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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2104750

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2104750

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2104750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 décembre 2021 et le 3 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Languil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le centre hospitalier du Belvédère a refusé de lui communiquer son dossier individuel en tant qu'agent de cet établissement, ainsi que les comptes-rendus des réunions du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'établissement du 4 mars 2019, 4 avril 2019, 24 avril 2019, 21 mai 2019 et 2 juillet 2019, et le compte-rendu de l'audit mis en place à la suite de ces réunions du CHSCT ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier du Belvédère de lui communiquer les documents sollicités dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Belvédère la somme de 3000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision lui refusant la communication des documents sollicités n'est pas motivée, en méconnaissance du 5° de l'article L. 211-2 et L. 311-14 du code des relations entre le public et l'administration ;

- son dossier individuel est communicable en vertu de l'article 18 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les procès-verbaux du CHSCT et le compte rendu d'audit réalisé à la suite des réunions du CHSCT sont communicables en vertu de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) l'a indiqué dans son avis ;

- le centre hospitalier du Belvédère a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de lui communiquer les éléments sollicités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, le centre hospitalier du Belvédère conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et au rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le 6 janvier 2022, le dossier administratif de Mme A ainsi que les comptes-rendus des réunions du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'établissement du 4 mars 2019, 4 avril 2019, 24 avril 2019, 21 mai 2019 et 2 juillet 2019 ont été communiqués à la requérante ;

- le rapport dressé par le cabinet Syndex le 2 juin 2020 sur demande motivée du CHSCT pour risque grave le 25 avril 2019 n'est pas communicable à la requérante en application de l'article L. 4614-9 du code du travail.

Le rapport établi le 2 juin 2020 par le cabinet Syndex en tant qu'expert agréé à la suite d'une demande du CHCST du centre hospitalier du Belvédère du 25 avril 2019 a été produit par le centre hospitalier du Belvédère le 22 juillet 2022 à la demande du tribunal, sans que communication de ce document ne soit adressée à Mme A.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les observations de Me Languil, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 4 juin 2019, Mme A, adjointe administrative au centre hospitalier du Belvédère, a demandé à ce dernier de lui communiquer son dossier administratif, ainsi que les comptes-rendus des réunions du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'établissement des 4 mars, 4 avril, 24 avril, 21 mai et 2 juillet 2019, et le compte-rendu de l'audit mis en place à la suite de ces réunions du CHSCT. En l'absence de réponse à sa demande, elle a saisi la commission d'accès aux documents administratifs qui a rendu, en l'état des informations dont elle disposait, un avis favorable, sous réserves, à la communication des documents sollicités, le 14 octobre 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le centre hospitalier du Belvédère a rejeté sa demande de communication de documents administratifs. Par une décision explicite du 15 février 2022, le centre hospitalier du Belvédère a confirmé, s'agissant du dernier document sollicité, son refus de le communiquer à Mme A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la demande de communication du dossier individuel de Mme A et des comptes-rendus des réunions du CHSCT des 4 mars 2019, 4 avril 2019, 24 avril 2019, 21 mai 2019 et 2 juillet 2019 :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 6 janvier 2022, le centre hospitalier du Belvédère a communiqué à Mme A son dossier administratif ainsi que les procès-verbaux des réunions du CHSCT des 4 mars, 4 avril, 24 avril, 21 mai et 2 juillet 2019. Par suite, en tant qu'elles concernent ces documents, les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante ont perdu leur objet en cours d'instance. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la demande de communication du compte-rendu de l'audit mis en place à la suite de ces réunions du CHSCT :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ". Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public (). Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, () ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () / 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ;/ 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. () ". Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 4614-12 du code du travail, applicable au comité d'hygiène, de sécurité, et des conditions de travail des établissements publics de santé à la date de remise du document en litige : " Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail peut faire appel à un expert agréé : / 1° Lorsqu'un risque grave, révélé ou non par un accident du travail, une maladie professionnelle ou à caractère professionnel est constaté dans l'établissement ; () ". Aux termes de l'article L. 4614-13 du même code : " () L'expert est tenu aux obligations de secret et de discrétion définies à l'article L. 4614-9. " L'article L. 4614-9 du même code disposait que : " Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail reçoit de l'employeur les informations qui lui sont nécessaires pour l'exercice de ses missions, ainsi que les moyens nécessaires à la préparation et à l'organisation des réunions et aux déplacements imposés par les enquêtes ou inspections./ Les membres du comité sont tenus à une obligation de discrétion à l'égard des informations présentant un caractère confidentiel et données comme telles par l'employeur. () ".

5. Enfin, il appartient au juge administratif de requérir des administrations compétentes la production de tous les documents nécessaires à la solution des litiges qui lui sont soumis à la seule exception de ceux qui sont couverts par un secret garanti par la loi. D'autre part, si le caractère contradictoire de la procédure exige la communication à chacune des parties de toutes les pièces produites au cours de l'instance, cette exigence est nécessairement exclue en ce qui concerne les documents dont le refus de communication constitue l'objet même du litige.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier du 15 février 2022 par lequel le centre hospitalier du Belvédère a confirmé de manière expresse, à la suite de l'avis de la CADA en date du 14 octobre 2021, son refus de communiquer ce document, que le compte-rendu de l'audit mis en place à la suite des réunions du CSHCT sollicité par Mme A est en réalité un rapport établi par un expert agréé en cas de " risque grave " constaté dans l'établissement, à la demande du CHSCT du centre hospitalier du Belvédère intervenue par délibération du 25 avril 2019, sur le fondement du 1° de l'article L. 4614-12 du code du travail cité au point 4. Il ressort également des pièces du dossier que le centre hospitalier du Belvédère détient ce rapport et l'a d'ailleurs communiqué au tribunal à sa demande, sans que ce dernier ne le soumette au contradictoire. Ce rapport a été reçu par cet établissement public de santé dans le cadre de sa mission de service public. Enfin, la seule circonstance que l'expert agréé comme les membres du CHSCT soient soumis à une obligation de confidentialité telle que prévue à l'article L. 4614-9 du code de travail cité au point 4 ne suffit pas, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier du Belvédère en défense, à faire échec à l'application des dispositions du code des relations entre le public et l'administration relatives à la communication des documents administratifs.

7. Par suite, ce document est communicable à un tiers en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve que les mentions visées à l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration soient occultées. Ces mentions concernent en particulier deux passages du rapport en pages 154 et 184 relatifs à des propos ou comportements attribués à deux personnes facilement identifiables, qui ne sont, en vertu des 2° et 3° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, communicables qu'aux intéressés.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de décision du 15 février 2022 par laquelle le centre hospitalier du Belvédère a confirmé sa décision implicite par laquelle il a refusé de lui communiquer le rapport de l'expert agréé, sollicité pour " risque grave ", par le CHSCT de l'établissement le 25 avril 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au centre hospitalier du Belvédère de communiquer à la requérante le rapport établi par l'expert agréé, sollicité par le CHSCT de l'établissement le 25 avril 2019, sous réserve de l'occultation des seules mentions visées par les dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier du Belvédère la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A en tant qu'elles concernent le refus de communication de son dossier individuel et des comptes-rendus des réunions du CHSCT des 4 mars, 4 avril, 24 avril, 21 mai et 2 juillet 2019.

Article 2 : La décision du 15 février 2022 par laquelle le centre hospitalier du Belvédère a confirmé son refus de communiquer à Mme A le rapport établi par un expert agréé, en réponse à la demande du CHSCT du centre hospitalier du Belvédère en date du 25 avril 2019, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au centre hospitalier du Belvédère de communiquer à Mme A le rapport établi par un expert agréé en réponse à la demande du CHSCT du centre hospitalier du Belvédère en date du 25 avril 2019 et ce après occultation de toute mention susceptible de porter atteinte à la vie privée des personnes mentionnées dans ces documents, ainsi qu'il résulte des points 6 et 7 du présent jugement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le centre hospitalier du Belvédère versera à Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier du Belvédère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. GalleLa greffière,

N. Drouilhet

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, du travail et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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