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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2105030

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2105030

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2105030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2021 et le 20 octobre 2022, Mme B D, représentée Me Roger, demande au tribunal de condamner la commune de Lillebonne à lui verser la somme de 6 461,45 euros.

Elle soutient que :

- par son arrêté du 20 septembre 2019, le maire l'a illégalement placée à demi-traitement à compter du 1er septembre 2019, alors que la commission de réforme n'avait pas encore statué sur son cas ; la commune a commis une faute qui engage sa responsabilité ;

- la commune a également commis une faute en ne lui accordant pas le bénéfice provisoire des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 relatives à la prise en charge des frais de santé pour les agents victimes d'un accident de service ;

- le retard de la commune dans la transmission à l'organisme de prévoyance des informations nécessaires au calcul de ses droits au titre de la garantie de maintien de salaire constitue une autre faute de nature à engager la responsabilité de l'administration ;

- en raison de son placement à demi-traitement et de la perte d'une partie de son salaire, elle s'est trouvée dans une situation financière difficile qui a nécessité le dépôt d'un dossier de surendettement ; le préjudice financier et moral consécutif à son surendettement s'élève à la somme de 5 000 euros ;

- elle a été contrainte de payer les frais de déplacement en ambulance pour un montant total de 1 461,45 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, la commune de Lillebonne, représentée par Me Gillet, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune des fautes alléguées par la requérante ;

- la requérante ne justifie pas avoir exposé les frais d'ambulance dont elle demande le remboursement ; le préjudice moral et financier n'est pas non plus établi ;

- elle ne justifie pas l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre les fautes alléguées et ses préjudices.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme C,

- et les observations de Me Carluis substituant Me Gillet, représentant la commune de Lillebonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, agent spécialisé principal de 1ère classe des écoles maternelles, était employée par la commune de Lillebonne jusqu'au 8 juillet 2021. Elle a été victime d'un premier accident de service le 21 juillet 2009. Le 30 juin 2017, elle a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un nouvel accident survenu le 29 juin 2017. Lors de sa séance du 29 mars 2018, la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident. Le 20 avril 2018, Mme D a déclaré une rechute de l'accident de service du 21 juillet 2009. Par un arrêté du 20 septembre 2019, le maire de Lillebonne lui a accordé le bénéfice du maintien d'un demi-traitement à titre conservatoire à compter du 1er septembre 2019 dans l'attente de l'avis du comité médical concernant l'octroi d'un congé de maladie. Par un premier arrêté du 10 janvier 2020, pris après des avis de la commission de réforme du 12 décembre 2019, le maire a reconnu comme imputable au service l'accident survenu le 29 juin 2017 et a placé l'intéressée en congé pour accident de service pour la période du 29 juin 2017 au 17 janvier 2018, la commission de réforme ayant décidé de surseoir à statuer sur la rechute afin que soit diligentée une expertise spécialisée. Par trois arrêtés du 24 mars 2020, le maire de Lillebonne a placé Mme D en congé de maladie ordinaire à plein traitement du 27 février au 27 mai 2018 et à demi-traitement à compter du 28 mai 2018 et lui a accordé, à compter du 28 février 2019, à titre provisoire, le bénéfice du maintien d'un demi-traitement dans l'attente d'une expertise en vue de la saisine du comité médical. Le 24 septembre 2020, la commission de réforme a prononcé, en ce qui concerne l'imputabilité au service de la rechute, un nouveau sursis à statuer dans l'attente du rapport complémentaire du médecin expert dont les conclusions ont été rendues le 23 octobre 2020. Le 7 juillet 2021, le comité médical a émis un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie au motif que l'agent était inapte définitivement à toute fonction. Admise le 8 juillet 2021 à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité, Mme D a adressé à la commune une demande indemnitaire par une lettre du 10 septembre 2021 afin d'être indemnisée, du fait des fautes commises par l'administration, de la non-prise en charge de ses frais de santé et de son préjudice moral et financier consécutif à l'engagement d'une procédure de surendettement. En l'absence de réponse de la commune, elle demande, par la présente requête, la condamnation de la commune de Lillebonne à lui verser la somme totale de 6 461,45 euros.

Sur la demande indemnitaire relative aux frais d'ambulance :

2. Si Mme D soutient que la commune était tenue de prendre financièrement en charge ses frais médicaux dans le cadre de son accident de service, elle ne justifie pas, par la seule production d'un document intitulé " listing de factures non réglées " lequel ne précise pas le motif du transport, que les frais d'ambulance en cause seraient directement liés à l'accident dont elle a été victime le 29 juin 2017 ou à sa rechute. Le lien de causalité n'est donc pas établi. Il suit de là que la demande de Mme D relative à l'indemnisation des frais d'ambulance ne peut qu'être rejetée.

Sur la demande indemnitaire relative au préjudice moral et financier consécutif à l'engagement d'une procédure de surendettement :

3. En se bornant à soutenir sans autre précision sur sa situation financière qu'en raison de son placement à demi-traitement à compter du 1er septembre 2019 et du retard de la commune dans la transmission à l'organisme de prévoyance des informations nécessaires au calcul de ses droits au titre de la garantie de maintien de salaire, elle s'est trouvée dans une situation difficile qui a nécessité le dépôt d'un dossier de surendettement le 4 décembre 2019, Mme D n'établit pas, alors que le dossier de surendettement fait apparaître des dettes de loyer particulièrement élevées et plusieurs crédits à la consommation dont la date de souscription n'est pas précisée par l'intéressée, que le versement d'un demi-traitement aurait eu pour effet de l'empêcher d'honorer ses dettes ou, à tout le moins, de les aggraver à un degré tel qu'elle aurait été contrainte, du fait même de l'absence de rémunération à plein traitement, d'ouvrir, en l'espace de trois mois, un dossier de surendettement. Dès lors, le préjudice moral et financier que la requérante évalue à la somme de 5 000 euros, lequel n'est au demeurant pas suffisamment étayé, ne peut être indemnisé, en l'absence de preuve du caractère direct et certain du lien de causalité. La demande présentée à ce titre par Mme D doit donc être rejetée.

4. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Lillebonne à lui verser la somme de 6 461,45 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la commune de Lillebonne.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

Signé : S. A

La présidente,

Signé : C. BOYER

Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

CH

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