mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2101604 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'annuler la décision du 24 février 2021 portant refus de renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'instruire sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 600 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de ce même jugement, sous astreinte journalière de 100 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou subsidiairement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour a été prise par un agent de guichet, qui n'avait pas compétence à cette fin ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- la décision portant refus d'enregistrement est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision portant refus d'enregistrement est entachée d'erreur de fait ;
- la décision portant refus de renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles R. 311-4 et R. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable ;
- la décision portant refus de renouvellement de son récépissé est illégale par exception de l'illégalité de celle par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 27 octobre 2021 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 30 juin 2023 fixant la clôture de l'instruction au 17 juillet 2023 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leprince, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant arménien né le 8 décembre 1983, déclare être entré en France le 2 août 2007. Le 14 octobre 2014, il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire puis, le 5 septembre 2017, une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 4 septembre 2019. Le 23 septembre 2019, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un courrier du 23 juillet 2020, l'autorité administrative a sollicité la production de pièces complémentaires. Estimant que ce dossier n'avait pas été complété, le préfet de la Seine-Maritime a, par la décision attaquée du 24 février 2021, refusé d'enregistrer cette demande. M. B demande également l'annulation d'une décision, prise le même jour, lui refusant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour.
2. M. B soutient que, contrairement à ce qu'indique la décision attaquée du 24 février 2021, il avait produit, en réponse à la demande de pièces complémentaires du 23 juillet 2020, les éléments sollicités. Il se prévaut à cet égard d'un accusé de réception d'un courrier qu'il a adressé à ces services, reçu le 3 août 2020. Le préfet se borne, en défense, à affirmer que le requérant ne démontre pas que cet accusé de réception correspond à un pli contenant les pièces demandées, sans par ailleurs apporter plus de précisions quant au contenu du pli dont il est établi qu'il a été reçu par ses services le 3 août 2020. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision refusant d'enregistrer cette demande, fondée sur l'incomplétude de son dossier en raison de l'absence de réponse au courrier du 23juillet 2020, repose sur des faits matériellement inexacts.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 février 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et, par voie de conséquence, la décision du même jour par laquelle l'autorité préfectorale a refusé de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. L'annulation des décisions attaquées, eu égard au motif qui la fonde, implique seulement que le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. B et procède, le cas échéant, à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SELARL Eden Avocats, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Eden Avocats de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 24 février 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer la demande de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de M. B et a refusé de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B et, le cas échéant, d'enregistrer sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SELARL Eden Avocats la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que la SELARL Eden Avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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