Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juillet 2026, M. D... A..., représenté par Me Pafundi, avocat, demande au tribunal :
1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler la décision du 6 juillet 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) lui a accordé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil avec limitation ;
3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compter de la date à laquelle elles ont été refusées, dans un délai de sept heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’OFII une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Pafundi en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d’incompétence de son auteur ;
- est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l’article D. 551-18 16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que contrairement à ce qu’a indiqué l’OFII il ne bénéficie pas d’une protection internationale dans un autre Etat membre de l’Union européenne ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile telles qu’interprétées à la lumière de l’article 20 de la directive 2013/33*UE du 26 juin 2013, dès lors qu’elle porte atteinte à sa dignité.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2026, le directeur général de l’OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun moyen n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Kusza en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Kusza,
- les observations de Me Kalifa, substituant Me Pafundi, avocat de M. A..., assisté d’un interprète en langue dari ;
- l’OFII n’était ni présent ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Des pièces transmises par note en délibéré ont été enregistrées pour M. A... le 30 juillet 2026 à 15h32, postérieurement à la clôture de l’instruction.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant afghan né le 6 septembre 1994, a présenté une demande d'asile enregistrée le 3 juillet 2026. Par une décision du 6 juillet 2026, la directrice territoriale de l'OFII l'a informée que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui était accordé avec limitation au motif qu’il avait manqué à l’obligation de coopération avec les autorités en dissimulant avoir déjà obtenu la protection internationale dans un autre Etat membre. Par la présente requête, M. A... demande l'annulation de cette décision.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…)». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B... C..., directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, (OFII) de Paris, qui disposait à cet effet d’une délégation de signature du 2 décembre 2025, régulièrement publiée, consentie par décision du directeur général de l’OFII. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de la décision attaquée doit être écarté
4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les textes dont elle fait application, ainsi que le motif sur lequel l’OFII s’est fondé pour limiter le bénéfice des conditions matérielles d’accueil accordées à M. A.... Il ne ressort des pièces du dossier que l’OFII n’aurait pas procédé à l’examen de la situation personnelle de M. A.... Les moyens tirés du défaut de motivation et, de l’absence d’examen particulier de sa situation, et en particulier de sa vulnérabilité pour laquelle une fiche d’évaluation est produite par l’OFII et alors qu’il ne fait valoir aucun élément particulier doivent par suite être écartés.
5. Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ». Aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (...) 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (...) La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret (...) ». Aux termes de l’article D. 551-18 de ce code : « La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature (…) ».
6. En l’espèce, la décision contestée accepte, en limitant leur montant, la demande du requérant tendant à ce que les conditions matérielles d’accueil lui soient accordées. Elle s’analyse ainsi comme une décision de refus partiel des conditions matérielles d'accueil, adoptée, comme il est indiqué dans la décision, sur le fondement des dispositions de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur le fondement des dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du même code, lesquelles concernent les décisions par lesquelles il est mis fin aux conditions matérielles d’accueil initialement accordées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants.
7. Aux termes de l’article 23 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 14 mai 2024 : « 1. En ce qui concerne les demandeurs qui sont tenus d'être présents sur leur territoire conformément à l'article 17, paragraphe 4, du règlement (UE) 2024/1351, les États membres peuvent limiter ou retirer l'allocation journalière. / Si cela est dûment justifié et proportionné, les États membres peuvent également : / a) limiter d'autres conditions matérielles d'accueil, ou / b) lorsque le paragraphe 2, point e), s'applique, retirer d'autres conditions matérielles d'accueil. / 2. Les États membres peuvent prendre une décision conformément au paragraphe 1 lorsqu'un demandeur : / (…) b) ne coopère pas avec les autorités compétentes ou ne respecte pas les exigences procédurales qu'elles ont fixées ; / (…) 4. Les décisions prises conformément au paragraphe 1 du présent article le sont objectivement et impartialement après un examen au fond au cas par cas et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière du demandeur, en particulier dans le cas des demandeurs ayant des besoins particuliers en matière d'accueil, compte tenu du principe de proportionnalité. (…) ». Aux termes de l’article 42 du règlement du Parlement européen et du Conseil du 14 mai 2024 visé ci-dessus : « 1. Sans préjudice de l’article 21, paragraphe 2, l’autorité responsable de la détermination accélère, dans le respect des principes de base et des garanties fondamentales énoncés au chapitre II, l’examen du bien-fondé d’une demande de protection internationale, lorsque : / (…) c) après avoir eu la pleine possibilité d’exposer des motifs valables, le demandeur est considéré comme ayant intentionnellement induit les autorités en erreur en présentant de fausses informations ou de faux documents ou en dissimulant des informations ou des documents pertinents, en ce qui concerne en particulier son identité ou sa nationalité, qui auraient pu influencer la décision dans un sens défavorable ou qu’il existe des raisons évidentes de considérer que le demandeur, de mauvaise foi, a procédé à la destruction ou s’est défait d’un document d’identité ou de voyage afin d’empêcher que soient établies son identité ou sa nationalité ; / (…) ».
8. Le Conseil d’Etat, dans son avis consultatif n° 410889 du 7 mai 2026, relève que, pour continuer à recevoir application à compter du 12 juin 2026, les dispositions des articles L. 551‑15 et L. 551‑16 doivent être compatibles avec les objectifs fixés par la nouvelle directive. Les dispositions précises et inconditionnelles de cette nouvelle directive pourront être invoquées par les justiciables à l’encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions des articles L. 551‑15 et L. 551‑16, de sorte qu’il appartient à l’administration de faire, le cas échéant, application de ces dispositions d’effet direct, dans l’attente de la transposition de la directive. Le Conseil d’Etat a estimé que, pour assurer la compatibilité des dispositions de l’article L. 551‑15 avec les dispositions de l’article 23 de la directive de 2024, seul un refus partiel du bénéfice des conditions matérielles d’accueil peut être prononcé, hormis pour le cas prévu au 2°, pour lequel l’article 7 de la directive de 2024 ne fait pas obstacle à ce qu’un refus total soit prononcé.
9. La décision en litige s’analyse, ainsi qu’il a été dit au point 6, comme un refus partiel fondé sur possible l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris au motif, prévu par la directive de 2024, que l’intéressé n’a pas coopéré avec les autorités compétentes. Pour estimer que M. A... avait manqué à cette obligation de coopération, l’OFII s’est fondé sur la circonstance qu’il aurait dissimulé bénéficier d’une protection internationale en Grèce.
10. En l’espèce, il ressort des pièces versées au dossier par l’OFII, en particulier de la note adressée par le préfet de police au directeur général de l’OFPRA et de la fiche décadactylaire « Eurodac », qu’elle accompagne, relative aux résultats de la comparaison des empreintes du requérant avec celles précédemment collectées dans le système Eurodac, que M. A... a sollicité l’asile auprès des autorités grecques, qui lui ont accordé une protection internationale le 11 mars 2026. Ces informations, recueillies conformément aux dispositions précitées du règlement (UE) n° 603/2013 et cohérentes avec les déclarations faites par l’intéressée sur son parcours migratoire par la Grèce, suffisent, en l’absence de tout élément au dossier susceptible de faire douter de leur exactitude, à établir qu’une demande de protection internationale a été déposée par M. A... en Grèce et a été accueillie par les autorités grecques, avant que l’intéressé ne présente sa demande d’asile en France. Or, à supposer même que M. A... ait ignoré, pour un motif valable, l’octroi de la protection internationale par les autorités grecques, il ne ressort pas des pièces du dossier et n’est pas même soutenu qu’il aurait fait état de la demande d’asile déposée en Grèce lors de ses auditions par les autorités françaises. Dans ces conditions, il doit être regardé comme n’ayant pas fourni les informations utiles afin de faciliter l’instruction de sa demande, sans qu’y fasse obstacle la circonstance qu’il n’aurait pas été précisément interrogé, lors de ces auditions, sur d’éventuelles demandes d’asile antérieures, dès lors notamment qu’il a été invité, lors de son entretien de vulnérabilité, à faire état de toute information pertinente. En estimant que l’intéressé avant manqué à son obligation de coopération avec les autorités, l’OFII n’a donc pas commis d’erreur de fait, d’appréciation, ou de qualification des faits dans l’application des dispositions de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni dans celles de l’article 23 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 14 mai 2024.
11. En dernier lieu, il ressort du résumé de l’entretien d’évaluation de vulnérabilité que M. A... y a indiqué être « à la rue », sans préciser les conditions de son séjour depuis son entrée en France, n’a pas fait état de besoins particuliers ou de problèmes de santé et n’a pas demandé à être muni du document permettant de recueillir l’avis du médecin coordinateur de zone de l’OFII. S’il ressort de la note en délibéré produite par le requérant que le 16 juillet 2016, celui-ci s’est vu remettre le dossier destiné au médecin de l’OFII coordinateur de zone comportant un certificat médical confidentiel à faire remplir par un médecin, cette circonstance, postérieure à la décision attaquée, ne saurait suffire à établir qu’avant de prendre cette décision, l’OFII n’aurait pas examiné sérieusement la vulnérabilité de l’intéressé. Cette circonstance ne permet pas davantage de démontrer qu’à la date de la décision en litige, ni même à la date du présent jugement, l’intéressé, qui n’a pas encore été examiné par le praticien chargé de remplir le certificat confidentiel, aurait présenté ou présenterait des vulnérabilités particulières. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’intéressé serait dans une situation de vulnérabilité particulière qui aurait fait obstacle à ce que l’OFII limite ses conditions matérielles d’accueil. Il suit de là que les moyens tirés de l’atteinte à la dignité de l’intéressé et de l’erreur manifeste d’appréciation entachant la décision attaquée doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A..., à l’Office français de l’immigration et de l’intégration et à Me Pafundi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.
Le magistrat désigné,
Signé
M. KUSZALa greffière,
Signé
M. E...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.