jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-1903666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | INTER-BARREAUX EMO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 16 octobre 2019, 27 mars 2020, 3 mai 2021 et 13 juillet 2021, ce dernier non communiqué, Mme C E, représentée par Me Languil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen des 26 décembre 2016 et 20 août 2019 refusant de reconnaître sa maladie professionnelle ;
2°) d'enjoindre au CHU de Rouen de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de rejeter toutes les conclusions du CHU de Rouen ;
4°) de mettre à la charge du CHU de Rouen une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses conclusions contre la décision du 26 décembre 2016 sont recevables;
- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;
- la commission de réforme du 22 décembre 2016 ne s'est pas réunie dans des conditions régulières dès lors, d'une part, qu'aucun pneumologue n'y était présent, et que, d'autre part, la commission ne disposait pas du rapport d'un médecin du travail qu'elle aurait dû solliciter ;
- la décision du 26 décembre 2016 est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où elle se fonde sur un état antérieur, lequel ne peut suffire à exclure l'existence d'une maladie professionnelle ;
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation des faits ;
- la compétence du signataire de la décision du 20 août 2019 n'est pas établie ;
- l'avis et la procédure relatifs à la commission de réforme réunie le 20 décembre 2018 sont irréguliers ;
- la décision du 20 août 2019 est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a éludé, comme la commission de réforme, la présomption d'imputabilité au service ;
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux faits.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 février 2020, 11 mars 2021 et 25 juin 2021, le centre hospitalier universitaire de Rouen, représenté par la SCP EMO Avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, à la condamnation de la requérante aux entiers dépens et à la mise à la charge de cette dernière d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier universitaire de Rouen soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 26 décembre 216 sont irrecevables, dès lors, d'une part, que la décision du 20 août 2019 s'est nécessairement substituée à celle du 26 décembre 2016, et que, d'autre part, elles sont tardives pour avoir été enregistrées le 16 octobre 2019 ;
- la décision du 20 août 2019 a été signée par une autorité compétente ;
- les moyens tirés des vices de procédure ne peuvent qu'être écartés ;
- aucune erreur de droit ni d'appréciation n'entache la décision du 20 août 2019.
Vu les autres pièces du dossier, notamment l'ordonnance du 28 juin 2021 fixant la clôture de l'instruction au 16 juillet 2021.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors applicable ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Leduc, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique,
- les observations de Me Languil, représentant Mme E et Me Gillet, représentant le centre hospitalier universitaire de Rouen.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E a été recrutée par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen le 1er juillet 1991 en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié. Après une hospitalisation en date du 25 juillet 2014, un asthme sévère a été diagnostiqué et elle a été placée en congé de maladie ordinaire pendant une année. Le 29 janvier 2016, elle a sollicité la reconnaissance de cette pathologie en tant que maladie professionnelle. Le 7 mars 2016, Mme E était reconnue par la maison départementale des personnes handicapées de l'Eure en qualité de travailleur handicapé. Après avoir été examinée le 27 avril 2016 par le docteur B, pneumologue, ce dernier a considéré, le 12 juillet 2016, que la pathologie asthmatique de Mme E pouvait être reconnue au titre du tableau 66 des maladies professionnelles rhinite et asthme. Le 22 décembre 2016, la commission de réforme départementale a néanmoins prononcé un avis défavorable quant à l'imputation au service de cette pathologie, et, le 26 décembre suivant, le CHU de Rouen a indiqué à la requérante que le caractère professionnel de son asthme n'était pas reconnu. Après recours gracieux de la requérante en date du 17 janvier 2017 contre cette décision, une nouvelle expertise a été sollicitée, confiée à un médecin généraliste, le docteur A, qui l'a examinée le 14 septembre 2017 et a considéré que sa pathologie ne relevait pas d'une prise en charge au titre de la maladie professionnelle 66. Le 20 décembre 2018, la commission de réforme départementale a rendu un avis défavorable à l'imputabilité au service de l'asthme de Mme E, préalablement à la seconde décision attaquée du 20 août 2019 par laquelle le CHU de Rouen n'a pas reconnu le caractère professionnel de cette pathologie. Le 4 juin 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a désigné le docteur D en qualité d'expert, afin de déterminer le caractère professionnel, ou non, de la pathologie de la requérante, ce à quoi il a répondu négativement dans son rapport du 29 janvier 2021.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 26 décembre 2016 :
En ce qui concerne la recevabilité :
2. Ainsi qu'il est relevé ci-dessus, Mme E a formé, le 17 janvier 2017, un recours gracieux contre la décision du 26 décembre 2016 rejetant sa demande d'imputation au service de sa maladie. La décision du 20 août 2019 se prononce, au terme d'une seconde procédure relative à cette même problématique, sur ce recours gracieux. Eu égard à la règle générale de procédure selon laquelle le délai de recours contentieux est prorogé par l'exercice d'un recours administratif, Mme E était par conséquent fondée à ne former son recours contentieux, le 16 octobre 2019, qu'après le rejet de son recours gracieux. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation de cette décision, à laquelle la décision du 20 août 2019 ne s'est pas substituée, sont recevables, contrairement à ce que fait valoir le CHU de Rouen.
En ce qui concerne les moyens d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le président de la commission de réforme est désigné par le préfet qui peut choisir soit un fonctionnaire placé sous son autorité, soit une personnalité qualifiée qu'il désigne en raison de ses compétences, soit un membre élu d'une assemblée délibérante dont le personnel relève de la compétence de la commission de réforme. () Le président dirige les délibérations mais ne participe pas au vote. Cette commission comprend :1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ;2. Deux représentants de l'administration ;3. Deux représentants du personnel () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires ".
4. Il résulte de ces dispositions que, dans les cas où il est manifeste, au vu des éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par un agent est nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, l'absence d'un tel spécialiste doit être regardée comme privant l'intéressé d'une garantie et comme entachant la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.
5. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de l'instruction de sa demande, Mme E a été examinée par le docteur B, pneumologue agréé, dont l'expertise datée du 12 juillet 2016, se conclut en ces termes : " La pathologie asthmatique de cette patiente peut être reconnue au titre de ce tableau professionnel, notamment en raison de travaux de désinfection et de stérilisation exposant des émanations d'ammonium quaternaire et leurs dérivés ". En dépit de ces observations émanant d'un médecin spécialiste, la commission de réforme qui s'est tenue le 22 décembre 2016 et a prononcé un avis défavorable, n'était constituée, sur le plan médical, que de deux médecins généralistes, les docteurs A et Paillotin, à l'exception de tout spécialiste. Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu en particulier de l'avis médical d'un spécialiste qui lui était soumis, la commission de réforme aurait dû s'adjoindre, alors même qu'il ne prend pas part au vote, un médecin spécialiste afin de l'éclairer sur l'affection dont Mme E est atteinte et ses origines. Par conséquent, la requérante est fondée à soutenir que l'absence de médecin spécialiste lors de la réunion de la commission de réforme du 22 décembre 2016 ayant émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie l'a privée d'une garantie. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme E est fondée à en demander l'annulation.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 20 août 2019 :
6. A la suite du recours gracieux de Mme E contre la décision précitée du 26 décembre 2016, décision fondée sur l'avis défavorable de la commission de réforme du 22 décembre 2016 au sein de laquelle avait siégé le docteur A, médecin généraliste, le CHU de Rouen a désigné ce même médecin aux fins d'examiner la requérante dans le cadre d'une seconde expertise.
7. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient l'établissement défendeur dans ses écritures, la requérante établit, au moyen du rapport rédigé par le docteur B, pneumologue, que la maladie dont elle souffre est susceptible d'être imputable au service. En ce qui le concerne, le CHU se borne à faire valoir qu'il ressort de l'attestation du médecin traitant de la requérante qu'elle souffre d'une gêne respiratoire depuis le 15 janvier 2013, ce qui n'est pas contestable dans la mesure où le certificat médical établi le 21 janvier 2017 par ce médecin qui assure le suivi médical de Mme E depuis 2012, indique qu'il n'a pas noté d'antécédents d'asthme connu et n'a relevé de gêne respiratoire que depuis le 15 janvier 2013. Cela étant, dès lors que l'intéressée exerce ses fonctions au sein du CHU de Rouen depuis juillet 1991, rien ne permet de démontrer que le lien reconnu par le Dr B entre l'état de santé de l'intéressée et son exposition à des produits riches en ammonium quaternaire n'est pas établi. Quant au rapport du docteur D, expert désigné le 4 juin 2020 par la juridiction, qui conclut à l'absence d'imputabilité à l'activité professionnelle au CHU de la pathologie présentée par Mme E, le CHU défendeur n'est pas fondé à s'en prévaloir dès lors qu'il a été remis le 29 janvier 2021, postérieurement à la décision en litige. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués par la requérante à l'égard de cette décision, il y a lieu de l'annuler pour erreur d'appréciation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Eu égard aux motifs de l'annulation et à l'intervention de l'expertise précitée du docteur D, il y a seulement lieu d'enjoindre au CHU de Rouen, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance et les dépens :
9. Mme E n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le CHU de Rouen au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Rouen une somme de 1 500 euros à verser à Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions du CHU de Rouen tendant à la condamnation de la requérante aux entiers dépens doivent également être rejetées, la présente instance n'ayant comporté aucun dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions en dates des 26 décembre 2016 et 20 août 2019, par lesquelles le centre hospitalier universitaire de Rouen a refusé de reconnaître le caractère professionnel de la pathologie de Mme E, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier universitaire de Rouen de réexaminer la situation de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Rouen versera une somme de 1 500 euros à Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Rouen relatives aux frais d'instance et aux dépens sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au centre hospitalier universitaire de Rouen.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Cyrille Leduc, premier conseiller,
M. Colin Bouvet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le rapporteur,
C. LEDUC
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026