Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2615845

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2615845
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2026, Mme A... C... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 6 mai 2026 par laquelle la Maison départementale des personnes handicapées de Paris lui a reconnu un taux d’incapacité compris entre 50 % et 79 % et de porter ce taux à 80 % ;

2°) d’annuler la décision du même jour par laquelle la Maison départementale des personnes handicapées de Paris a confirmé sa décision initiale du 5 mai 2026 rejetant sa demande d’attribution d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement ».

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles,
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12‑1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles,
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pertuy, premier conseiller, afin de statuer par ordonnance, dans les conditions prévues à l’article R.222-1 du code de justice administrative, sur les dossiers affectés à sa chambre.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents de tribunal administratif (…) et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : (…) 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ;(…) / 7° Rejeter après expiration du délai de recours (…) les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien‑fondé. (…) ».

2. Aux termes de l’article R. 772-6 du même code : « Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611‑7 ». Sur ce fondement, Mme C... a été invitée à compléter sa requête au moyen du formulaire prévu à cet effet par un courrier du greffe du tribunal du 26 mai 2026 dont Mme C... a accusé réception le 29 mai 2026. Ce courrier invitait notamment Mme C... à préciser les motifs de sa demande et l’informait, d’une part, de la nécessité de soumettre au juge une argumentation destinée à établir que la décision contestée avait méconnu ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles et, d’autre part, de ce que sa requête était susceptible d’être rejetée comme irrecevable en l’absence de régularisation dans le délai imparti.

Sur les conclusions aux fins d’annulation et de réévaluation du taux d’incapacité :

3. En vertu des dispositions de l’article L. 146-8 du code de l’action sociale et des familles, une équipe pluridisciplinaire, après avoir entendu la personne handicapée, évalue ses besoins de compensation et son incapacité permanente sur la base de son projet de vie et de références définies par voie réglementaire et propose un plan personnalisé de compensation du handicap à la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées pour lui permettre de prendre les décisions mentionnées à l'article L. 241-6 du même code. En vertu des dispositions de l’article R. 146-29 de ce code, la proposition de plan est transmise à la personne handicapée, qui dispose d'un délai de quinze jours pour faire connaître ses observations, lesquelles sont portées à la connaissance de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. Celle-ci prend, en vertu des dispositions de l’article L. 146-9 du même code, sur la base de l'évaluation réalisée par l'équipe pluridisciplinaire et des souhaits exprimés par la personne concernée dans son projet de vie, les décisions relatives à l'ensemble des droits de cette personne, notamment en matière d'attribution de prestations et d'orientation. En vertu de l’article L. 245-3 du même code, la prestation de compensation du handicap peut être affectée à des charges liées à un besoin d'aides humaines, d’aides techniques, à l'aménagement du logement et du véhicule de la personne handicapée, à des charges spécifiques ou exceptionnelles, comme celles relatives à l'acquisition ou l'entretien de produits liés au handicap, ou liées à l'attribution et à l'entretien des aides animalières.

4. Ainsi, la maison départementale des personnes handicapées de Paris, pour les motifs développés au point précédent, ne peut être regardée comme ayant pris une décision sur ce taux d’incapacité qui, faisant grief, serait alors susceptible de faire l’objet d’un recours. Les conclusions de Mme C... à l’encontre de ce taux d’incapacité ayant été dépourvues d’objet dès l’introduction de sa requête, dès lors qu’elles étaient dirigées contre une décision alors matériellement et juridiquement inexistante, elles sont frappées d’une irrecevabilité manifeste insusceptible d’être régularisée et doivent être rejetées par application de l’article R. 222-1 4° du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l’annulation du refus d’attribution d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement » :

5. Selon le I de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. – La carte « mobilité inclusion » destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. (…) 3° La mention "stationnement pour personnes handicapées" est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ». Aux termes du IV de l’article R. 241-12-1 du même code : « Pour l'attribution de la mention “stationnement pour personnes handicapées”, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ». Aux termes de l’annexe de l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire).Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou- la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs :- une aide humaine ;- une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ;- un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou- la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d’un accompagnement s’impose dès lors que la personne risque d’être en danger ou a besoin d’une surveillance régulière. / (…) 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ».

6. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement pour personnes handicapées », il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux de l’aide et de l’action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui‑même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

7. Mme C... soutient qu’elle est atteinte de douleurs très fortes dans le dos, son bras ou ses cervicales entraînant des limitations importantes dans ses déplacements, notamment professionnels et dans l’accès à l’environnement urbain, réduisant sa mobilité pédestre et entraînant une perte d’autonomie dans ses déplacements de sorte que l’usage des transports en commun ainsi que des marches sur une distance urbaine ordinaire sont rendus très difficiles. Mme C... produit à l’appui de ses allégations un certificat médical établi par le Dr B..., médecin généraliste, qui indique que la pathologie dont est atteinte Mme C... entraîne un ralentissement moteur, nécessite des pauses, rend ses déplacements difficiles même s’ils peuvent être effectués sans aide humaine et sans fixation d’un périmètre de marche.

8. Toutefois, ce certificat, établi par un médecin généraliste, ne permet pas de démontrer que Mme C... remplisse l’un des critères d’appréciation de l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, tant en termes de périmètre de marche que de nécessité d’une aide humaine ou technique et, partant, que Mme C... ait le droit à la carte sollicitée. Par suite, l’argumentation exposée par Mme C... relative à l’erreur d’appréciation commise par l’administration dans l’examen de sa demande doit être regardée comme non assortie des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.

9. Par suite, les conclusions présentées à fin d’annulation, qui entrent dans le champ d’application du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu’être rejetées sur ce fondement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


OR D O N N E :


Article 1er : La requête susvisée est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C....

Fait à Paris, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




I. Pertuy


La République mande et ordonne au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.