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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2003871

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2003871

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2003871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSUXE HERVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2020, Mme C D, représentée par Me Suxe, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le directeur général de l'Institut départemental de l'enfance, de la famille et du handicap pour l'insertion (IDEFHI) lui a octroyé le bénéfice d'un congé maladie ordinaire du 17 juin 2019 au 16 juin 2020, en tant qu'il refuse de lui octroyer le bénéfice d'un congé de longue maladie ;

2°) d'enjoindre à l'IDEFHI de lui octroyer le bénéfice d'un congé de longue maladie avec effet rétroactif au 16 juin 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'IDEHFI une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le Dr F, qui a réalisé à la demande de l'IDEHFI une expertise relative à son aptitude professionnelle, a émis deux rapports, le 6 octobre 2019 et le 16 octobre 2019, dont les conclusions divergent ;

- a été rendue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le directeur général de l'IDEFHI a ignoré le sens des deux avis du comité médical départemental ;

- méconnaît les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2020, l'IDEFHI conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 16 novembre 2021 fixant la clôture de l'instruction au 1er décembre 2021 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- les observations de Me Suxe, représentant Mme D,

- et les observations de Mme E, pour l'IDEFHI.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D exerçait, auprès des établissements relevant de l'IDEFHI, les fonctions d'éducatrice de jeunes enfants jusqu'au 1er janvier 2019, date à laquelle elle a été affectée temporairement à un poste de secrétaire des ressources humaines, dans le cadre d'une procédure de préparation au reclassement dans le cadre d'emploi des adjoints administratifs, en raison de son inaptitude définitive à ses fonctions précédentes, reconnue en novembre 2018. Dans cette nouvelle affectation, elle a été placée en arrêt de travail à compter du 17 juin 2019, en raison de troubles anxieux et dépressifs. L'administration a sollicité une expertise médicale, confiée au Dr F, afin d'évaluer l'aptitude de Mme D à ses nouvelles fonctions. Le médecin expert a produit ses premières conclusions le 6 octobre 2019 suivies d'autres le 16 octobre 2019, aux termes desquelles l'intéressée est reconnue inapte à ses fonctions de secrétaire des ressources humaines, mais pourra être reconnue apte à des fonctions demandant moins de connaissances administratives et informatiques, telles que celles d'agent d'accueil. Le comité médical compétent, saisi par l'IDEFHI de la question du congé de longue maladie jusqu'au 16 mars 2020, a émis un avis favorable le 8 janvier 2020. Par une décision du 29 janvier 2020, le directeur général de l'IDEFHI a octroyé à Mme D le bénéfice d'un congé maladie ordinaire du 17 juin 2019 au 13 mars 2020. À la suite du recours gracieux formé contre cette décision, l'IDEFHI a retiré cette décision le 22 avril 2020 et saisi à nouveau le comité médical compétent lequel a rendu, le 1er juillet 2020, un avis favorable au renouvellement d'un congé de longue maladie du 13 mars 2020 au 16 septembre 2020 et a conclu, par ailleurs, à l'inaptitude de Mme D à des fonctions administratives et à son aptitude à des fonctions d'accueil. Mme D demande l'annulation de la décision du 27 juillet 2020 par laquelle le directeur général de l'IDEFHI, en lui accordant un congé maladie ordinaire du 17 juin 2019 au 16 juin 2020, a refusé de lui octroyer le bénéfice d'un congé de longue maladie.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2018-DG-06, régulièrement publié, le directeur général de l'IDEFHI a donné délégation à Mme B A, directrice des ressources humaines, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux congés des agents de cet établissement public. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième, si l'autorité administrative, avant de se prononcer sur l'octroi du bénéfice d'un congé de longue maladie, est tenue de saisir pour avis le comité médical compétent, il ne résulte en revanche d'aucune disposition ni d'aucun principe général qu'elle serait tenue de solliciter également une expertise médicale externe. Par conséquent, si les critiques quant au déroulement de l'expertise menée à l'initiative de son employeur et quant aux modalités de rédaction des conclusions adressées par le Dr F à l'IDEFHI sont, le cas échéant, susceptibles de venir au soutien de moyens et arguments tenant à la légalité interne de la décision attaquée, Mme D ne peut en revanche utilement se prévaloir d'un quelconque vice de procédure.

4. En troisième lieu, l'argument tiré de ce que l'IDEFHI n'a pas tenu compte du sens des avis du comité médical, dont il n'est pas contesté qu'il les a régulièrement recueillis et qu'ils ne le liaient pas, ne constitue pas un moyen de légalité externe tiré de l'irrégularité de la procédure consultation mais relève de la légalité interne de la décision attaquée.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, désormais repris au code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. () "

6. L'état de santé ayant justifié le placement en arrêt de travail de Mme D à compter du 17 juin 2019 est caractérisé par des troubles anxieux et dépressifs pour lesquels elle s'est vu prescrire des médicaments antidépresseurs. Elle se borne cependant à affirmer que sa situation justifiait l'octroi d'un congé de longue maladie sans qu'il ressorte des pièces du dossier que sa maladie présenterait un caractère invalidant et de gravité confirmée ni qu'elle rendrait nécessaire un traitement et des soins prolongés. Au demeurant, la circonstance que cet état de santé justifie, par ailleurs, l'engagement d'un processus de mise à la retraite d'office pour inaptitude, ne saurait à elle seule établir que sa maladie présente un caractère invalidant. Les éventuelles irrégularités qui entacheraient le processus d'expertise mentionné au point 3 et en particulier le sens des conclusions du Dr F, dès lors que celles-ci ne se prononcent que sur l'aptitude de Mme D, sont en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision lui refusant l'octroi d'un congé de longue maladie. Enfin, si le comité médical a émis, le 8 janvier 2020 et le 1er juillet 2020, des avis favorables à l'octroi d'un congé de longue maladie, d'une part, cette seule circonstance, en l'absence de tout autre élément, n'est pas de nature à faire regarder l'intéressée comme remplissant les conditions d'octroi de ce congé et, d'autre part, le directeur général de l'IDEFHI n'était pas lié par le sens de ces avis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 19 janvier 1986 doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 27 juillet 2020 du directeur général de l'IDEFHI en tant qu'il a refusé de lui accorder le bénéfice d'un congé de longue maladie. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à l'Institut départemental de l'enfance, de la famille et du handicap pour l'insertion.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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