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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2105114

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2105114

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2105114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I/ Par une requête enregistrée le 28 décembre 2021, sous le n°2105114, Mme A D, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'examiner sa demande d'admission au séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Bidault la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éclairées par les énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que le dossier de Mme D est toujours en cours d'instruction et que l'intéressée sera prochainement convoquée devant la commission du titre de séjour.

Par un courrier du 14 juin 2023, la requérante a été invitée, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, à confirmer expressément le maintien de ses conclusions, dans le délai d'un mois.

Par un courrier en date du 1er juillet 2023, la requérante a indiqué maintenir l'intégralité de ses conclusions.

II/ Par une requête enregistrée le 28 décembre 2021, sous le n°2105115, M. E C, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa d'admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'examiner sa demande d'admission au séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Bidault la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éclairées par les énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que le dossier de M. C est toujours en cours d'instruction et que l'intéressé sera prochainement convoqué devant la commission du titre de séjour.

Par un courrier du 14 juin 2023, le requérant a été invité, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, à confirmer expressément le maintien de ses conclusions, dans le délai d'un mois.

Par un courrier en date du 1er juillet 2023, le requérant a indiqué maintenir l'intégralité de ses conclusions.

Vu :

- les décisions du 12 novembre 2021 par lesquelles les requérants ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les décisions par lesquelles la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bouvet, premier conseiller, a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C et Mme A D, ressortissants étrangers nés respectivement le 9 avril 1993 et le 30 octobre 1991, déclarent être entrés en France en 2013. Par deux courriers en date du 15 décembre 2019, les requérants ont sollicité du préfet de la Seine-Maritime leur admission exceptionnelle au séjour. Le 10 novembre 2020 l'administration a informé les requérants que leurs demandes de titre de séjour étaient enregistrées et que l'absence de réponse écrite dans un délai de quatre mois ferait naître un rejet implicite de leurs demandes. Par deux courriers en date du 31 mars 2021, les requérants ont demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de leurs demandes. Par un courrier en date du 12 juillet 2021, l'administration a informé M. C que l'instruction de son dossier était finalisée et l'a invité, eu égard à la date de dépôt de sa demande de titre de séjour, à lui communiquer tout élément nouveau relatif à sa situation dans un délai d'un mois. Par les deux requêtes susvisées, M. C et Mme B demandent au tribunal d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a rejeté leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2105114 et 2105115 concernent la situation d'un même couple d'étrangers, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Les requérants font valoir que le silence conservé par l'administration sur leurs demandes de titre de séjour a fait naître un rejet implicite de celles-ci, à l'expiration d'un délai de quatre mois. Le préfet de la Seine-Maritime soutient, pour sa part, que les dossiers des intéressés sont toujours en cours d'instruction, de sorte qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de leurs requêtes. Toutefois, l'administration a elle-même indiqué, dans ses courriers en date du 10 novembre 2020, que les demandes d'admission au séjour des requérants étaient enregistrées et que l'absence de réponse écrite dans un délai de quatre mois ferait naître une décision implicite de rejet de leurs demandes. En outre, eu égard au délai de plus d'un an s'étant écoulé entre le dépôt des demandes et l'introduction des requêtes, il ne saurait être tenu pour établi que les demandes des requérants sont toujours en cours d'instruction, nonobstant le courrier en ce sens adressé à M. C, le 12 juillet 2021. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce des dossiers, alors, au demeurant, que les requérants, invités par le tribunal à confirmer expressément le maintien de leurs conclusions, en application des dispositions de l'article L. 612-5-1 du code de justice administrative, ont maintenu l'intégralité de celles-ci, que M. C et Mme B auraient jamais reçu de réponse expresse à leur demande d'admission au séjour. Par suite, les requêtes susvisées des intéressés n'ont pas perdu leur objet. L'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Seine-Maritime ne peut être accueillie.

Sur le refus de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

5. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

6. Il ressort des pièces des dossiers, que M. C et Mme D ont sollicité leur admission au séjour dans les conditions rappelées au point n°1 et que le silence gardé par le préfet de la Seine-Maritime pendant quatre mois sur leur demande a fait naître des décisions implicites de rejet. Il ressort également des pièces des dossiers que les requérants ont sollicité la communication des motifs de ces décisions par des courriers du 31 mars 2021 que l'administration ne conteste pas avoir reçus. Il n'est pas utilement contesté par le préfet de la Seine-Maritime qu'aucune réponse n'a été apportée aux requérants dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, le courrier en date du 12 juillet 2021 adressé à M. C ne pouvant être regardé comme tel. Dans ces conditions, M. C et Mme D sont fondés, à soutenir que les décisions implicites attaquées sont entachées d'un défaut de motivation. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des deux requêtes, que ces décisions doivent être annulées.

Sur l'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Seine-Maritime réexamine la situation de M. C et Mme D. Il y a lieu de l'enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites du préfet de la Seine-Maritime nées au plus tard le 10 mars 2021 refusant l'admission exceptionnelle au séjour de Mme D et de M. C sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C et Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions formées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme A D, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARDLe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°s 2105114 ; 2105115

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