Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une ordonnance n° 2611094 en date du 9 juillet 2026, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l’article R. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la requête présentée par M. B... A..., enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris sous le n° 2622384.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 4 juillet 2026 et des pièces complémentaires enregistrées au greffe du tribunal administratif de Paris le 29 juillet 2026, M. A..., représenté par Me Weinberg, demande au tribunal d’annuler les arrêtés du 3 juillet 2026 par lesquels le préfet de police, d’une part l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, d’autre part a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
M. A... soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d’insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elles sont entachées d’une d’erreur manifeste dans l’appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 et 28 juillet 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2026 sous le n° 2621357 et des pièces complémentaires enregistrées le 29 juillet 2026, M. B... A... représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 6 juillet 2026 par laquelle le préfet de police de Paris a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Kusza en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Kusza ;
les observations de Me Weinberg, pour le requérant, qui soutient en outre que les arrêtés en litige sont entachés d’erreur de droit, de fait, et d’un défaut d’examen, dès lors notamment que l’intéressé est entré pour la première fois en France en 2014 et qu’il a été titulaire d’une carte de résident en qualité de réfugié, et qui conclut en outre à ce que soit restitué à l’intéressé son passeport et sa carte de résident ;
le préfet de police n’était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant pakistanais né le 10 avril 1997, a fait l’objet le 3 juillet 2026 d’un arrêté par lequel le préfet de police de Paris l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné. Par un arrêté du même jour, le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois. Enfin, par un arrêté du 6 juillet 2026, le préfet de police de Paris a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois. M. A... demande l’annulation de ces trois arrêtés.
Sur la jonction :
Les requêtes nos 2621357 et 2622384 présentent à juger des questions connexes, concernent le même requérant et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Il ressort des termes de l’arrêté du 3 juillet 2026 obligeant M. A... à quitter le territoire français que, pour décider l’éloignement de l’intéressé, le préfet de police s’est fondé sur la circonstance qu’il était entré en France le 1er juillet 2026 sous couvert d’un document de voyage non revêtu du visa requis et qu’il avait ensuite fait obstacle à son réacheminement vers Doha. Le préfet de police a également considéré que, sa famille résidant au Pakistan, il ne disposait pas d’un droit au séjour sur le territoire français au titre de sa durée de présence en France et de l’ancienneté de ses liens avec la France, ou de considérations humanitaires.
Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A... est entré pour la première fois en France en 2015, qu’il y a sollicité l’asile, qu’il s’est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 17 juillet 2017 et qu’il s’est vu délivrer, en cette qualité, une carte de résident valable de 2017 à 2027. Il ressort en outre de ces mêmes pièces que M. A... séjourne sur le territoire français depuis 2015, et qu’il y a exercé, de manière intermittente à compter de 2018, puis sans discontinuité à compter de 2023, une activité salariée. Enfin, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la police aux frontières, le 2 juillet 2026, qu’il a fait état de l’ensemble de ces éléments lors de son audition et qu’il avait en sa possession, lors de son entrée sur le territoire, le titre de séjour délivré en 2017, qu’il a fourni aux autorités françaises.
Le préfet de police fait quant à lui valoir en défense que l’intéressé ne disposait plus d’aucun droit au séjour depuis 2024, l’OFPRA ayant mis fin à la protection accordée en 2017. Toutefois, cette circonstance n’est pas établie faute pour le préfet de produire une décision retirant le titre délivré. En outre et en tout état de cause, à supposer même que cette circonstance soit avérée, la motivation de l’arrêté en litige, qui ne mentionne que la seule entrée irrégulière de M. A... en France le 1er juillet 2026, et ne fait état d’aucun élément relatif à sa situation antérieure sur le territoire français, alors même que celle-ci avait été portée à sa connaissance, révèle un défaut d’examen manifeste de la situation personnelle de l’intéressé.
Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé à solliciter l’annulation de l’arrêté du 3 juillet 2026 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel il serait éloigné ainsi que, par voie de conséquence, l’arrêté du même jour par lequel il lui a été interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois, et enfin l’arrêté du 6 juillet 2026 par lequel il a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Aux termes de l’article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas »
La présente décision implique que la situation de M. A... soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer sans délai, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
La présente décision implique également qu’il soit enjoint au préfet de police de restituer sans délai à M. A... les documents de voyage et d’identité retenus par l’administration, sous réserve, s’agissant de la carte de résident délivrée à l’intéressé, que celle-ci n’ait pas été régulièrement retirée par une décision administrative portée à sa connaissance.
Sur l’application de l’article L.761-1 du code de justice administrative :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. A... d’une somme de 1 200 euros.
D E C I D E
Article 1er : Les deux arrêtés du 3 juillet 2026 et l’arrêté du 6 juillet 2026 pris par le préfet de police sont annulés en toutes leurs dispositions.
Article 2r : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer sans délai, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de restituer sans délai à M. A... ses documents de voyage et d’identité, sous la réserve mentionnée au point 9 de la présente décision.
Article 4 : L’Etat versera à M. A... une somme de 1200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police de Paris.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.
Le magistrat désigné,
M. KUSZALa greffière,
M. C...
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.