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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2102103

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2102103

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2102103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 31 mai 2021, le 24 juin 2021, le 23 août 2021, le 6 septembre 2021 et le 15 septembre 2021, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) résidence Albert Jean de Luneray (76) a refusé de lui délivrer des attestation employeur conforme à la réalité de leur relation contractuelle lui permettant de faire valoir ses droits auprès de Pôle emploi ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD résidence Albert Jean de lui délivrer des attestations employeur rectifiées pour les mois de septembre à décembre 2020, un bulletin de salaire du mois de février 2021 conforme à sa durée de travail et une attestation relative à l'existence d'une erreur sur son bulletin de paie du mois de décembre 2020 ;

3°) de condamner l'EHPAD résidence Albert Jean au remboursement de ses frais postaux

Mme A soutien que :

- ses bulletins de paie pour les mois de septembre à décembre 2020 n'indiquent pas son salaire ou indiquent un salaire inexact ou un nombre d'heure de travail inexact ;

- son employeur était obligé de lui produire les attestations employeurs ;

- elle n'a jamais reçu les documents envoyés à Pôle Emploi dont se prévaut son employeur, en défense.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 août 2021 et le 23 septembre 2021, l'EHPAD résidence Albert Jean, représentée par Me Gillet, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que :

- une attestation employeur rectifiée ayant été adressée à Pôle Emploi, le 6 mai 2021, avant l'introduction de la requête, le 31 mai 2021, celle-ci était privée d'objet avant même son introduction de sorte que les conclusions qu'elle comporte sont irrecevables :

- à titre subsidiaire, compte tenu de ces circonstances, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions formées par Mme A ;

- les conclusions de Mme A tendant à la délivrance d'un bulletin de salaire modifié au titre du mois de février 2021 présentent le caractère de conclusions à fin d'injonction formées à titre principal et sont donc irrecevables ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 mars 2023, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;

- les observations de Me Carluis, pour l'EHPAD Albert Jean.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a travaillé en tant qu'agent administratif au sein de l'EHPAD résidence Albert Jean de Luneray du 22 septembre 2020 au 10 février 2021 dans le cadre de plusieurs contrats à durée déterminée. A l'issue de la relation contractuelle, l'intéressée a constaté que les attestations employeur établies par l'EHPAD à destination de Pôle Emploi comportaient plusieurs éléments incorrects, tant sur le montant des salaires perçus que sur les périodes travaillées. Après plusieurs échanges infructueux à ce sujet avec l'EHPAD résidence Albert Jean, Mme A a sollicité de son employeur, par courrier recommandé du 16 avril 2021, la transmission d'attestations rectifiées afin de permettre la régularisation de sa situation devant Pôle Emploi. En l'absence de réponse, Mme A entend contester, à titre principal, la décision implicite par laquelle le directeur de l'EHPAD résidence Albert Jean a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la recevabilité :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation formées par la requérante :

2. L'EHPAD résidence Albert Jean fait valoir qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le 31 mai 2021, il a établi, le 4 mai 2021, puis transmis à Pôle Emploi, le 6 mai suivant, une attestation employeur rectifiée et conforme de sorte que les conclusions à fin d'annulation formées par Mme A et dirigées contre la décision implicite de rejet de sa demande tendant à l'établissement et à la transmission d'une telle attestation rectifiée, sont irrecevables celles-ci ayant été privées d'objet avant même l'introduction de la requête. L'EHPAD soutient, à titre subsidiaire, qu'il n'y a pas lieu d'y statuer. Il n'est pas contesté, toutefois, que la décision du 4 mai 2021, bien qu'antérieure à la requête, n'a été portée à la connaissance de la requérante qu'après son introduction, dans le cadre du débat contradictoire. En outre, la requérante conteste les mentions portées dans cette attestation rectifiée. Il suit de là que la fin de non-recevoir et l'exception de non-lieu à statuer opposées par l'EHPAD résidence Albert Jean ne peuvent être accueillies.

Sur la légalité de l'attestation employeur du 4 mai 2021 :

3. Aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi. ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'employeur est tenu de délivrer à l'agent, ainsi qu'à Pôle Emploi, l'ensemble des attestations et justifications requises pour l'ouverture des droits aux allocations de chômage et cette obligation doit être mise en œuvre par l'employeur spontanément au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail.

5. Mme A soutient que le nombre d'heures effectuées indiqué sur l'attestation employeur du 4 mai 2021 est inexact pour les périodes du 30 octobre 2020 au 1er novembre 2020, du 1er décembre 2020 au 17 décembre 2020 et du 4 janvier 2021 au 30 janvier 2021.

6. Concernant la période du 30 octobre 2020 au 1er novembre 2020, Mme A soutient, sans être contredite par son employeur, qu'elle n'a pas travaillé 10 heures mais 15 heures et produit, au soutien de ses dires, l'attestation UNEDIC du 17 novembre 2020 remplie par son employeur lui-même, faisant état de 15 heures travaillées au titre de cette période.

7. Concernant la période du 1er décembre 2020 au 17 décembre 2020, Mme A soutient qu'elle n'a pas travaillé 45 heures mais 55 heures. Si son employeur fait valoir, sans produire le moindre élément, qu'elle n'a travaillé que neuf jours au titre de cette période et qu'elle s'est vraisemblablement trompée en comptabilisant ses deux journées de congés annuels dans son calcul, il ressort cependant du planning du mois de décembre 2020 versé aux débats par la requérante que celle-ci a bien travaillé onze jours, congés annuels exclus, soit 55 heures, au titre de la période considérée.

8. Concernant la période du 4 janvier 2021 au 30 janvier 2021, Mme A soutient qu'elle n'a pas travaillé 75 heures, comme l'indique l'attestation litigieuse, mais 100 heures et ajoute qu'elle a travaillé pour une durée de 8 heures le 18 janvier 2021 et de 7 heures les 19, 20, 21, 25, 26 et 28 janvier 2021. Son employeur reconnaît avoir commis une erreur et indique que l'intéressée a travaillé 90 heures au titre de la période considérée et qu'elle a, en effet, accompli des journées de travail de 7 heures et de 8 heures, sans spécifier lesquelles. Toutefois, la requérante verse aux débats son bulletin de salaire du mois de janvier 2021 démontrant qu'elle a effectuée 99,09 heures de travail durant ce mois.

9. Il résulte de ce qui précède que, Mme A est fondée à soutenir que l'attestation employeur du 4 mai 2021 remise par l'EHPAD résidence Albert Jean à Pôle Emploi est entachée d'inexactitudes concernant le nombre d'heures travaillées pour les périodes du 30 octobre 2020 au 1er novembre 2020, du 1er décembre 2020 au 17 décembre 2020 et du 4 janvier 2021 au 30 janvier 2021. Il suit de là que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de l'EHPAD résidence Albert Jean a refusé de rectifier l'attestation employeur établie le 4 mai 2021.

Sur les bulletins de salaire de décembre 2020 et février 2021 :

10. Il ressort des pièces versées aux débats par la requérante que le directeur de l'EHPAD résidence Albert Jean a certifié, dans une attestation en date du 18 février 2020, que le rappel de septembre mentionné sur le bulletin de salaire de décembre 2020 de la requérante était en réalité un rappel de novembre 2020. La circonstance que le directeur de l'établissement ait daté ce document du 18 février 2020 et non du 18 février 2021 constitue une simple erreur de plume qui ne suffit pas, à elle seule, à entacher d'irrégularité le bulletin de salaire litigieux.

11. Si Mme A fait valoir, par ailleurs, que le temps de travail indiqué sur son bulletin de salaire de février 2021 est incorrect dès lors qu'elle a travaillé sept heures, durant ce mois, et non cinq heures, comme indiqué sur le document litigieux, elle ne l'établit nullement.

12. Il résulte de ce qui a été exposé aux points n°10 et 11 que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de l'EHPAD résidence Albert Jean a refusé de lui délivrer un bulletin de salaire rectifié au titre du mois de février 2021 et une attestation relative à l'existence d'une erreur sur son bulletin de paie du mois de décembre 2020.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de l'EHPAD résidence Albert Jean de Luneray a refusé de rectifier l'attestation employeur établie le 4 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, eu égard au motif d'annulation de la décision, d'enjoindre à l'EHPAD résidence Albert Jean de transmettre à Pôle Emploi une attestation employeur rectifiée dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et d'en adresser une copie à la requérante.

Sur les frais exposés par la requérante :

16. Mme A demande que l'EHPAD résidence Albert Jean soit condamné à lui rembourser les frais postaux qu'elle dit avoir exposés dans le cadre du présent litige. Toutefois, la requérante n'établit pas la réalité de cette dépense. Ses conclusions ne peuvent donc qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le directeur de l'EHPAD résidence Albert Jean a refusé de rectifier l'attestation employeur établie le 4 mai 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'EHPAD résidence Albert Jean de transmettre à Pôle Emploi une attestation employeur rectifiée dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et d'en adresser une copie à la requérante.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'EHPAD résidence Albert Jean.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Bouvet, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102103

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