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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200094

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200094

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBON-JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 janvier 2022, le 11 juillet 2022 et le 27 avril 2023, M. I H, Mme B E, M. G D, M. A F et Mme C F, représentés par Me Bon-Julien, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 par lequel le préfet de l'Eure a accordé, sous prescriptions, un permis de construire au GAEC des Monts Huglets pour la construction d'une unité de méthanisation agricole sur le territoire de la commune de Fiquefleur-Equainville, ainsi que les décisions de rejet de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 par laquelle le préfet de l'Eure a accordé la dérogation aux dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme au GAEC des Monts Huglets pour la construction d'une unité de méthanisation agricole ;

3°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle le préfet de l'Eure a implicitement délivré un permis de construire modificatif au GAEC des Monts Huglets ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir et sont recevables à présenter la requête ;

- l'arrêté du 19 juillet 2021 portant autorisation de dérogation méconnait les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 19 juillet 2021 délivrant le permis de construire initial est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 19 juillet 2021 portant dérogation à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire initial et le permis de construire modificatif ont été délivrés sur la base d'un dossier incomplet ;

- le permis de construire initial et le permis de construire modificatif sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.121-8 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire initial et le permis de construire modificatif ainsi les dispositions de code de l'urbanisme sont entachés d'un vice de procédure tiré de l'absence de participation du public ;

- le permis de construire initial et le permis de construire modificatif sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles R. 111-26 et R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire modificatif a été pris sur la base d'un dossier incomplet en raison du défaut de déclaration " installation classée pour la protection de l'environnement " et de " dossier loi sur l'eau " ;

- le permis de construire initial et le permis de construire modificatif sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 mai 2022, le 9 août 2022 et le 26 mai 2023, le GAEC des Monts Huglets, représenté par Me Gandet, conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond, à titre infiniment subsidiaire à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite tardivement faute pour les requérants de prouver l'envoi de leurs recours gracieux ;

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 décembre 2022 et le 30 mai 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par courrier du 21 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du préfet de l'Eure du 19 juillet 2021 " portant dérogation à l'article L. 121-8 ", dès lors qu'il s'agit d'un " accord " préalable soit un acte préparatoire à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, insusceptible de recours en excès de pouvoir.

Le GAEC a présenté ses observations sur ce moyen le 28 mars 2024.

Le préfet de l'Eure a présenté ses observations sur ce moyen le 29 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'Aarhus du 25 juin 1998 sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les observations de Me Lerouge de Guerdavid, substituant Me Bon-Julien, représentant M. H et autres,

- et les observations de Me Gandet, représentant le GAEC des Monts Huglets.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 mars 2021, le GAEC des Monts Huglets a déposé une demande de permis de construire pour l'édification d'une unité de méthanisation sur le terrain cadastré AB 70 et 73 situé sur le territoire de la commune de Fiquefleur-Equainville, sur lequel il exploite déjà une exploitation agricole d'élevage. Par deux arrêtés du 19 juillet 2021, le préfet de l'Eure a, d'une part, autorisé la dérogation aux dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, d'autre part, accordé le permis sollicité n°PC 027 243 21 S0003 au GAEC des Monts Huglets, assorti de prescriptions. M. I H, Mme B E, M. G D, M. A F et Mme C F, voisins du projet, ont présenté conjointement un recours gracieux le 15 septembre 2021, qui est resté sans réponse.

2. En cours d'instance, le GAEC des Monts Huglets a déposé une demande de permis de construire modificatif le 24 mars 2022. Le préfet de l'Eure a délivré au GAEC des Monts Huglets un certificat de " non opposition au permis de construire " le 19 juillet 2022.

3. M. H et autres demandent l'annulation des deux arrêtés du 19 juillet 2021 portant dérogation à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et portant permis de construire, de la décision de rejet de leur recours gracieux ainsi que de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Eure a délivré le permis de construire modificatif au GAEC des Monts Huglets.

Sur la recevabilité des conclusions :

4. Aux termes de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article L. 121-8, les constructions ou installations nécessaires aux activités agricoles ou forestières ou aux cultures marines peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. "

5. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 19 juillet 2021, le préfet de l'Eure a donné son accord pour autoriser la construction litigieuse, par dérogation à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Toutefois, cet accord a le caractère d'une mesure préparatoire à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme et n'est ainsi pas susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir. Cet accord peut néanmoins être contesté à l'occasion du recours dirigé à l'encontre de la décision d'autorisation d'urbanisme. Par suite, les conclusions explicitement dirigées contre l'arrêté du 19 juillet 2021 portant dérogation à l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les dispositions du permis de construire initial non modifiées par le permis de construire modificatif :

S'agissant de l'exception d'illégalité et de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme :

6. Aux termes de l'article L. 121-8 code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. " et aux termes de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article L. 121-8, les constructions ou installations nécessaires aux activités agricoles ou forestières ou aux cultures marines peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. / Ces opérations ne peuvent être autorisées qu'en dehors des espaces proches du rivage, à l'exception des constructions ou installations nécessaires aux cultures marines. / L'accord de l'autorité administrative est refusé si les constructions ou installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. / Le changement de destination de ces constructions ou installations est interdit. "

7. Aux termes de l'article L. 311-1 du code rural et de la pêche maritime : " Sont réputées agricoles toutes les activités correspondant à la maîtrise et à l'exploitation d'un cycle biologique de caractère végétal ou animal et constituant une ou plusieurs étapes nécessaires au déroulement de ce cycle ainsi que les activités exercées par un exploitant agricole qui sont dans le prolongement de l'acte de production ou qui ont pour support l'exploitation. Les activités de cultures marines et d'exploitation de marais salants sont réputées agricoles, nonobstant le statut social dont relèvent ceux qui les pratiquent. Il en est de même des activités de préparation et d'entraînement des équidés domestiques en vue de leur exploitation, à l'exclusion des activités de spectacle. Il en est de même de la production et, le cas échéant, de la commercialisation, par un ou plusieurs exploitants agricoles, de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation, lorsque cette production est issue pour au moins 50 % de matières provenant d'exploitations agricoles. () " Aux termes de l'article D. 311-18 de ce code : " Pour que la production et, le cas échéant, la commercialisation de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation soient regardées comme activité agricole en application de l'article L. 311-1, l'unité de méthanisation doit être exploitée et l'énergie commercialisée par un exploitant agricole ou une structure détenue majoritairement par des exploitants agricoles. Ces exploitants agricoles sont, soit des personnes physiques inscrites au registre national des entreprises avec la qualité d'actif agricole mentionnée à l'article L. 311-2, soit des personnes morales dont le ou les associés détenant conjointement au moins 50 % des parts de la société, sont des exploitants agricoles inscrits à ce registre avec la qualité d'actif agricole mentionnée à l'article L. 311-2. / Le respect de la condition de provenance des matières premières à partir desquelles l'énergie est produite est apprécié, par exercice, au niveau de la structure gestionnaire de l'unité de méthanisation, et en masse de matières brutes présentées sous leur forme habituelle, sans transformation ni hydratation supplémentaires. Un registre permanent d'admission de ces matières est tenu par cette structure, tel que prévu par les dispositions relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement aux articles L. 511-1 et suivants du code de l'environnement. Outre la désignation des matières, leur date de réception et leur tonnage, il indique le nom et l'adresse du producteur "

8. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe en dehors des parties urbanisées de la commune littorale de Fiquefleur-Equainville et des espaces proches du rivage. Il ressort des pièces du dossier que le GAEC des Monts Huglets, détenu par deux exploitants agricoles, assure sur les terrains d'assiette du projet une activité d'élevage. Il ressort également des pièces du dossier que le projet de construction d'une unité de méthanisation est destiné à valoriser des intrants exclusivement issus de l'exploitation agricole du GAEC des Monts Huglets, et que, au demeurant, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les digestats issus du processus de méthanisation seront épandus exclusivement sur cette même exploitation agricole. Compte tenu notamment de la nature et du fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et de la destination de la construction projetée, celle-ci doit être regardée comme étant nécessaire à l'exploitation agricole. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux s'implante sur une parcelle agricole qui fait déjà l'objet d'une exploitation, prévoit des constructions avec des matériaux couleurs bois pour les cuves, noire pour les toitures et blanche pour la clôture nord.

9. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché d'illégalité le permis de construire en délivrant l'accord mentionnée à l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme afin de permettre de de déroger aux dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dirigé directement contre l'arrêté du 19 juillet 2021 délivrant le permis de construire litigieux doit être également être écarté.

S'agissant de la méconnaissance de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. "

11. Pour contester le permis litigieux, M. H et autres soutiennent que le projet entraîne une artificialisation des sols et menace des espèces protégées dont les habitats ou les milieux de chasses sont situés sur le terrain du projet. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que bien que situé dans une ZNIEFF du type 2, le terrain d'assiette du projet est pour l'essentiel composé d'une infrastructure déjà édifiée et de prairies qui ne présentent pas intérêt faunistique particulier. Les requérants, qui se bornent à des considérations très générales en faisant valoir qu'une surface importante doit être artificialisée, n'apportent aucun élément circonstancié tendant à démontrer que l'ouvrage est de nature à emporter des conséquences dommageables pour l'environnement. En outre, il ressort de l'étude du pré-diagnostic environnemental versé à l'instance que l'enjeu local de conservation du terrain d'assiette a été évalué à faible. Par ailleurs, les enjeux relatifs aux espèces protégées dont se prévalent les requérants ont été évalués de très faibles à modérés. Dans ces conditions, compte tenu de l'absence d'élément permettant d'établir la réalité et la gravité d'une atteinte à l'environnement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme doit être écarté.

S'agissant de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "

13. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

14. Il ressort des pièces du dossier que l'unité de méthanisation projetée, d'une surface plancher de 1 890 m², a vocation à s'implanter dans une zone agricole, où est déjà installée l'exploitation agricole du GAEC des Monts Huglets. Le terrain d'assiette du projet, ne présente pas, par lui-même, de caractère ou d'intérêt particulier et est dépourvu de monuments historiques ou encore de sites protégés, en dehors du fait qu'il soit inclus dans une zone ZNIEFF de type 2. Il est constant que les constructions projetées, qui seront en partie cachées par des haies plantées, seront réalisées dans des matériaux couleurs bois pour les cuves, noire pour les toitures et blanche pour la clôture nord, reprenant ainsi les couleurs identifiées sur les bâtiments agricoles déjà présents sur la parcelle. La circonstance que compte tenu de la hauteur des constructions, les couleurs de celles-ci soient en rupture avec la couleur du ciel, comme l'invoquent les requérants, n'est pas de nature à établir que le projet d'unité de méthanisation porterait atteinte aux paysages naturels environnants. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

Sur la participation du public :

15. Aux termes de l'article 6 de la convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement : " 1. Article 6 PARTICIPATION DU PUBLIC AUX DÉCISIONS RELATIVES A DES ACTIVITÉS PARTICULIÈRES 1. Chaque Partie : / a) Applique les dispositions du présent article lorsqu'il s'agit de décider d'autoriser ou non des activités proposées du type de celles énumérées à l'annexe I; / b) Applique aussi les dispositions du présent article, conformément à son droit interne, lorsqu'il s'agit de prendre une décision au sujet d'activités proposées non énumérées à l'annexe I qui peuvent avoir un effet important sur l'environnement. Les Parties déterminent dans chaque cas si l'activité proposée tombe sous le coup de ces dispositions; () / 2. Lorsqu'un processus décisionnel touchant l'environnement est engagé, le public concerné est informé comme il convient, de manière efficace et en temps voulu, par un avis au public ou individuellement, selon le cas, au début du processus () / 3. Pour les différentes étapes de la procédure de participation du public, il est prévu des délais raisonnables laissant assez de temps pour informer le public conformément au paragraphe 2 ci-dessus et pour que le public se prépare et participe effectivement aux travaux tout au long du processus décisionnel en matière d'environnement. / 4. Chaque Partie prend des dispositions pour que la participation du public commence au début de la procédure, c'est-à-dire lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence. ". L'annexe I de la convention vise dans le secteur de l'énergie " les installations de gazéification et de liquéfaction ". Ces stipulations doivent être regardées comme produisant des effets directs dans l'ordre juridique interne.

16. Pour contester les permis de construire, M. H et autres font valoir que le public n'a pas été consulté ni informé du projet, en méconnaissance de l'article 6 de la convention d'Aarhus. Toutefois, il résulte des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de cette convention que les stipulations de l'article 6 ne sont opposables qu'aux activités énumérées à l'annexe I de la convention. Si l'activité de méthanisation relève de la gazéification, les permis de construire délivrés n'ont ni pour objet ni pour effet de délivrer une autorisation d'exploiter l'activité de méthanisation mais accordent uniquement un droit un construire. Il appartient ensuite au pétitionnaire de solliciter une autorisation au titre de code de l'environnement afin d'y exploiter une activité de méthanisation, laquelle entre dans le champ d'application de l'article 6 de la convention. Il est constant que le pétitionnaire a déposé une déclaration au titre de l'article L. 512-8 du code de l'environnement relative à la demande d'autorisation d'exploiter l'activité énumérée à l'annexe I. Il s'ensuit que les stipulations de l'article 6 de la convention d'Aarhus ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre des décisions attaquées valant permis de construire. Le moyen tiré de l'inconventionnalité des dispositions de code de l'urbanisme, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé, peut, au demeurant, être écarté pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre le permis de construire modificatif :

S'agissant du défaut de nouveau dossier de déclaration au titre de l'installation classée pour la protection de l'environnement :

17. Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsque les travaux projetés portent sur une installation classée soumise à déclaration en application de l'article L. 512-8 du code de l'environnement, la demande de permis de construire doit être accompagnée de la justification du dépôt de la déclaration. " Aux termes de l'article R. 512-54 du code de l'environnement : " () II. - Toute modification apportée par le déclarant à l'installation, à son mode d'exploitation ou à son voisinage, entraînant un changement notable des éléments du dossier de déclaration initiale doit être portée, avant sa réalisation, à la connaissance du préfet. Un arrêté du ministre chargé des installations classées fixe le modèle national de déclaration de ces modifications et précise les conditions dans lesquelles cette déclaration est transmise par voie électronique. / S'il estime que la modification est substantielle, le préfet invite l'exploitant à déposer une nouvelle déclaration. / Une modification est considérée comme substantielle, outre les cas où sont atteints des seuils quantitatifs et des critères fixés par arrêté du ministre chargé des installations classées, dès lors qu'elle est de nature à entraîner des dangers ou inconvénients significatifs pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1. "

18. Il est constant que le dossier de demande du permis de construire initial comporte le récépissé de la déclaration d'installation classée pour la protection de l'environnement délivré le 7 avril 2021. Si les requérants soutiennent que le dossier de demande du permis de construire modificatif ne comporte pas la justification du dépôt d'une nouvelle déclaration, il ressort toutefois des pièces du dossier que le permis de construire modificatif ne change que faiblement l'implantation des locaux pour les éloigner des habitations et apporte des modifications et des précisions sur la gestion des eaux pluviales et du dispositif de rétention mentionné dans le permis de construire initial. Dès lors, le permis de construire modificatif n'entraîne pas de modifications substantielles au sens des dispositions de l'article R. 512-54 du code de l'environnement. Dans ces conditions, les modifications ne justifiaient pas le dépôt d'une nouvelle déclaration en application de l'article R. 512-54 du code de l'environnement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-20 du code de l'urbanisme en tant qu'il est dirigé contre le permis de construire modificatif doit donc être écarté.

S'agissant du défaut de dossier " loi sur l'eau " :

19. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, dans leur version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La demande de permis de construire précise : () i) S'il y a lieu, que les travaux portent sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; ". Aux termes de l'articles L. 214-2 du code de l'environnement : " Les installations, ouvrages, travaux et activités visés à l'article L. 214-1 sont définis dans une nomenclature, établie par décret en Conseil d'Etat après avis du Comité national de l'eau, et soumis à autorisation ou à déclaration suivant les dangers qu'ils présentent et la gravité de leurs effets sur la ressource en eau et les écosystèmes aquatiques compte tenu notamment de l'existence des zones et périmètres institués pour la protection de l'eau et des milieux aquatiques(). " Aux termes de L. 214-3 du code de l'environnement : " I.-Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. () ".

20. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

21. Pour contester l'arrêté portant permis de construire modificatif, les requérants soutiennent que, dès lors que le projet prévoit une imperméabilisation des sols de 8 172 m² au total conduisant à une interception des eaux de surfaces, il était soumis à une déclaration en application des articles L. 214-1 à 214-6 du code de l'environnement et devait ainsi contenir un dossier " loi sur l'eau " et mentionner que le projet était soumis à cette réglementation. S'il est constant que le document CERFA produit à l'appui de la demande de permis de construire ne mentionne pas que le projet nécessite le dépôt d'un dossier " loi sur l'eau ", il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le dossier de demande du permis de construire modificatif comprend un titre relatif à la " gestion des eaux pluviales et des rétentions/confinements " et d'autre part que le dossier de déclaration " installation classée pour la protection de l'environnement " produit à l'instance intègre un titre relatif aux émissions dans l'eau et dans les sols. Dès lors que l'administration disposait des informations nécessaires à l'application de la règlementation au titre de la " loi sur l'eau ", le défaut de dossier " loi sur l'eau " et de sa mention au dossier de demande n'était pas de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les dispositions modifiées du permis initial :

S'agissant de la suffisance du dossier de demande :

22. D'une part, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. "

23. Il est constant que le permis de construire initial délivré le 19 juillet 2021 a été modifié par un permis modificatif délivré tacitement le 24 juin 2022. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de permis de construire modificatif comprend un plan de situation qui fait mention de la présence de la mare située à 120 mètres du projet. Il ressort également des pièces du dossier que la notice paysagère versée à l'appui de la demande de permis de construire modificatif fait état de ce que le projet est situé dans les périmètres de la ZNIEFF continentale de type II " La Callée de la Morelle ", du site inscrit de " La rive gauche de l'embouchure de la Seine " et du parc naturel régional de la Boucle de la Seine ainsi que dans la zone aléa moyen pour le risque de gonflement-retrait des argiles. Le dossier de permis de construire modificatif intègre également des photographies des environs proches et lointains du projet qui permettent d'apprécier la proximité avec un " écran végétal " et les habitations situées à proximité du projet. Ainsi, compte tenu des modifications apportées au projet par le permis de construire modificatif, M. H et autres ne peuvent utilement se prévaloir de ce que ces éléments auraient manqué au dossier de demande initial.

24. Par ailleurs, M. H et autres soutiennent que le projet est situé dans le cheminement du corridor écologie du parc naturel régional de la Seine. S'il ressort effectivement des pièces du dossier que cet élément n'est ni mentionné au dossier de permis initial, ni au dossier de permis de construire modificatif, la présence du corridor écologique a néanmoins été analysée dans le cadre du pré-diagnostic écologique du projet de décembre 2021 qui conclut à un enjeu faible relatif au corridor. Dans ces conditions, le fait que le projet se situe dans un tel corridor ne peut être regardé comme ayant été de nature à modifier l'appréciation de l'administration portée sur le projet au regard des règles d'urbanisme qui lui sont applicables.

25. En outre, la circonstance, à la supposer établie, que le dossier de permis fasse omission du fait que le projet est situé à proximité d'un talweg et de terrains classés en zone présentant un risque de cavité souterraine, alors même que le dénivelé du terrain est mentionné dans la notice paysagère du permis de construire modificatif et que le terrain n'est pas lui-même inclus dans la zone présentant un risque de cavité souterraine, n'est pas de nature à avoir eu une incidence sur l'appréciation portée par l'administration sur le projet.

26. Il résulte de ce qui précède que la branche du moyen tirée de l'incomplétude du dossier en ce qui concerne la description de l'environnement du projet ne peut qu'être écartée.

27. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. "

28. Il ressort des pièces du dossier que les plans de masse versés à l'appui des demandes de permis initial et modificatif font état des réseaux d'équipement notamment concernant la gestion des eaux. Si M. H et autres soutiennent que le traitement des eaux pluviales, de voiries, la capacité de rétention des bassins et la gestion du risque d'accident sont insuffisamment traités dans les dossiers de demande, il ressort des pièces du dossier que la notice descriptive du permis de construire modificatif revient avec précision sur le système de gestion des eaux notamment en décrivant précisément le traitement des eaux pluviales, y compris les eaux de voiries qui sont traitées par décanteur, bassin d'infiltration et filtre à sable. Sont ainsi précisés la capacité de stockage des eaux de pluie des bassins, le traitement particulier du réseau d'eaux souillées ainsi que, conformément à la règlementation applicable en matière d'installation classée pour la protection de l'environnement, une prévention et une gestion du risque d'accident et fuite. Au demeurant, il est constant que les services de sécurité contre l'incendie ont rendu un avis favorable au projet le 27 avril 2021. Dans ces conditions, compte tenu des compléments apportés par le permis modificatif, M. H et autres ne sont pas fondés à soutenir que les dossiers de demande de permis de construire seraient insuffisants et comporteraient des imprécisions.

29. La branche du moyen tirée de l'incomplétude du dossier de demande eu égard à la gestion des eaux doit être écartée.

30. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur à la date du permis de construire initial : " Lorsque les travaux projetés portent sur une installation classée soumise à enregistrement ou déclaration en application des articles L. 512-7 et L. 512-8 du code de l'environnement, la demande de permis de construire doit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande d'enregistrement ou de la déclaration.

31. Dès lors que le dossier de demande de permis comprend un récépissé de dépôt d'une déclaration présentée au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement, il répond aux exigences de l'article R. 431-20 sans qu'il y ait lieu de rechercher si l'installation en cause relèverait, pour l'application de cette législation, non du régime de la déclaration mais de celui de l'autorisation ou de l'enregistrement. Le moyen tiré de l'incomplétude du dossier dès lors que le projet relèverait du régime de l'enregistrement et non de la déclaration doit ainsi être écarté comme inopérant.

32. Enfin, si l'avis GDRF fait état d'une donnée d'injonction dans le réseau de 115 Nmh3/h alors que le dossier de demande des permis de construire mentionne un débit de seulement 80 Nmh3/h pour les mêmes données, d'une part, l'avis GRDF mentionne la valeur d'injonction maximale et d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une confusion dans ces valeurs aurait induit l'autorité administrative en erreur.

33. Les autres branches du moyen tirées de l'incomplétude du dossier de demande doivent également être écartées.

Sur la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

34. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

35. Si M. H et autres soutiennent que le projet présente des nuisances sonores et olfactives, les requérants n'assortissent pas cette branche du moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé, alors qu'au demeurant la notice du permis de construire modificatif précise que les cuves seront fermées et insonorisées.

36. Par ailleurs, il est constant que le projet est situé dans le périmètre d'exposition moyenne au retrait gonflement des argiles et qu'une partie des cuves du projet sont semi-enterrées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le diagnostic écologique réalisé en décembre 2021 conclut à l'absence de sensibilité de la zone et que la notice du permis modificatif prévoit que les cuves et bassins de collecte des eaux seront étanches, que les eaux souillées en cas de fuite seront confinées en zone étanche et qu'un système de drain avec regards de contrôle est prévu pour assurer le contrôle des fuites. Le projet prévoit ainsi des dispositifs de nature à assurer la prévention et la gestion du risque invoqué. La circonstance que le terrain du projet soit situé à proximité d'un périmètre de cavité souterraine, sans y appartenir, n'est pas de nature à établir l'existence d'un risque pour la sécurité au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la branche du moyen tiré des risques existants en raison de l'absence de prise en compte de la composition du sol et du sous-sol doit être écarté.

37. En outre, si M. H et autres se prévalent de risque relatif à la pollution de l'air, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le digestat sera stocké en cuve fermée et, d'autre part, une torchère automatique à combustion fermée est prévue pour consommer le biogaz en cas de dépassement des capacités de stockages. En tout état de cause, et comme le fait valoir le GAEC des Monts Huglets en défense, l'exploitation sera soumise à la règlementation des installations classées pour la protection de l'environnement relative aux pollutions de l'air. Par suite, l'installation n'est pas par elle-même de nature à présenter un risque pour la pollution de l'air contraire aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

38. Enfin, contrairement à ce que soutiennent M. H et autres, la notice du permis de construire modificatif fait état, d'une part, d'un système de gestion des eaux pluviales de voirie, des eaux pluviales de toiture et des eaux d'extinction incendie intégrant des systèmes de filtration avec débourbeur, déshuiler, bassin de rétention et bassins d'infiltration avec filtre à sable, ainsi que, d'autre part, de la gestion en préfosse enterrée pour les jus de stockages, les eaux pluviales souillées sur la zone de stockage et les eaux de lavage et de désinfection. Cette notice mentionne également que des regards de contrôle des drains permettront les vérifications d'absence ou de présence de pollution ponctuelle. Dans ces conditions, compte tenu des compléments apportés par le permis de construire modificatif en matière de gestion des eaux, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet présenterait un risque de pollution pour les eaux, alors même que l'exploitation pourra faire l'objet d'une prescription spéciale au titre de la règlementation des installations classées pour la protection de l'environnement.

39. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.

40. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions de M. H et autres tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2021 portant permis de construire pour la réalisation d'une unité de méthanisation, du rejet de leur recours gracieux ainsi que la décision par laquelle le préfet de l'Eure a implicitement délivré un permis de construire modificatif pour le même projet, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

41. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que le GAEC des Monts Huglets demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par les requérants soient mises à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du GAEC des Monts Huglets présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I H en sa qualité de représentant unique des parties, au GAEC des Monts Huglets et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

Le premier conseiller faisant fonction de président,

G. ArmandLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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