mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | FIDAL BOISGUILLAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête ainsi qu'un mémoire complémentaire et des productions de pièces enregistrés le 26 janvier 2022, le 25 mars 2022, le 28 avril 2022, le 7 juillet 2022 et le 19 juillet 2022 la société à responsabilité limitée (SARL) Europe Ambulance, représentée par la SELAS Fidal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle 76-1 a refusé d'autoriser le licenciement de M. B A ;
2°) d'annuler la décision du 11 mai 2022 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision du 30 novembre 2021 et a refusé le licenciement de M. B A ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SARL Europe Ambulance soutient :
* En ce qui concerne la décision du 30 novembre 2021 :
- elle n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;
- les faits survenus le 28 juin 2021 reprochés à M. A sont établis et d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement ;
* En ce qui concerne la décision du 11 mai 2022 :
- elle n'a pas été adoptée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;
- la procédure de licenciement n'était pas prescrite ;
- les faits survenus le 28 juin 2021 reprochés à M. A sont établis et d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2022 et le 14 août 2022 ainsi que des productions de pièces enregistrées le 14 août 2022 et le 1er février 2024, M. B A conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que soit mise à la charge de la société Europe Ambulance la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision de l'inspectrice du travail sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par la société Europe Ambulance ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.
La ministre soutient que :
- les moyens soulevés par la société Europe Ambulance sont inopérants en ce qu'ils sont dirigés contre la décision de l'inspection du travail ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Me Coquerel, représentant la société Europe Ambulance.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Europe Ambulance assure un service de transport ambulancier et comprend un effectif de quinze salariés. M. A, recruté le 22 mars 2016, initialement comme auxiliaire ambulancier, puis comme ambulancier, bénéficiait de la qualité de salarié protégé au titre de son mandat de membre du comité social et économique. Par courrier du 9 juillet 2021, reçu le 13 juillet suivant, la société Europe Ambulance a saisi les services de l'inspection du travail de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS) de la Seine-Maritime d'une demande d'autorisation de licenciement de M. A pour motif disciplinaire. Cette demande a été refusée par décision du 13 septembre 2021 au motif d'une irrégularité ayant affecté la convocation à entretien préalable du salarié. Le 28 septembre 2021, la société a de nouveau sollicité l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licenciement de M. A pour motif disciplinaire. Par décision du 29 novembre 2021, l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle 76-1 a refusé d'accorder l'autorisation demandée au motif de l'absence de matérialité ou de gravité suffisante des griefs reprochés. Par courrier du 26 janvier 2022, la société Europe Ambulance a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre en charge du travail. Par décision du 11 mai 2022, la ministre a annulé la décision de l'inspectrice du travail et a refusé d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A. La société Europe Ambulance doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions du 29 novembre 2021 et du 11 mai 2022.
Sur les moyens communs aux deux décisions :
2. En premier lieu, les décisions comportent, de façon détaillée, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Ces décisions sont donc suffisamment motivées.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " () En cas de litige, le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. Si un doute subsiste il profite au salarié. "
4. Il ressort des pièces du dossier que la société Europe Ambulance a sollicité l'autorisation de procéder au licenciement de M. A pour motif disciplinaire, en lui reprochant d'avoir, durant un transport en ambulance, touché toutes les parties du corps d'une patiente et lui avoir demandé une faveur sexuelle, d'avoir mis la main aux fesses de cette patiente pendant toute la montée des escaliers en la raccompagnant à sa résidence, d'avoir, de nouveau, une fois au domicile de la patiente, tenté d'obtenir des faveurs sexuelles et lui avoir demandé un double de ses clés pour revenir à sa guise. La société requérante s'est appuyée sur le récit concordant et constant de la patiente, sur son dépôt de plainte ainsi que sur les attestations de son mandataire judiciaire à la protection des majeurs qui a relayé des déclarations de la patiente. La société requérante s'appuie également sur des attestations d'anciennes collègues de M. A faisant état de propos et comportements déplacés et à caractère sexuel de l'intéressé, antérieurs aux faits ayant justifié la demande d'autorisation de licenciement.
5. Toutefois, les faits reprochés à M. A n'ont été rapportés que par la patiente prise en charge le 28 juin 2021. D'une part, M. A conteste les faits étant survenus dans le véhicule et dans l'appartement de la patiente. Il indique que celle-ci refusait de s'attacher dans le véhicule et qu'il a dû l'y contraindre. Il indique également s'être contenté de ramener la patiente dans son logement sans s'y être attardé. L'attestation produite par le binôme de M. A pour la prise en charge du 28 juin 2021 et qui conduisait le véhicule alors que se seraient déroulés les faits évoqués par la patiente, fait état de vifs échanges verbaux entre la patiente et M. A qui sont compatibles avec la version des faits présentée par ce dernier et indique également que son collègue est rapidement retourné au véhicule dans lequel lui-même était resté en raison du caractère gênant de son stationnement. Une attestation produite par la société Europe Ambulance dans laquelle un collègue de M. A fait état de la description que celui-ci lui a fait de cette prise en charge correspond également à la présentation des faits de M. A. Par ailleurs, ce dernier produit de nombreuses attestations d'anciens collègues qui indiquent qu'ils ne lui ont pas connu de comportements ou de propos déplacés. Il ressort de ces différents éléments qu'un doute subsiste sur la matérialité des faits survenus dans le véhicule et dans l'appartement, qui doit profiter à M. A. D'autre part, ce dernier ne conteste pas avoir touché les fesses de la patiente lorsqu'il la raccompagnait à son domicile. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la captation vidéo de la scène que, si rien ne paraît avoir justifié le geste de M. A, ce contact, très bref, n'était, à l'analyse du geste, sans connotation sexuelle et donc, non constitutif d'une faute de nature à justifier un licenciement. Par suite, alors que les éléments relatifs à l'exercice des fonctions syndicales par M. A ne sauraient être retenus pour justifier une sanction disciplinaire, la société Europe Ambulance n'est pas fondée à soutenir que les faits reprochés au salarié protégé sont de nature à justifier son licenciement. C'est donc sans erreur d'appréciation que sa demande a été rejetée.
Sur le moyen propre à la décision du 11 mai 2022 :
6. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense ; () "
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C D exerçait, à la date de la décision attaquée, les fonctions de sous-directrice au sein du ministère du travail, de l'emploi et de l'insertion. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par M. A, que la société Europe Ambulance n'est fondée à demander l'annulation ni de la décision du 29novembre 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle 76-1 a refusé le licenciement de M. A, ni de la décision du 11 mai 2022 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision du 29 novembre 2021 et a refusé le licenciement de M. A. Par voie de conséquence les conclusions de la société présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetée. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Europe ambulance est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Europe ambulance, à M. B A et à la ministre du travail et de l'emploi.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. DEFLINNE
Le président,
signé
P MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
N°2200361
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026