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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2000643

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2000643

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2000643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I./ Par une requête enregistrée le 20 février 2020 sous le n°2000643, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) représentée par Me Campergue, demande au tribunal :

- d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 14 novembre 2019 par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) pour un montant de 12 726,54 euros et de la décharger de cette somme ;

- de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'incompétence ;

- il ne correspond à aucune créance de l'ONIAM dès lors que la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Rouen, dont la SHAM est l'assureur, n'est pas engagée dans le dommage qui a donné lieu à indemnisation par l'ONIAM.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, l'ONIAM, représenté par Me de La Grange, conclut au rejet de la requête ou subsidiairement à ce que la SHAM soit condamnée à lui verser la somme de 12 726,54 euros, à ce que la SHAM soit condamnée à lui payer des intérêts au taux légal et capitalisation à compter du 20 février 2020, à ce que la SHAM soit condamnée à lui verser la somme correspondant à 15% de 12 726,54 euros à titre de pénalité, et la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'ONIAM fait valoir que les moyens soulevés par la SHAM ne sont pas fondés.

II./ Par une requête enregistrée le 26 février 2021 sous le n°2100804, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) représentée par Me Campergue, demande au tribunal :

- d'annuler le titre exécutoire émis le 12 décembre 2019 à son encontre par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) pour un montant de 1 500 euros et de la décharger de cette somme ;

- de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il ne correspond à aucune créance de l'ONIAM dès lors que la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Rouen, dont la SHAM est l'assureur, n'est pas engagée dans le dommage qui a donné lieu à indemnisation par l'ONIAM.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, l'ONIAM, représenté par Me de La Grange, conclut au rejet de la requête ou subsidiairement à ce que la SHAM soit condamnée à lui verser la somme de 1 500 euros, à ce que la SHAM soit condamnée à lui payer les intérêts au taux légal avec capitalisation à compter du 26 février 2021, à ce que la SHAM soit condamnée à lui verser la somme correspondant à 15% de 1 500 euros à titre de pénalité, et la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'ONIAM fait valoir que les moyens soulevés par la SHAM ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Leduc, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°s 2000643 et 2100804, présentées pour la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Le 15 septembre 2016, M. G C, alors âgé de soixante-et-un ans, a fait l'objet d'une intervention chirurgicale pratiquée au sein du centre hospitalier universitaire de Rouen, consistant en la correction d'une déformation rigide de l'équilibre sagittal par arthrodèse T10 iliaque, la libération en L2-S1, et une ostéotomie trans-pédiculaire en L4. Au cours de cette intervention pour sténose canalaire d'une durée de huit heures, M. C a subi une complication thrombotique dont la gravité a conduit l'équipe médicale à le transférer en service de réanimation, où son état de mort cérébrale a été constaté le 16 septembre 2016. Le décès du patient, le 19 septembre suivant, est dû à une embolie pulmonaire bilatérale. Les filles du défunt, Mmes I, Justine et Perrine C, ont déposé une demande d'indemnisation auprès de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de la région Normandie, laquelle a désigné deux experts, le docteur B D, neurochirurgien, et le docteur K E, réanimateur, qui ont rendu leur rapport d'expertise le 16 avril 2018. Ils considèrent que l'intervention d'ostéotomie et de correction de déformation rigide d'équilibre sagittal par arthrodèse, opération particulièrement longue, n'était pas indiquée eu égard aux pathologies dont souffrait M. C. Ils considèrent aussi que le patient n'a pas été suffisamment informé des alternatives thérapeutiques existant, en particulier une laminectomie lombaire limitée, qui apparait aux experts nettement plus adaptée. Par avis du 6 juillet 2018, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Normandie (CCI) a estimé que " les soins délivrés par le CHU de Rouen n'ont pas été conformes aux règles de l'art " et que la faute commise par l'établissement a fait perdre au patient une chance de survie estimée à 50%. La SHAM, par un courrier du 19 octobre 2018, a informé l'ONIAM de ce qu'elle refusait de suivre cet avis, et les filles de M. C ont sollicité l'ONIAM aux fins de substitution en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. L'ONIAM s'est effectivement substitué à l'assureur pour leur présenter une proposition d'indemnisation d'un montant total de 12 726,54 euros. Mme I C s'est vue indemniser de 167 euros au titre des souffrances endurées par son père, 2 445,54 euros au titre des frais d'obsèques, 3 100 euros au titre du préjudice moral et 480 euros au titre des frais d'assistance. Mme F C a obtenu l'indemnisation des souffrances endurées à hauteur de 167 euros, et 3 100 euros au titre du préjudice moral, Mme H C obtenant les mêmes montants d'indemnisation au titre des mêmes préjudices. Mme J L C, petite fille de M. C, a obtenu pour sa part une indemnisation d'un montant de 1 500 euros au titre du préjudice moral. Agissant en qualité de subrogé des victimes, l'ONIAM a adressé un premier titre exécutoire daté du 14 novembre 2019 à la SHAM pour un montant de 12 726,54 euros (indemnisation de Mmes I, Justine et Perrine C), puis, le 12 décembre 2019, un second titre d'un montant de 1 500 euros, transmis le 4 janvier 2021 par mise en demeure de payer (indemnisation de Mme J L C). La SHAM demande l'annulation de ces deux titres exécutoires dans les présentes instances.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des titres exécutoires :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales estime qu'un dommage relevant du premier alinéa de l'article L. 1142-8 engage la responsabilité d'un professionnel de santé, d'un établissement de santé, d'un service de santé ou d'un organisme mentionné à l'article L. 1142-1 ou d'un producteur d'un produit de santé mentionné à l'article L. 1142-2, l'assureur qui garantit la responsabilité civile ou administrative de la personne considérée comme responsable par la commission adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis dans la limite des plafonds de garantie des contrats d'assurance ". Aux termes du I de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / Dans ce cas, les dispositions de l'article L. 1142-14, relatives notamment à l'offre d'indemnisation et au paiement des indemnités, s'appliquent à l'office, selon des modalités déterminées par décret en Conseil d'Etat. / L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime, ou ses ayants droit, en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur ou, le cas échéant, au fonds institué au même article L. 426-1 du code des assurances ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis. "

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-22 du code de la santé publique : " L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est un établissement public à caractère administratif de l'Etat, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé. Il est chargé de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale, dans les conditions définies au II de l'article L. 1142-1, à l'article L. 1142-1-1 et à l'article L. 1142-17, des dommages occasionnés par la survenue d'un accident médical, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ainsi que des indemnisations qui lui incombent, le cas échéant, en application des articles L. 1142-15, L. 1142-18, L. 1142-24-7 et L. 1142-24-16 ". Aux termes de l'article L. 1142-23 de ce code : " L'office est soumis à un régime administratif, budgétaire, financier et comptable défini par décret. / () / Les recettes de l'office sont constituées par : () 4° Le produit des recours subrogatoires mentionnés aux articles L. 1221-14, L. 1142-15, L. 1142-17, L. 1142-24-7, L. 1142-24-16, L. 1142-24-17, L. 3131-4, L. 3111-9 et L. 3122-4 ; () ". Aux termes de l'article R. 1142-53 de ce code, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) " est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ".

5. Aux termes de l'article 98 de la loi du 31 décembre 1992 de finances rectificative pour 1992 : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Aux termes de l'article 28 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, qui figure dans le titre Ier de ce décret : " L'ordre de recouvrer fonde l'action de recouvrement. Il a force exécutoire dans les conditions prévues par l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales. / Le comptable public muni d'un titre exécutoire peut poursuivre l'exécution forcée de la créance correspondante auprès du redevable, dans les conditions propres à chaque mesure d'exécution. / Le cas échéant, il peut également poursuivre l'exécution forcée de la créance sur la base de l'un ou l'autre des titres exécutoires énumérés par l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution ". Aux termes de l'article 192 de ce décret, inséré dans son titre III : " Tout ordre de recouvrer donne lieu à une phase de recouvrement amiable. En cas d'échec du recouvrement amiable, il appartient à l'agent comptable de décider l'engagement d'une procédure de recouvrement contentieux. / L'exécution forcée par l'agent comptable peut, à tout moment, être suspendue sur ordre écrit de l'ordonnateur ".

6. Il résulte des dispositions précitées, spécialement de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique, que l'ONIAM peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur. Les dispositions de l'article L. 1142-15 de ce code ne font pas obstacle à ce que l'ONIAM émette un tel titre à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances afin de recouvrer les sommes versées à la victime, aux droits de laquelle il est subrogé.

7. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

En ce qui concerne le bien-fondé de la créance de l'ONIAM :

8. La SHAM conteste le bien-fondé des créances justifiant l'émission des titres exécutoires en litige, au motif que le CHU de Rouen n'aurait commis aucune faute dans la prise en charge thérapeutique de M. C, que la technique opératoire choisie était la plus adaptée à l'état du patient, ce que la littérature médicale confirmerait. En ce qui concerne l'information préopératoire, la SHAM fait valoir qu'elle a été délivrée au patient lors des consultations du 17 juin 2016 et du 12 août 2016, le choix de la technique chirurgicale ayant été validé par la réunion de l'institut régional du rachis le 6 septembre 2016. Elle indique enfin qu'en ce qui concerne la prévention des complications thrombo-emboliques, il n'y avait " pas lieu d'injecter d'HBPM en préventif mais en post-opératoire en cas de chirurgie rachidienne lourde ".

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Rouen :

S'agissant de la faute médicale :

9. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise précitée des docteurs D et E, que la survenue du décès de M. C est due à deux facteurs, en l'occurrence, d'une part, l'état antérieur du patient, caractérisé par des antécédents lourds tels qu'une obésité, une autonomie limitée du fait de sa pathologie vertébrale, un diabète, une cirrhose, une hypertension artérielle et, d'autre part, le recours à une chirurgie particulièrement lourde précisément inadaptée à un patient tel que M. C. Les experts considèrent que ce second facteur " a eu un rôle majeur estimé à 80% ". Ils considèrent que l'intervention d'ostéotomie et de correction de déformation rigide d'équilibre sagittal par arthrodèse n'est pas indiquée dans un tel cas, ce qui ne constituait d'ailleurs pas le premier choix du chirurgien concerné, qui avait initialement envisagé une opération plus simple de libération canalaire sur la sténose absolue L4-L5. La cause du décès, une embolie pulmonaire bilatérale au décours d'une intervention sur le rachis, était " deux fois plus élevé " en raison de la durée de l'intervention (huit heures), et du caractère hémorragique de cette technique, le risque de décès par embolie étant de 5% à 10% avec cette technique avec un profil de patient tel que M. C, alors qu'il n'atteint qu'1% lorsqu'il est recouru à une laminectomie lombaire limitée. Dans ces conditions, et alors qu'en défense, la SHAM se borne à indiquer que le dossier de M. C a été discuté par le staff de l'institut régional du rachis le 6 septembre 2016, sans néanmoins produire aucun élément concret d'éventuels échanges, et à faire état d'une littérature scientifique qui justifierait l'acte thérapeutique choisi par le CHU, la faute commise par le centre hospitalier universitaire de Rouen dans le choix thérapeutique apparait établie.

10. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

11. Il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport d'expertise précité, que le choix thérapeutique du CHU de Rouen est à l'origine d'une perte de chance d'éviter son décès, dont le taux a été fixé, en tenant compte de son état antérieur, à 80 %. La CCI a quant à elle retenu un taux de perte de chance de 50%, auquel l'ONIAM, eu égard aux montants réclamés relatifs aux divers préjudices, apparait avoir adhéré, mais qu'il convient de ne pas retenir eu égard à ce qui est indiqué ci-dessus.

S'agissant du manquement au devoir d'information :

12. Il résulte des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération.

13. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait été informé de manière conforme, avant l'intervention chirurgicale en cause, des risques liés au geste opératoire et des alternatives, aucune trace d'un consentement éclairé ne figurant dans le dossier médical du patient, la SHAM ne prouvant nullement que l'information aurait effectivement été délivrée au patient les 17 juin 2016 et 12 août 2016. Il n'est nullement certain que M. C, qui souffrait des pathologies évoquées ci-dessus, aurait, compte tenu de l'existence d'une alternative thérapeutique moins lourde, consenti à l'intervention chirurgicale en cause s'il avait été informé des risques qu'elle comprenait. Dès lors que le CHU de Rouen n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que le patient a été informé de ce que cette opération impliquait de tels risques, le manquement de l'établissement à son devoir d'information a privé l'intéressé d'une chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'intervention. A ce titre, il y a lieu de retenir le taux de perte de chance de 50 % proposé par les experts, qui n'est critiqué par aucune des parties et n'apparaît pas insuffisant.

14. Il résulte de ce qui précède qu'il convient, en l'espèce, d'additionner, d'une part le taux de perte de chance de M. C de se soustraire à l'opération, c'est-à-dire la probabilité qu'il ait refusé l'opération s'il avait été informé du risque qu'elle comportait et, d'autre part, le taux de sa perte de chance résultant de la faute médicale commise lors de l'opération, ce taux étant multiplié par la probabilité qu'il ait accepté l'opération s'il avait été informé du risque qu'elle comportait. Le taux de perte de chance global doit ainsi être fixé à 90%.

En ce qui concerne les préjudices :

15. Il ressort du rapport d'expertise que M. C a enduré des souffrances fixées par les experts à 5 sur 7. Eu égard à leur durée et en application du barème de l'ONIAM, il en sera fait une juste appréciation en les évaluant à la somme de 8 500 euros, soit 7 650 euros après application du taux de perte de chance.

16. En ce qui concerne le préjudice moral d'affection de chacune des filles de M. C, il convient de l'évaluer à la somme de 3 600 euros pour chacune d'elles, après application du taux de perte de chance, et à 1 800 euros, après application du taux de perte de chance, pour la petite-fille du défunt.

17. Pour ce qui touche aux frais d'obsèques et frais d'assistance, il ressort du protocole d'indemnisation transactionnelle que Mme I C en a perçu le remboursement intégral, pour un montant total de 2 925,54 euros. Après application du taux de perte de chance de 90 %, elle aurait dû percevoir à ce titre la somme de 2 632,99 euros.

18. Il résulte de ce qui précède que le total des préjudices dont l'indemnisation aurait pu incomber au CHU de Rouen s'élève à la somme de 22 882,99 euros. Dès lors que l'ONIAM s'est substitué à la SHAM, assureur du CHU de Rouen, sur le fondement de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, et justifie avoir versé aux ayants droit de M. C, par quatre protocoles transactionnels, la somme de 14 226,54 euros, qui n'excède pas le montant des préjudices subis dont la réparation incombe à l'établissement hospitalier, la SHAM n'est pas fondée à contester le bien-fondé des titres exécutoires en litige.

En ce qui concerne la régularité des titres de recette :

19. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, l'ONIAM est fondé à recouvrer sa créance subrogatoire par voie de titre exécutoire en vertu des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique. La SHAM soutient que les titres exécutoires attaqués auraient été signés par une autorité incompétente. Néanmoins, Mme A de Martin de Vivies, directrice adjointe de l'ONIAM, signataire de ces actes, dispose d'une délégation à cette fin versée au dossier par le défendeur. Par ailleurs, la SHAM fait également valoir, dans le cadre de l'instance n°2100804, le défaut d'indication des bases de liquidation. Néanmoins, le titre en litige fait expressément mention de l'avis rendu par la commission de conciliation et d'indemnisation le 20 juin 2018, intervenu dans le dossier de Patrick C, du protocole transactionnel ainsi que de la substitution à laquelle l'ONIAM a procédé en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique pour verser la somme de 1 500 euros à Mme J L C. Par conséquent, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

20. Il résulte de ce qui précède que la SHAM n'est pas fondée à solliciter l'annulation des titres exécutoires en litige. Ses conclusions formées en ce sens ainsi que celles aux fins de décharge de l'obligation de payer les sommes mises à la charge de l'assureur du CHU de Rouen en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les intérêts et la capitalisation :

21. L'ONIAM est fondé à solliciter que la somme de 12 726,54 euros soit assortie des intérêts au taux legal à compter du 20 février 2020, date d'enregistrement de la requête n°2000634 de la SHAM. Les intérêts échus le 20 février 2021 seront capitalisés à cette date puis à chaque échéance annuelle ultérieure. L'ONIAM est fondé à solliciter que la somme de 1 500 euros soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 février 2021, date d'enregistrement de la requête n°2100804 de la SHAM. Les intérêts échus le 26 février 2022 seront capitalisés à cette date.

Sur les conclusions de l'ONIAM tendant au paiement par la SHAM d'une pénalité de 15 % :

22. Aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue ".

23. Il résulte de l'instruction que la SHAM a refusé de faire une offre d'indemnisation alors que les experts missionnés par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux ont considéré, sans ambiguïté, que le centre hospitalier universitaire de Rouen avait commis des fautes. Dans les circonstances de l'espèce, il convient de condamner la SHAM à verser à l'ONIAM une pénalité de 2 133,98 euros correspondant à 15% du montant de l'indemnité mise à sa charge en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique.

Sur les frais d'instance :

24. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

25. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par la SHAM au titre des frais d'instance. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SHAM une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par l'ONIAM et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2000643 et 2100804 de la SHAM sont rejetées.

Article 2 : La somme de 12 726,54 euros réclamée par le titre exécutoire du 14 novembre 2019 sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 février 2020 et ces intérêts seront capitalisés à compter du 20 février 2021 puis à chaque échéance annuelle

Article 3 : La somme de 1 500 euros réclamée par le titre exécutoire du 12 décembre 2019 sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 février 2021 et ces intérêts seront capitalisés à compter du 26 février 2022.

Article 4 : La SHAM est condamnée à verser à l'ONIAM la somme de 2 133,98 euros au titre de la pénalité prévue à l'article L. 1142-15 du code de la santé publique.

Article 5 : La SHAM versera une somme de 1500 euros à l'ONIAM au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la Société hospitalière d'assurances mutuelles et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Bouvet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

C. LEDUC

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

N. BOULAY

N°2000643,2100804

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