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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2001650

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2001650

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2001650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantYAHIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2020, et un mémoire, enregistré le 19 avril 2021, Mme B A, représentée par la SELARL Yahia Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier (CH) du Belvédère a rapporté la décision du 15 novembre 2019 la plaçant en congé de longue maladie ;

2°) de mettre à la charge du CH du Belvédère la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucune disposition, notamment pas celles du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, ne fait obstacle au suivi d'une formation universitaire pendant un congé de longue maladie ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle n'avait pas renoncé à suivre toute formation mais s'était bornée à refuser à bénéficier d'une inscription au titre du plan de formation de l'établissement de santé pour l'année 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2021, le CH du Belvédère, représenté par la SCP Emo Avocats, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le CH du Belvédère soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 16 novembre 2021 fixant la clôture de l'instruction au 1er décembre 2021 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- les observations de Me Brient, substituant la SELARL Yahia Avocats, pour Mme A,

- et les observations de Me Dhimoléa, pour le CH du Belvédère.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 15 novembre 2019, Mme A, titulaire du grade de sage-femme des hôpitaux affectée au CH du Belvédère, a été placée en congé de longue maladie à compter du 17 décembre 2018. Par la décision du 13 mars 2020 attaquée, le directeur de cet établissement de santé a rapporté sa décision du 15 novembre 2019 et a placé Mme A en congé de maladie ordinaire au motif qu'elle avait suivi, pendant l'année universitaire 2018/2019, les enseignements du master II " management des pôles hospitaliers et des fonctions transversales " dispensés par l'Institut de formation et de recherche sur les organisations sanitaires et sociales (IFROSS) de l'université Jean Moulin Lyon 3.

2. En premier lieu, la décision du 13 mars 2020 attaquée vise trois lois, dont celles du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et celle du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ainsi que le décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière. Après avoir mentionné que Mme A avait suivi la formation universitaire rappelée au point 1, la décision énonce que cette formation présentielle est incompatible avec un congé de longue maladie. A supposer même que ces visas de texte et cette analyse factuelle soient erronés, l'acte attaqué comporte, au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision remettant en cause le congé de longue maladie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, par lettre du 21 janvier 2019, Mme A a informé le directeur du CH du Belvédère qu'en raison de son état de santé actuel, elle renonçait à sa demande d'inscription à la deuxième année du master II " management des pôles hospitaliers " au titre du plan de formation de l'établissement pour l'année 2019. En ayant interprété cette annonce comme une renonciation à toute formation et non pas seulement à un enseignement prévu par le plan de formation de l'hôpital, l'autorité administrative, qui s'est fondée principalement sur l'état de santé actuel de la requérante, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait mais tout au plus d'une erreur d'appréciation dans l'application à sa situation particulière des règles propres au congé de longue maladie des fonctionnaires hospitaliers. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas fondé.

4. En dernier lieu, en vertu du 3° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors en vigueur, le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée.

5. Quel que soit le volume exact d'heures de cours suivi effectivement par Mme A au cours des cinq premiers mois de l'année 2019, sa participation à une formation universitaire qui prévoyait 216 heures de cours en présentiel dans une université située à plus de 600 km de son domicile est, par ses caractéristiques, assimilable à l'accomplissement effectif de fonctions qu'elle était, en principe, dans l'impossibilité d'exercer dans le service. Alors qu'elle était supposée atteinte d'une affection invalidante et de gravité confirmée de nature à l'empêcher de suivre une formation universitaire dans les conditions décrites ci-dessus, Mme A ne produit aucun élément remettant en cause les caractères invalidant et grave de la maladie pour laquelle elle avait bénéficié d'un congé rémunéré. La circonstance que les articles 27, 28 et 33 du décret du 19 avril 1988 énumèrent trois cas d'interruption du congé de longue maladie dont ne fait pas partie la participation à une formation universitaire exigeante ne fait pas obstacle à la possibilité, pour l'autorité administrative, de remettre en cause le bénéfice du congé de longue maladie au motif que cette participation est incompatible avec la condition d'impossibilité d'exercer des fonctions à laquelle l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, désormais repris au code général de la fonction publique, subordonne l'octroi d'un congé de longue maladie à plein traitement jusqu'à la reprise des fonctions. Par suite, le directeur du CH du Belvédère pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ou d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 et du décret du 19 avril 1988, annuler le congé de longue maladie octroyé à la requérante et le remplacer par des congés de maladie ordinaire.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 mars 2020 par laquelle le directeur du CH du Belvédère a rapporté la décision du 15 novembre 2019 la plaçant en congé de longue maladie.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CH du Belvédère, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A une somme au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A et les conclusions du CH du Belvédère présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier du Belvédère.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2001650

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