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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2537358

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2537358

mercredi 14 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2537358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET REINHART, MARVILLE, TORRE (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’injonction ministérielle du 26 octobre 2025 qui interdisait à la société Carrosserie Guitton la mise sur le marché de ses bétaillères hydrauliques de type BHY2NP. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la société n'apportant pas la preuve d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, et qu'aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, méconnaissance du code du travail, incompétence, disproportion) n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2025, la société Carrosserie Guitton, représentée par Me Levain, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision portant injonction n°02/2025 du 26 octobre 2025 prise par la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 4 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

Sur l’urgence :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision attaquée, qui lui interdit la mise à disposition sur le marché de ses bétaillères hydrauliques de type BHY2NP, l’empêche d’honorer les commandes passées par ses clients et provoque la perte d’une part très importante de son chiffre d’affaires, mettant ainsi en péril sa viabilité et ses personnels ; que la décision attaquée porte atteinte à sa réputation, la prive, sur le long terme, d’une clientèle qu’elle avait su fidéliser et permet à ses concurrents de s’installer durablement auprès de cette dernière ; que la décision attaquée porte atteinte, plus largement, aux intérêts des entreprises intervenant dans le secteur de l’abattage et à l’intérêt public, puisqu’elle affecte, in fine, la commercialisation et la distribution de la viande en France ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît l’article R. 4314-11 du code du travail ;
- elle est entachée d’illégalité en ce que l’autorité administrative a méconnu l’étendue de sa propre compétence ;
- elle présente un caractère non nécessaire, inadapté et disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2026, la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d’urgence n’est pas remplie et qu’aucun des moyens invoqués n’est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Une note en délibéré, présentée par la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, a été enregistrée le 6 janvier 2026 et n’a pas été communiquée.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 décembre 2025, sous le n°2537372, par laquelle la requérante demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. Rohmer pour statuer sur les demandes en référés.

Au cours de l’audience publique, tenue le 6 janvier 2026 en présence de Mme Malhomme, greffière d’audience, M. Rohmer a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Levain et Me Gilavert, représentant la société Carosserie Guitton, qui reprennent et développent leurs écritures et soutiennent, en outre, que la société n’est pas en mesure de déterminer un délai au terme duquel elle pourra répondre aux injonctions prescrites par la décision attaquée ;
- les observations de M. A..., représentant la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, qui reprend et développe ses écritures et soutient, en outre, que la plupart des pièces produites par la requérante pour témoigner de la conformité de ses bétaillères hydrauliques à la règlementation européenne sont postérieures à la date d’édiction de la décision attaquée.

La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision portant injonction n°02/2025 du 26 octobre 2025, la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire a notamment interdit à la société Carrosserie Guitton la mise à disposition sur le marché d’exemplaires de bétaillère hydraulique de type BHY2NP, ou modèles équivalents comportant au moins deux niveaux pour le transport d’animaux, tant que ceux-ci ne sont pas accompagnés d’une notice d’instruction révisée, qu’une signalétique n’est pas apposée à proximité du levier de verrouillage des cellules des bétaillères, et qu’un dispositif dont le fonctionnement permet d’interdire la descente des cellules hautes si la porte de séparation des cellules basses est ouverte n’est pas installé sur ceux-ci. Par la requête susvisée, la société Carrosserie Guitton demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision n°02/2025 du 26 octobre 2025 prise par la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

4. Pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de la décision attaquée, la société Carrosserie Guitton fait notamment valoir que la décision attaquée l’empêche d’honorer les commandes passées par ses clients et provoque la perte d’une part très importante de son chiffre d’affaires, mettant ainsi en péril la société et ses personnels, et la prive, sur le long terme, d’une clientèle qu’elle avait su fidéliser. Toutefois, il résulte de l’instruction, et notamment de la note du 5 décembre 2025 rédigée par l’expert-comptable de la société, que la viabilité de la société Carrosserie Guitton ne serait remise en cause, en cas de poursuite d’interdiction de vente de ses bétaillères hydrauliques de type BHY2NP, qu’à compter du « milieu de 2026 ». Par ailleurs, la société Carrosserie Guitton n’établit pas être dans l’incapacité financière ni matérielle d’exécuter, à brève échéance, les injonctions prescrites par la décision n°02/2025 du 26 octobre 2025, alors qu’il résulte de l’instruction, d’une part, qu’elle a déjà entrepris d’appliquer plusieurs des mesures correctives proposées par la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, dont certaines, telle que l’amélioration de la notice d’instruction des bétaillères hydrauliques de type BHY2NP, se confondent, par leur objet, aux injonctions litigieuses, et, d’autre part, qu’il ressort de ses échanges avec la ministre, et notamment du courrier du 30 décembre 2025, que la société confirme sa capacité à mettre en œuvre, sans délai, l’ensemble des modifications que celle-ci propose en vue du retrait de la décision en litige. Dès lors la société n’établit pas qu’elle ne pourra, sans efforts disproportionnés, honorer une part substantielle des commandes de la bétaillères hydrauliques de type BHY2NP programmées 2026. Enfin, si la requérante soutient que la décision attaquée porte atteinte à sa réputation ainsi qu’aux intérêts des entreprises intervenant dans le secteur de l’abattage et à l’intérêt public, elle ne produit aucun élément probant à l’appui de ses déclarations. Par suite, la requérante n’établit pas, en l’état de l’instruction, l’existence d’une situation d’urgence rendant nécessaire la suspension de l’exécution de la décision qu’elle attaque dans l’attente qu’il soit statué sur sa requête au fond.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner si la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie, qu’il y a lieu de rejeter la requête de la société Carrosserie Guitton en toutes ses conclusions.


O R D ON N E :

Article 1er : La requête de la société Carrosserie Guitton est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Carrosserie Guitton et à la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.



Fait à Paris le 14 janvier 2026.


Le juge des référés,


Signé


B. ROHMER

La République mande et ordonne à la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


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