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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200350

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200350

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2022, M. B C, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 juillet 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au réexamen de sa situation, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, valant renonciation de la part contributive de l'Etat.

M. C soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que :

- il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend en méconnaissance des dispositions de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours en méconnaissance de dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- est irrégulière en l'absence d'un défaut d'évaluation de sa vulnérabilité, de ses besoins particuliers en matière d'accueil et des raisons pour lesquelles il s'est soustrait à ses obligations particulières en matière d'asile ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, l'OFII, représenté par son directeur général, conclut au rejet la requête de M. C.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Vu :

- la décision du 26 novembre 2021 par laquelle M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- et les observations de Me Labelle, représentant M. C.

L'OFII n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né le 6 février 1991, s'est vu octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 12 mars 2021. Par une décision du 20 juillet 2021, dont M. C demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 novembre 2021. Ainsi, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 2 janvier 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur et librement accessible sur le site internet de l'OFII, le directeur général de cet office a donné délégation à Mme A D, directrice territoriale adjointe, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E F, directrice territoriale, à l'effet de signer les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil pour les demandeurs d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que M. C a été déclaré en fuite à compter du 1er juillet 2021 en s'abstenant de se présenter aux autorités. La décision attaquée présente ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. "

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire d'accueil signé par M. C lors du dépôt de sa demande d'asile le 12 mars 2021, qu'il a été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'a pas reçu l'information prévue à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. /Lorsque la décision est motivée par la circonstance que le demandeur a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères sur sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, elle entraîne la restitution des montants indûment versés au titulaire de l'allocation. "

8. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a adressé à M. C un courrier l'informant de son intention de mettre un terme aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait en raison du non-respect de son obligation de se présenter aux autorités. Ce courrier l'informait qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter des observations. Le pli contenant ce courrier a été avisé à l'adresse du requérant le 10 juillet 2021 et retourné à l'OFII portant la mention " pli avisé et non réclamé ". M. C ayant ainsi été régulièrement notifié du courrier d'information, le moyen tiré de l'impossibilité de présenter ses observations conformément à l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait de l'application du dispositif national d'accueil de l'OFII produit en défense, que M. C a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 12 mars 2021, date à laquelle il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et que cet entretien n'a pas mis en évidence qu'il se trouvait dans une situation de vulnérabilité. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'évaluation de sa vulnérabilité doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () "

11. Il ressort des pièces versées aux débats par l'OFII que M. C ne s'est pas présenté à deux rendez-vous fixés à fin de son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile et a été déclaré en fuite le 1er juillet 2021. Dans le cadre de la présente instance, l'intéressé ne conteste pas avoir manqué ces deux rendez-vous et ne fait pas état de motifs ayant justifié son absence. Dans ces circonstances, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit en considérant que M. C n'avait pas respecté les exigences des autorités et en mettant fin pour ce motif à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et en tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen n'est pas fondé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles formulées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Elatrassi-Diome et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

L. FAVRE

La présidente,

C. VAN MUYLDER Le greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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