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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2000764

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2000764

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2000764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantSUXE HERVE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête, enregistrée le 28 février 2020 sous le n° 2000764, Mme B A, représentée par l'AARPI BGL Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 27 décembre 2019 par le centre des finances publiques du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen d'un montant de 7 747,50 euros ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Rouen une somme 1500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le bien-fondé de la créance de 7 747,50 euros n'est pas justifié ;

- la créance revendiquée par le CHU de Rouen est mal fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2020, le centre hospitalier universitaire de Rouen conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'acte attaqué ne constitue pas un titre de recettes mais une notification de saisie administrative à tiers détenteur ;

- la créance du CHU est bien fondée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 mars 2020.

II/ Par une requête, enregistrée le 28 février 2020 sous le n° 2000765, Mme B A, représentée par l'AARPI BGL Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 4 janvier 2020 par le centre des finances publiques du centre hospitalier universitaire de Rouen d'un montant de 2 859,47 euros ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Rouen une somme 1500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le montant de la somme de 2 793,14 euros figurant sur l'acte attaqué n'est pas justifié ;

- la créance revendiquée par le CHU de Rouen est mal fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2020, le centre hospitalier universitaire de Rouen conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'acte attaqué ne constitue pas un titre de recettes mais une notification de saisie administrative à tiers détenteur ;

- la créance du CHU est bien fondée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 mars 2020.

Par des courriers du 14 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les notifications de saisie administrative à tiers détenteur qui sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Les parties n'ont présenté aucune observation en réponse.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leduc, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique,

- et les observations de Me Suxe, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2000764 et n° 2000765 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme B A est une ressortissante algérienne régulièrement entrée en France le 26 décembre 2018 au moyen d'un visa valable jusqu'au 14 janvier 2019. A la suite de soins hospitaliers dont elle a bénéficié au sein du CHU de Rouen, elle a été destinataire de trois titres de recettes en dates des 27 mars 2019, 5 avril 2019 et 3 mai 2019, respectivement pour des montants de 2 793,14 euros, 66,33 euros, et 12,60 euros. En l'absence de règlement de ces frais, le comptable public du CHU a adressé à Mme A une notification de saisie administrative à tiers détenteur le 27 décembre 2019, d'un montant erroné de 7 747,50 euros, constaté par l'administration émettrice, à laquelle a fait suite, le 4 janvier 2020, une notification de saisie administrative à tiers détenteur au montant exact de 2 859,47 euros.

3. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ". Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

4. Les sommes sur lesquelles portent les saisies à tiers détenteur des 27 décembre 2019 et 4 janvier 2020 correspondent à des créances non fiscales d'un établissement de santé. Ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, seule la juridiction judiciaire est compétente pour connaître des recours dirigés contre un tel acte de recouvrement. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de ces notifications de saisie administrative à tiers détenteur doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, ainsi que les parties en ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions des requêtes n°s 2000764 et 2000765 de Mme A tendant à l'annulation de notifications de saisie administrative à tiers détenteur sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2000764 et 2000765 de Mme A sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'AARPI BGL Avocats et au centre hospitalier universitaire de Rouen.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Cyrille Leduc, premier conseiller,

M. Colin Bouvet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

C. LEDUC

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

N. BOULAY

N°s 2000764, 2000765

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