 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : « Le chèque énergie comporte, lors de son émission, une valeur faciale modulée en fonction du nombre de membres et des revenus du ménage. Il est nominatif et sa durée de validité est limitée. Cette durée de validité est différente selon que le chèque énergie est utilisé pour acquitter des factures d'énergie relatives au logement ou des dépenses d'amélioration de la qualité environnementale ou de maîtrise de la consommation d'énergie du logement mentionnées à l'article L. 124-1 (...) ». Aux termes de l’article L. 124-3 du même code : « Les chèques qui n'ont pas été présentés au remboursement avant la fin du deuxième mois suivant l'expiration de leur durée de validité sont définitivement périmés ». Aux termes de l’article R. 124-2 de ce même code, dans sa version applicable au litige : « Le chèque énergie est émis au titre d'une année civile, sur un support papier ou sous forme dématérialisée. Sa valeur faciale est déterminée en fonction des revenus et de la composition du ménage, tels que définis à l'article R. 124-1. Le chèque émis au titre d'une année civile comporte une échéance au 31 mars de l'année civile suivante. (...) ».
3. D’autre part, aux termes de l’article 1er du décret du 10 décembre 2022 relatif à la protection des consommateurs en situation de précarité énergétique : « I. - Un chèque énergie exceptionnel est émis au titre de l'année 2022 dans les conditions prévues à l'article R. 124-2 du code de l'énergie. Toutefois, par dérogation à cet article : 1° L'échéance de validité du chèque énergie exceptionnel est fixée au 31 mars 2024 ; 2° L'échéance de validité des attestations mentionnées au troisième alinéa de l'article R. 124-2 est fixée au 30 avril 2023. II. - Par dérogation à l'article R. 124-3 du même code, la valeur faciale (TTC) du chèque énergie exceptionnel est fixée à 200 € pour les ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est inférieur à 10 800 € ; 100 € pour les ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est supérieur ou égal à 10 800 € et inférieur à 17 400 € (...) ».
4. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l’administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d’une personne en matière d’aide ou d’action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d’emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner les droits de l’intéressé, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui résultent de l’instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l’article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d’annuler ou de réformer, s’il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l’intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l’administration afin qu’elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
5. Il résulte de l’instruction que l’Agence de services et de paiement a adressé un chèque énergie exceptionnel d’un montant de 100 euros à Mme B... le 4 janvier 2023, à l’adresse qui avait été portée à sa connaissance. En application des dispositions rappelées au point 3 du présent jugement, la validité de ce chèque énergie exceptionnel expirait le 31 mars 2024. Or la requérante a saisi l’Agence de services et de paiement d’une demande tendant au bénéfice de cette aide le 14 mai 2024, soit après l’expiration de la validité du chèque qui lui avait été attribué. Si la requérante soutient que le chèque lui a été envoyé à son ancienne adresse, elle n’apporte, en tout état de cause, aucun élément permettant d’étayer ses déclarations selon lesquelles elle aurait fait des démarches pour transmettre sa nouvelle adresse à l’administration à la suite de son déménagement dont la date n’est au demeurant ni établie ni même précisée. De même, si Mme B... fait valoir qu’elle avait conclu un contrat de réacheminement de son courrier à sa nouvelle adresse, elle n’en justifie aucunement. En tout état de cause, il est constant que Mme B... a été informée par les services de l’Agence de services et de paiement, par l’envoi de messages sur son téléphone portable, de la mise à disposition d’un chèque exceptionnel au titre de l’année 2022. La circonstance alléguée par la requérante selon laquelle elle aurait cru que les messages étaient de faux envois frauduleux est sans incidence sur le fait qu’elle a été informée par les services de l’Agence de services et de paiement, avant l’expiration de la validité du chèque en cause, de la mise à disposition de cette aide. Dans ces conditions, Mme B... n’est pas fondée à réclamer le bénéfice du chèque énergie exceptionnel de l’année 2022 dont la validité est expirée depuis le 31 mars 2024.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à l'Agence de services et de paiement.


Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,




signé
E. Armoët
La présidente,




signé
N. Amat
La greffière,




signé
L. Thomas

La République mande et ordonne aux ministres chargés de l’agriculture et de l’emploi en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.