LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100129

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100129

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier 2021 et 9 septembre 2022, la SCI Domaine de Penthièvre, Mme C F et M. J H, représentés par Me Bertrand, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé des prescriptions complémentaires relatives à la mise en conformité des ouvrages hydrauliques du moulin de Penthièvre sur la commune de Blangny-sur-Brie ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à leur verser à chacun sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une première erreur de droit en son article 3, dès lors que le moulin de Penthièvre entre dans le champ d'application de l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement, dérogeant au principe posé par l'article L. 214-17 de ce code sur lequel s'est pourtant fondé le préfet ;

- il est entaché d'une seconde erreur de droit en son article 3, dès lors que le préfet ne saurait imposer, sur le fondement de l'article L. 214-18 du code de l'environnement, de produire à leurs frais une étude de restauration de la continuité écologique ; il appartient à l'administration de calculer le débit minimal du cours d'eau de la Bresle au niveau du moulin ;

- à titre subsidiaire, il est entaché d'erreurs de fait et d'erreur d'appréciation en son article 3, dès lors qu'une étude de restauration de la continuité écologique a déjà été réalisée en 2017 et en 2020, qui a permis d'établir que les ouvrages hydrauliques en cause ne constituent nullement un obstacle à la continuité écologique ;

- il méconnaît la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ainsi que le protocole additionnel n° 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en son article 2, dès lors qu'il porte atteinte à leur droit de propriété en ce que leur est imposée l'ouverture systématique et permanente de trois vannes sur les six et de six vannes en cas d'intempéries, ce qui empêche de provoquer un débit suffisant pour que le moulin puisse produire de l'électricité de façon satisfaisante et suffisante ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors, d'une part, que les mesures transitoires qu'il prévoit en son article 2.2 ne permettent pas de prévenir le risque d'inondation, et, d'autre part, que l'étude hydraulique qu'il impose en son article 3 est limitée aux seuls ouvrages hydrauliques du domaine de Penthièvre sans prise en compte globale du risque d'inondation ;

- il n'est ni proportionné, ni nécessaire, dès lors qu'il ne permet pas de réduire le risque d'inondation et que d'autres mesures sont possibles ; ils ne sont pas responsables des inondations passées ;

- il est entaché d'une première erreur de fait, dès lors que les services préfectoraux ont été induits en erreur par les dénonciations calomnieuses du maire de la commune de Blangy-sur-Bresle ;

- il est entaché d'une seconde erreur de fait, dès lors que les ouvrages hydrauliques du moulin ne constituent pas des obstacles à la continuité écologique du cours d'eau de la Bresle ;

- il est entaché de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 mai 2022 et 25 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 octobre 2022.

Un mémoire a été enregistré le 11 janvier 2023 pour la SCI Domaine de Penthièvre et autres et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- la décision du Conseil d'Etat du 28 juillet 2022, n° 443911 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme I,

- et les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours de l'année 2016, la SCI Domaine de Penthièvre, dont la représentante est Mme C F, a acquis le domaine de Penthièvre, situé sur le territoire de la commune de Blangy-sur-Bresle, sur lequel se trouve notamment un moulin à eau, reconnu fondé en titre en vertu d'une ordonnance royale de 1823, et un relais de décharge composé de six vannes. Cette même SCI est bénéficiaire, en application de l'article L. 214-6 du code de l'environnement, de l'autorisation concernant les ouvrages hydrauliques ROE 34414, consistant en la chute et décharge du moulin, et ROE 34416, consistant en le seuil de dérivation du moulin. A la suite d'épisodes d'inondation ayant touché la commune de Blangy-sur-Bresle au cours du mois de décembre 2017, le bureau de la police de l'eau a, par un courrier du 12 janvier 2018, autorisé la SCI Domaine de Penthièvre à lever ou déposer les vannages fermés afin de permettre la circulation des eaux de la Bresle dans le canal usinier du moulin et l'ouverture du clapet de la buse évacuant les eaux traitées de la station d'épuration. Au cours de deux visites des 6 et 13 février 2018, ce même bureau a constaté la non-ouverture de quatre vannes sur six du déversoir du moulin de Penthièvre. Par un arrêté du 23 mars 2018, le préfet de la Seine-Maritime a, sur le fondement de l'article L. 211-5 du code de l'environnement, mis en demeure, en urgence, les propriétaires du moulin de lever ou déposer sans délai les vannes de l'ouvrage de décharge du moulin de Penthièvre à Blangy-sur-Bresle afin de permettre le bon écoulement des eaux de la Bresle et d'éviter tout risque d'inondation. Par un courrier du 11 juin 2020, le préfet a communiqué à la SCI intéressée un projet d'arrêté fixant des prescriptions complémentaires à la mise en conformité des ouvrages hydrauliques du moulin de Penthièvre. Par un courrier du 24 juin 2020, la SCI Domaine de Penthièvre a formulé des observations, auxquelles le préfet a répondu par un courrier du 22 septembre suivant en lui communiquant, pour observations dans un délai de quinze jours, un nouveau projet d'arrêté. Par un arrêté du 4 novembre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a fixé des prescriptions complémentaires relatives à la mise en conformité des ouvrages hydrauliques du moulin de Penthièvre sur la commune de Blangy-sur-Bresle, consistant notamment en des mesures transitoires relatives à la levée des vannes et à la remise d'une étude de restauration de la continuité écologique au droit des ouvrages du moulin. Par leur requête, la SCI Domaine de Penthièvre et autres demandent l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2020.

2. Parmi les éléments que l'article L. 211-1 du code de l'environnement se donne pour mission de protéger pour parvenir à une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau et auxquels renvoie l'article L. 181-3 du même code, figure notamment " le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques ".

3. Le représentant de l'Etat est compétent pour prendre des arrêtés complémentaires fixant les prescriptions additionnelles nécessaires à la protection des éléments susmentionnés, en vertu de l'article L. 181-14 du code de l'environnement : " () L'autorité administrative compétente peut imposer toute prescription complémentaire nécessaire au respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 à l'occasion de ces modifications, mais aussi à tout moment s'il apparaît que le respect de ces dispositions n'est pas assuré par l'exécution des prescriptions préalablement édictées. ".

4. En premier lieu, par un arrêté n° 20-43 du 15 juin 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 76-2020-94 de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a accordé une délégation de signature à M. A D, directeur départemental des territoires et de la mer de la Seine-Maritime, à l'effet de signer les actes listés en annexe de cet arrêté, soit, notamment, en matière de police des eaux continentales, les décisions relatives aux " prescriptions complémentaires, modification, renouvellement d'autorisation et transfert de bénéficiaire ". L'article 2 du même arrêté prévoit que M. D peut donner subdélégation de signature aux agents placés sous son autorité. Par une décision n° 20-067 du 2 septembre 2020, régulièrement publiée le 4 septembre 2020 au recueil des actes administratifs n° 76-2020-154 de la préfecture, M. D a notamment donné subdélégation de signature à M. G E, responsable du service " transitions ressources et milieux ", signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer les décisions en matière de police des eaux continentales relatives aux " prescriptions complémentaires, modification, renouvellement d'autorisation et transfert de bénéficiaire ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 214-17 du code de l'environnement : " I.-Après avis des conseils départementaux intéressés, des établissements publics territoriaux de bassin concernés, des comités de bassins et, en Corse, de l'Assemblée de Corse, l'autorité administrative établit, pour chaque bassin ou sous-bassin : / 1° Une liste de cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux parmi ceux qui sont en très bon état écologique ou identifiés par les schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux comme jouant le rôle de réservoir biologique nécessaire au maintien ou à l'atteinte du bon état écologique des cours d'eau d'un bassin versant ou dans lesquels une protection complète des poissons migrateurs vivant alternativement en eau douce et en eau salée est nécessaire, sur lesquels aucune autorisation ou concession ne peut être accordée pour la construction de nouveaux ouvrages s'ils constituent un obstacle à la continuité écologique. / Le renouvellement de la concession ou de l'autorisation des ouvrages existants, régulièrement installés sur ces cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux, est subordonné à des prescriptions permettant de maintenir le très bon état écologique des eaux, de maintenir ou d'atteindre le bon état écologique des cours d'eau d'un bassin versant ou d'assurer la protection des poissons migrateurs vivant alternativement en eau douce et en eau salée ; / 2° Une liste de cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux dans lesquels il est nécessaire d'assurer le transport suffisant des sédiments et la circulation des poissons migrateurs. Tout ouvrage doit y être géré, entretenu et équipé selon des règles définies par l'autorité administrative, en concertation avec le propriétaire ou, à défaut, l'exploitant, sans que puisse être remis en cause son usage actuel ou potentiel, en particulier aux fins de production d'énergie. S'agissant plus particulièrement des moulins à eau, l'entretien, la gestion et l'équipement des ouvrages de retenue sont les seules modalités prévues pour l'accomplissement des obligations relatives au franchissement par les poissons migrateurs et au transport suffisant des sédiments, à l'exclusion de toute autre, notamment de celles portant sur la destruction de ces ouvrages. () ". Aux termes de l'article L. 214-18-1 du même code : " Les moulins à eau équipés par leurs propriétaires, par des tiers délégués ou par des collectivités territoriales pour produire de l'électricité, régulièrement installés sur les cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux mentionnés au 2° du I de l'article L. 214-17, ne sont pas soumis aux règles définies par l'autorité administrative mentionnées au même 2°. Le présent article ne s'applique qu'aux moulins existant à la date de publication de la loi n° 2017-227 du 24 février 2017 ratifiant les ordonnances n° 2016-1019 du 27 juillet 2016 relative à l'autoconsommation d'électricité et n° 2016-1059 du 3 août 2016 relative à la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables et visant à adapter certaines dispositions relatives aux réseaux d'électricité et de gaz et aux énergies renouvelables. ".

6. Par deux arrêtés du 4 décembre 2012, publiés au Journal officiel du 18 décembre 2012, le préfet coordonnateur du bassin Seine-Normandie a classé le cours de la Bresle dans les listes des cours d'eau visées par les dispositions des 1° et 2° du I de l'article L. 214-7 du code de l'environnement.

7. Il résulte des dispositions de la directive du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire, de celles du règlement du 18 septembre 2007 instituant des mesures de reconstitution du stock d'anguilles européennes, ainsi que de l'article L. 214-17 du code de l'environnement, que les mesures de classements prévues au I de cet article ainsi que les prescriptions susceptibles d'être imposées aux ouvrages installés sur les cours d'eau ainsi classés, d'une part, apportent un concours essentiel aux objectifs définis par la directive du 23 octobre 2000 ainsi qu'à l'article L. 211-1 du même code, d'autre part, constituent l'unique dispositif prévu par le plan de gestion de l'anguille adopté par la France en application du règlement du 18 septembre 2007 concernant les ouvrages identifiés comme susceptibles d'affecter les mouvements migratoires des anguilles aux fins d'atteindre l'objectif fixé au paragraphe 4 de l'article 2 de ce règlement.

8. Enfin, les prescriptions complémentaires que le préfet de la Seine-Maritime a fixées à l'article 3 de l'arrêté en litige, intitulé " Rétablissement de la continuité écologique ", consistent en la remise d'une étude de restauration de la continuité écologique au droit des ouvrages du moulin de Penthièvre, conformément aux articles L. 214-17 et L. 214-18 du code de l'environnement, aux services de l'Etat dans un délai de trois ans à compter de la publication de cet arrêté.

9. En l'espèce, si la société requérante invoque les dispositions précitées de l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement pour soutenir qu'aucune obligation résultant du 2° du I de l'article L. 214-17 du même code ne peut être imposée aux ouvrages hydrauliques dont elle est propriétaire, ces dispositions, en tant qu'elles exonèrent les moulins à eau existant à la date de publication de la loi du 24 février 2017 des obligations mentionnées au 2° du I de l'article L. 214-17 du code de l'environnement, indépendamment de leur incidence sur la continuité écologique des cours d'eau concernés et de leur capacité à affecter les mouvements migratoires des anguilles, méconnaissent toutefois, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat dans une décision du 28 juillet 2022, n° 443911, les objectifs de la directive du 23 octobre 2000 ainsi que le règlement du 18 septembre 2007. La SCI Domaine de Penthièvre ne peut, dès lors, utilement se prévaloir de ces dispositions.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 214-18 du code de l'environnement : " I.-Tout ouvrage à construire dans le lit d'un cours d'eau doit comporter des dispositifs maintenant dans ce lit un débit minimal garantissant en permanence la vie, la circulation et la reproduction des espèces vivant dans les eaux au moment de l'installation de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, des dispositifs empêchant la pénétration du poisson dans les canaux d'amenée et de fuite. / Ce débit minimal ne doit pas être inférieur au dixième du module du cours d'eau en aval immédiat ou au droit de l'ouvrage correspondant au débit moyen interannuel, évalué à partir des informations disponibles portant sur une période minimale de cinq années, ou au débit à l'amont immédiat de l'ouvrage, si celui-ci est inférieur. / () III.-L'exploitant de l'ouvrage est tenu d'assurer le fonctionnement et l'entretien des dispositifs garantissant dans le lit du cours d'eau les débits minimaux définis aux alinéas précédents. () "

11. Il résulte de l'instruction, et notamment des écritures du préfet de la Seine-Maritime, que pour calculer un débit minimal au sens des dispositions précitées de l'article L. 214-18 du code de l'environnement, il est nécessaire de connaître les caractéristiques précises du milieu, telles que la hauteur d'eau, la nature des écoulements, la pente du cours d'eau et les habitats existants, et de comparer ces données aux conditions minimales biologiques satisfaisantes pour les espèces cibles du cours d'eau. Le préfet fait valoir sans être contesté que ces données pourront être déterminées par le biais de la réalisation d'une étude de restauration de la continuité écologique du cours d'eau. Dans ces conditions, à supposer même que le droit d'eau fondé en titre de la SCI Domaine de Penthièvre prévoit un débit minimal de 10 % à respecter, cette circonstance ne faisait toutefois pas obstacle à ce que le préfet prescrive, en application des dispositions précitées des articles L. 181-14, L. 214-17 et L. 214-18 du code de l'environnement, la réalisation d'une étude de restauration de la continuité écologique au droit des ouvrages du moulin de Penthièvre dans le but, notamment, de " définir un débit minimal biologique " à maintenir dans le bras droit, qui constitue un tronçon court-circuité du cours d'eau pour alimenter le moulin. Le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 214-18 du code de l'environnement doit, dès lors, être écarté.

12. En quatrième lieu, s'il est constant qu'un diagnostic intitulé " pré-étude continuité écologique " relatif au domaine de Penthièvre a été réalisé le 15 décembre 2017 et transmis aux services de la préfecture, concluant à ce qu'au vu des données récoltées, " la continuité écologique est à ce jour assurée sur le site du moulin de Penthièvre ", il résulte des termes mêmes de cette " pré-étude " qu'elle constitue un préalable à une " enquête plus poussée permettant de mieux cerner le fonctionnement hydraulique et hydromorphologique de l'ensemble du site ". Dans ces conditions, en prescrivant à la SCI Domaine de Penthièvre la réalisation d'une étude de restauration de la continuité écologique au droit des ouvrages du moulin du domaine dans un délai de trois ans, le préfet n'a entaché l'article 3 de l'arrêté contesté ni d'erreurs de fait, ni d'erreur d'appréciation.

13. En cinquième lieu, la force motrice produite par l'écoulement d'eaux courantes ne peut faire l'objet que d'un droit d'usage et en aucun cas d'un droit de propriété.

14. Les prescriptions complémentaires que le préfet de la Seine-Maritime a fixées à l'article 2.2 de l'arrêté en litige, intitulé " Mesures transitoires ", consistent, en l'absence d'un repère de police, à imposer la levée de trois vannes sur les six présentes et, en cas d'évènement météorologique important (alerte orange ou rouge Météo-France orages, pluie-inondation ou inondation sur le département de la Seine-Maritime ou de la Somme), à imposer la levée de toutes les vannes.

15. En l'espèce, les mesures transitoires rappelées au point précédent ont pour seul objet de réguler l'écoulement des eaux de la Bresle au niveau du moulin de Penthièvre. Le droit d'usage de l'eau, utilisé par la société requérante notamment pour produire de l'électricité, ne constituant, ainsi que cela a été rappelé au point 13 du présent jugement, pas un droit de propriété, le moyen tiré de ce que l'article 2 de l'arrêté contesté méconnaîtrait la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et le protocole additionnel n° 1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant, la force motrice de l'eau ne constituant pas un " bien " au sens de ces dernières stipulations. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que ces mesures porteraient une atteinte disproportionnée à la " propriété de la production électrique du moulin " et à la " valorisation du domaine dans son ensemble ".

16. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 214-109 du code de l'environnement, dans sa version issue du décret n° 2007-1760 du 14 décembre 2007 : " Constitue un obstacle à la continuité écologique, au sens du 1° du I de l'article L. 214-17 et de l'article R. 214-1, l'ouvrage entrant dans l'un des cas suivants : / 1° Il ne permet pas la libre circulation des espèces biologiques, notamment parce qu'il perturbe significativement leur accès aux zones indispensables à leur reproduction, leur croissance, leur alimentation ou leur abri ; / 2° Il empêche le bon déroulement du transport naturel des sédiments ; / 3° Il interrompt les connexions latérales avec les réservoirs biologiques ; / 4° Il affecte substantiellement l'hydrologie des réservoirs biologiques. ". Aux termes de la rubrique 3.1.1.0 de la nomenclature annexée à l'article R. 214-1 de ce code : " 3.1.1.0. Installations, ouvrages, remblais et épis, dans le lit mineur d'un cours d'eau, constituant : / () 2° Un obstacle à la continuité écologique : / a) Entraînant une différence de niveau supérieure ou égale à 50 cm, pour le débit moyen annuel de la ligne d'eau entre l'amont et l'aval de l'ouvrage ou de l'installation (A) ; / b) Entraînant une différence de niveau supérieure à 20 cm mais inférieure à 50 cm pour le débit moyen annuel de la ligne d'eau entre l'amont et l'aval de l'ouvrage ou de l'installation (D). / Au sens de la présente rubrique, la continuité écologique des cours d'eau se définit par la libre circulation des espèces biologiques et par le bon déroulement du transport naturel des sédiments. ".

17. Les prescriptions complémentaires que le préfet de la Seine-Maritime a fixées à l'article 2.1 de l'arrêté en litige, intitulé " Repère de police ", consistent, en l'absence d'un repère de police, en la remise aux services préfectoraux d'une étude hydraulique du risque inondation, prenant en compte les usages à l'amont du moulin, dans un délai d'un an, cette étude devant permettre de définir la zone de remous de l'ouvrage, de caractériser l'impact des ouvrages hydrauliques sur les rejets, prises d'eau, zones de risque d'inondation présents dans cette zone et ainsi que fixer une cote au repère de police, afin d'encadrer la gestion des vannes permettant de ne pas aggraver le risque inondation.

18. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que la SCI requérante a, durant des épisodes pluvieux, demandé confirmation aux services communaux quant à l'ouverture des vannes du moulin de Penthièvre. D'autre part, il résulte de l'instruction que le registre des obstacles à l'écoulement recense les ouvrages hydrauliques du moulin de Penthièvre, sous les codes ROE 34414 et 34416, de type seuils en rivière, le premier étant la chute et décharge du moulin avec une hauteur de chute de 1 mètre à 1,50 mètre, le second étant le seuil de dérivation du moulin avec une hauteur de 0,50 à 1 mètre, la circonstance que ce recensement mentionne que seule une des six vannes est fonctionnelle étant sans incidence sur le bien-fondé de ce recensement. Il n'est pas sérieusement contesté que ces ouvrages sont difficilement franchissables pour la plupart des espèces migratrices et sont un obstacle au transit sédimentaire. Dans ces conditions, ces ouvrages doivent être regardés comme constituant des obstacles à la continuité écologique au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article R. 214-109 du code de l'environnement.

19. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la fermeture des vannes du moulin de Penthièvre entraîne une montée des eaux à l'amont des ouvrages hydrauliques concernés, engendrant un risque d'inondation sur la zone d'influence hydraulique de ces ouvrages. Il résulte également de l'instruction que l'ouverture tardive des vannes de ce même moulin lors d'une crue est de nature à engendrer un risque d'aggravation des crues à l'aval des mêmes ouvrages. Ainsi, les mesures décidées par le préfet de la Seine-Maritime à l'article 2 de l'arrêté contesté, dont il est expressément prévu qu'elles sont transitoires, doivent être regardées, en l'état de l'instruction, comme permettant la prévention d'un risque d'inondation en amont et en aval du moulin de Penthièvre, sans que ne soient remis en cause ni l'intérêt patrimonial du moulin ni la circonstance que des mesures complémentaires pourront être prises par les autorités compétentes pour limiter le risque d'inondation, dû à de multiples facteurs.

20. Enfin, contrairement à ce que soutient la SCI requérante, il ne résulte pas de l'instruction qu'une étude hydraulique globale du risque d'inondation de la zone dans laquelle se situe le moulin de Penthièvre va être mise en œuvre. Il résulte de l'instruction qu'en raison de la remise en cause de la pertinence de la cote déterminée par une ordonnance royale de 1823 et un rapport de l'ingénieur du service hydraulique de 1850 du fait de l'arrêt de deux usines auparavant implantées sur des bras secondaires de la Bresle en amont du moulin de Penthièvre, l'élaboration d'une étude hydraulique au droit de ce moulin est rendue nécessaire afin d'apprécier l'impact des ouvrages dans leur zone de remous dans les conditions hydrauliques actuelles, notamment en termes de répartition des débits entre les différents bras de la Bresle, ainsi que le fait valoir le préfet dans ses écritures.

21. Il suit de là que les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'erreurs de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et serait disproportionné, doivent être écartés.

22. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les services préfectoraux auraient manifesté une forme d'animosité à l'égard des requérants. Le détournement de pouvoir allégué n'étant pas établi, ce moyen doit, dès lors, être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Domaine de Penthièvre et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Domaine de Penthièvre et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Domaine de Penthièvre, première dénommée, en sa qualité de représentante unique des requérants, et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme I et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

D. ILa présidente,

Signé

P. BaillyLa greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions