Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422625

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422625
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMEILHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 août 2024 et 12 mars 2025, et par un mémoire récapitulatif produit en application de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative le 25 avril 2025, la société Arci Boétie, représentée par Me Meilhac (SELARL Meilhac avocats), demande au tribunal :

1°) d’annuler le titre exécutoire n° 171853 du 28 mai 2024 par lequel la maire de Paris a mis à sa charge la somme de 45 136, 48 euros au titre des droits de voirie dus pour l’année 2024 en raison de l’installation de terrasses ;

2°) de la décharger de l’obligation de payer la somme de 471, 45 euros résultant du calcul des droits de voirie dus pour une surface totale de terrasses ouvertes de 83 m2 ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, résultant de son mémoire récapitulatif enregistré le 25 avril 2025, elle soutient que :
- le titre exécutoire procède d’une illégalité externe ;
- c’est à tort que le titre exécutoire lui réclame des droits de voirie pour une surface totale de 83 m2 dès lors qu’il n’est pas établi qu’elle a installé des terrasses sur une superficie excédant de 5 m2 la surface autorisée de 78 m2 ;
- elle est fondée à demander la décharge de la somme de 471, 45 euros en conséquence.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février 2025 et 14 mars 2025, et par un mémoire récapitulatif produit en application de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative le 12 mai 2025, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- la contestation relative à la somme de 7 209, 58 euros au titre de l’installation de dispositifs de chauffage sur les terrasses ouvertes est devenue sans objet ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 mars 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- et les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. La société Arci Boétie exploite un restaurant à l’enseigne « Le Mirabeau », situé à l’angle de la place de Barcelone et de la rue Mirabeau dans le 16ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 30 juin 2016, la maire de Paris l’a autorisée à installer une terrasse fermée au niveau du 2 rue Mirabeau ainsi qu’une terrasse fermée, une terrasse ouverte protégée sur plancher mobile et une terrasse ouverte au niveau du 2 place de Barcelone. Le 28 mai 2024, la maire de Paris a émis un titre de perception en vue de recouvrer la somme de 45 136, 48 euros au titre des redevances d’occupation du domaine public afférentes à ces terrasses pour l’année 2024, incluant notamment des droits additionnels au titre de dispositifs de chauffage installés sur les terrasses ouvertes. Dans le dernier état de ses écritures, la société Arci Boétie, qui a obtenu en cours d’instance le dégrèvement de la somme de 7 209, 58 euros correspondant aux droits de voirie additionnels liés à l’installation de dispositifs de chauffage, demande l’annulation du titre de perception du 28 mai 2024 et la décharge de l’obligation de payer la somme de 471, 45 euros résultant du calcul des droits de voirie dus pour une surface totale de terrasses ouvertes de 83 m2.

Sur l’étendue du litige :

2. Si, dans sa requête, la société Arci Boétie avait demandé la décharge de la somme de 7 209, 58 euros mise à sa charge par le titre de perception litigieux pour des droits de voirie liés à l’installation de dispositifs de chauffage, elle n’a pas repris ces conclusions, dans le dernier état de ses écritures résultant de son mémoire récapitulatif du 25 avril 2025, en raison du dégrèvement partiel qu’elle a obtenu en cours d’instance. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur les conclusions aux fins d’annulation du titre de perception, sur les conclusions aux fins de décharge de la somme de 471, 45 euros et sur les conclusions présentées au titre des frais d’instance.

Sur la régularité du titre de perception :

3. D’une part, aux termes de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : « (...) 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ».

4. D’autre part, aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ».

5. Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les noms, prénoms et qualité de l’auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 3 ci-dessus, de même, par voie de conséquence, que l’ampliation adressée au redevable, et d’autre part, qu’il appartient à l’autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l’ordonnateur lui‑même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l’extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l’ampliation adressée au redevable.

6. En l’espèce, l’avis des sommes à payer valant ampliation du titre de recettes, adressé à la société Arci Boétie, indique que le titre du 28 mai 2024 a été signé par M. B... A..., en sa qualité d’ordonnateur. Il résulte de l’instruction que le bordereau de titre de recettes a été signé de façon électronique par ce même agent. Par suite, à supposer qu’en soutenant, dans son mémoire récapitulatif, que le titre exécutoire « procède d’une illégalité externe », la société requérante ait entendu maintenir le moyen tiré du vice de forme qu’elle avait soulevé dans sa requête initiale, ce moyen ne peut, en tout état de cause, qu’être écarté.

Sur le bien-fondé du titre de perception :

7. Aux termes de l’article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose : « Toute occupation ou utilisation du domaine public d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance (…) ». Aux termes de l’article L. 2125-3 du même code : « La redevance due pour l’occupation ou l’utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l’autorisation ». Aux termes de l’article L. 2125-4 de ce code : « La redevance due pour l’utilisation du domaine public par le bénéficiaire de l’autorisation est payable d’avance et annuellement (...) ».

8. L’annexe de l’arrêté de la maire de Paris du 27 décembre 2023 fixant les nouveaux tarifs applicables aux droits de voirie pour l’année 2024 dispose que, d’une part, « toute surface ou longueur, pour les ouvrages et objets dont les droits sont calculés au mètre linéaire, est arrondie à l’unité supérieure », d’autre part, « quand (...) une terrasse ouverte ou une terrasse munie de tout type de protection, notamment sous forme d’écrans parallèles, est autorisé sur la longueur totale de la façade de l’établissement, une déduction d’un mètre est effectuée pour le passage d’accès (...) ». En outre, en vertu de ce même arrêté, le tarif pour les terrasses ouvertes situées au-delà du tiers du trottoir et dans une voie classée dans la catégorie 3, comme il est constant que c’est le cas en l’espèce, est de 94, 29 euros au m2.

9. En premier lieu, il résulte de l’instruction que la société Arci Boétie a été autorisée, par un arrêté du 30 juin 2016, à installer, au niveau du 2 place de Barcelone, une terrasse ouverte protégée sur plancher mobile d’une longueur de 11, 30 mètres, ramenée à 10, 30 mètres en raison de la déduction d’un mètre pour le passage d’accès prévu par les dispositions précitées de l’arrêté du 27 décembre 2023, et d’une largeur de 4 mètres à partir du socle de la devanture, soit une terrasse ouverte protégée d’une superficie arrondie de 42 m2. En outre, il résulte de l’instruction qu’elle a été autorisée à installer, à cette même adresse, une terrasse ouverte d’une longueur de 10, 05 mètres et d’une largeur de 1, 65 mètre, soit d’une superficie arrondie de 17 m2. Ainsi, il résulte de l’instruction que la société requérante disposait d’une autorisation pour l’installation de terrasses ouvertes d’une superficie totale de 59 m2. Par suite, elle n’est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la Ville de Paris aurait dû calculer les droits de voirie au regard d’une superficie de terrasses ouvertes autorisée de 78 m2.

10. En second lieu, il résulte de l’instruction que la Ville de Paris a retenu que la société Arci Boétie avait installé une terrasse ouverte d’une largeur de 4 mètres, supérieure de 2, 35 mètres à la largeur autorisée de 1, 65 mètre. L’administration a ainsi calculé les droits de voirie dus au titre de l’année 2024 au regard de la superficie réelle de la terrasse ouverte non protégée de 41 m2. Elle a en conséquence retenu une superficie totale de terrasses ouvertes de 83 m2. Si la société requérante conteste la largeur de 4 mètres de la terrasse ouverte retenue par l’administration, elle n’apporte aucun élément permettant d’apprécier la largeur exacte de cette terrasse alors que la Ville de Paris se prévaut de photographies prises aux mois de mai 2022, août 2023 et avril 2024 montrant une terrasse ouverte installée devant la terrasse ouverte protégée dont la largeur est de 4 mètres, qui apparaît avoir une largeur équivalente à cette dernière. En outre, la société Arci Boétie ne conteste pas sérieusement avoir installé une terrasse d’une superficie supérieure à celle autorisée par l’arrêté du 30 juin 2016 dès lors qu’elle demande la prise en compte d’une superficie de terrasse ouverte de 32 m2, correspondant à la longueur autorisée de 10, 05 mètres et à une largeur de 3, 16 mètres qui excède, en tout état de cause, celle autorisée. Dans ces conditions, la société requérante n’est pas fondée à demander la décharge de la somme de 471, 45 euros correspondant à la différence entre la somme de 7 826, 07 euros qui lui est réclamée par le titre de perception litigieux et la somme de 7 354, 62 euros correspondant aux droits de voirie pour une superficie totale de terrasses ouvertes de 78 m2.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation et de décharge de la somme de 471, 45 euros présentées par la société Arci Boétie doivent être rejetées.





Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Arci Boétie et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la société Arci Boétie aux fins de décharge de la somme de 7 209, 58 euros.

Article 2 : La Ville de Paris versera à la société Arci Boétie une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Arci Boétie est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Arci Boétie et à la Ville de Paris.

Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

Le rapporteur,




signé
E. Armoët
La présidente,




signé
N. Amat
La greffière,




signé
L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.