jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2104468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | ZAGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 novembre 2021, la SARL " Les Viandes Fraîches ", représentée par Me Zago, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la contribution spéciale et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine pour des montants respectifs de 7 300 et 2 124 euros, ainsi que la décharge des obligations de payer correspondantes ;
2) à titre subsidiaire, de réduire les sommes dues à concurrence de 3 650 euros au titre de la seule contribution spéciale ;
3) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mention erronée de la voie de recours prive de base légale la décision attaquée ;
- le caractère intentionnel du délit qui lui est reproché fait défaut, en méconnaissance de l'article 121-3 du code pénal ;
- le salarié lui a remis une carte nationale d'identité française parfaitement similaire à une vraie ;
- elle est de bonne foi ;
- la décision est privée de base légale ;
- dès lors qu'elle s'est acquittée des cotisations sociales dues et que le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise, elle est fondée à demander, à titre subsidiaire, la réduction de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 5 décembre 2006 relatif au montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que la SARL " Les Viandes Fraîches ", qui exploite un commerce en Seine-Maritime, a fait l'objet le 11 février 2020 d'un contrôle de police, au cours duquel il a été constaté la présence en action de travail d'un ressortissant algérien dépourvu de titre l'autorisant à séjourner et travailler sur le territoire français. Un procès-verbal d'infraction a été dressé et, à l'issue d'une procédure contradictoire, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration a infligé à la société, par une décision du 21 octobre 2021, la contribution spéciale pour un montant de 7 300 euros et la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine pour un montant de 2 124 euros. Par la présente requête, la SARL " Les Viandes Fraîches " demande à titre principal au tribunal d'annuler cette décision.
2. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail que nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. En outre, l'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ".
3. D'une part, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " () l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat () ". Enfin, l'article R. 8253-1 dudit code prévoit que " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice () de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger " ; l'article L. 822-4 du même code confie à l'office français de l'immigration et de l'intégration la mission de constater et fixer le montant de cette contribution spéciale. En outre, aux termes de l'article R. 822-2 dudit code : " La contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement de l'étranger du territoire français prévue à l'article L. 822-2 est due pour chaque employé en situation irrégulière au regard du droit au séjour. / Cette contribution est à la charge de l'employeur qui, en violation de l'article L. 8251-1 du code du travail, a embauché ou employé un travailleur étranger dépourvu de titre de séjour ".
5. En premier lieu, la circonstance que la mention du tribunal administratif territorialement compétent pour connaitre de la contestation contentieuse de la société sur la mention des voies et délais de recours serait erronée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.
7. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
8. D'une part, ainsi qu'il a été dit, la circonstance que l'élément intentionnel de l'infraction ferait défaut au sens de l'article 121-3 du code pénal est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
9. D'autre part, si la requérante soutient que le salarié a remis au gérant une carte nationale d'identité française, il ressort des déclarations concordantes du salarié et du gérant lors des auditions menées par les services de police que le salarié n'a présenté qu'une photocopie, au demeurant de mauvaise qualité, et non un original, de ce document. En s'abstenant d'exiger la production de l'original de la carte nationale d'identité, que le salarié étranger a déclaré avoir acquis frauduleusement, elle n'a pas pris toutes les précautions nécessaires afin de s'assurer de la régularité du séjour et de l'emploi de ce salarié. La circonstance qu'elle serait de bonne foi est, dès lors, sans incidence sur la possibilité que tenait des dispositions précitées le directeur général de l'office de mettre à sa charge tant la contribution spéciale que la contribution forfaitaire. Il en va de même de la circonstance qu'elle respecterait ses autres obligations en matière de droit du travail.
10. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de la présomption d'innocence ne peut qu'être écarté comme inopérant, la décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de porter atteinte audit principe.
11. En quatrième lieu, les dispositions de l'article R. 8253-2 du code travail définissent les modalités de calcul de la contribution spéciale selon trois situations. Un cas général, à 5 000 fois le taux horaire, qui peut être réduit à 2 000 fois le taux horaire sous conditions et enfin à 1 000 fois le taux horaire lorsque " l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 " et que " le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ".
12. Le directeur général de l'office a fait application du taux réduit à 2 000 fois le taux horaire. Si la SARL " Les Viandes Fraîches " demande à titre subsidiaire à ce que sa contribution soit réduite à 1 000 fois le taux horaire elle n'établit ni même n'allègue avoir acquitté les salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 du code du travail, notamment l'indemnité forfaitaire égale à trois mois de salaire. Dès lors, sa demande de réduction n'est pas fondée.
13. En dernier lieu, pour contester le bien-fondé de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine, la SARL requérante soutient que l'arrêté du 5 décembre 2006 en fixant le montant serait illégal car il reposerait sur un article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui serait abrogé. Toutefois, cet arrêté ministériel est fondé non sur l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur l'article L. 626-1 dudit code dans sa version alors en vigueur, qui figurait à la date de la décision attaquée à l'article L. 822-2 de ce code, compte-tenu de la recodification opérée par l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'arrêté ayant servi de base au calcul de la contribution forfaitaire infligée à la SARL requérante n'est pas illégal.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL " Les Viandes Fraîches " doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la SARL " Les Viandes Fraîches " est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL " Les Viandes Fraîches " et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
Le rapporteur,
signé
Robin Mulot
La présidente,
signé
Anne Gaillard
Le greffier,
signé
Henry Tostivint
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités chacun en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes
N°2104468
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026