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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2621298

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2621298

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2621298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 et 29 juillet 2026, M. B... A..., représenté par Me Pafundi, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 juillet 2026 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités portugaises ;

3°) d’enjoindre au préfet de police d’enregistrer sa demande d’asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d’asile dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la date de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d’insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen sérieux ;
- il est entaché d’une méconnaissance du principe du contradictoire ;
- il méconnaît l’article 20 du règlement (UE) 2024/1351 du 14 mai 2024 dès lors qu’il n’est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans une langue qu’il comprend ;
il méconnaît l’article 22 du même règlement dès lors qu’il n’est pas établi que l’entretien prévu par ces dispositions a eu lieu dans une langue qu’il comprend ;

- il méconnaît les articles 39, 40 et 41 du même règlement dès lors que l’administration n’établit pas avoir saisi les autorités portugaises dans le délai imparti par les textes ;
- il méconnaît l’article 42 du même règlement dès lors que le préfet n’a pas porté à la connaissance du requérant les informations nécessaires à la mise en œuvre du transfert par ses propres moyens ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dans la mise en œuvre de la clause discrétionnaire prévue à l’article 35 du règlement ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2026, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne ;
- le règlement (UE) 2024/1351 du 14 mai 2024 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Kusza en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Kusza, qui a en outre informé les parties, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur le moyen d’ordre public tiré de l’irrecevabilité de l’ensemble des moyens de la requête, à l’exception du moyen tiré de la méconnaissance de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, lesquels ne sont pas invocables en vertu de l’article 43 du règlement (UE) n° 2024/1351.
- les observations de Me Kalifa, avocat, substituant Me Pafundi, représentant le requérant ;
- et les observations de Me Zerad, avocat, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police.





Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 6 juillet 2026, le préfet de police a décidé du transfert de M. A..., ressortissant égyptien, aux autorités portugaises en vue de l’examen de sa demande d’asile. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En vertu de l’article 43 du règlement (UE) 2024/1351, lequel article est applicable, conformément aux dispositions de l’article 85 du même règlement, aux arrêtés de transfert édictés à compter du 12 juin 2026, la portée d’un recours contre une décision de transfert devant une juridiction se limite à examiner si : « a) le transfert entraîne, pour la personne concernée, un risque réel de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte ; / b) des circonstances ultérieures à la décision de transfert sont déterminantes pour l'application correcte du présent règlement ; c) il existe une infraction aux articles 25 à 28 et 34, dans le cas des personnes prises en charge en vertu de l'article 36, paragraphe 1, point a). »

En premier lieu, les moyens soulevés par le requérant et tirés de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté contesté, de l’insuffisance de sa motivation, de la méconnaissance du contradictoire, du défaut d’examen séreux, de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des articles 20, 22, 35, 39, 40, 41 et 42 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ne se rattachent à aucune des questions susceptibles d’être examinées par le juge dans le cadre d’un recours contre une décision de transfert en application des dispositions de l’article 43 du règlement (UE) 2024/1351. Par suite, l’ensemble de ces moyens ne peut qu’être écarté.

En second lieu, M. A... soutient qu’il est exposé à un risque de traitement inhumain et dégradant au sens de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Ce moyen est susceptible d’être examiné dans le cadre du présent recours en application du a) de l’article 43 du règlement (UE) 2024/1351.

A l’appui de ce moyen, M. A... fait valoir qu’en cas de transfert aux autorités portugaises, il risquerait d’être réacheminé vers son pays d’origine où il est exposé à des risques de persécution.

Toutefois, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l’Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l’absence de sérieuses raisons de croire qu’il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d’asile et les conditions d’accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l’intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

En l’espèce, M. A... ne démontre pas que les autorités portugaises n’évalueront pas les risques qu’il encourrait en cas de retour dans son pays d’origine. Il ne ressort d’aucune des pièces du dossier qu’il ne serait pas en mesure de faire valoir, le cas échéant, devant ces mêmes autorités, responsables de l’examen de sa demande d’asile et qui ont accepté sa reprise en charge, tout élément nouveau relatif à l’évolution de sa situation personnelle ni que ces mêmes autorités, en conséquence de leur acceptation de sa reprise en charge, n’évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l’intéressé vers son pays d’origine, les risques auxquels il y serait exposé en cas de retour. Enfin, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu’il existerait des raisons sérieuses de croire à l’existence de défaillances systémiques au Portugal dans la procédure d’asile.

Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne doit donc être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :

Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A..., au ministre de l’intérieur et à Me Pafundi.

Copie en sera adressée au préfet de police.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


M. KUSZALa greffière,


Signé


M. C...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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