mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | HARIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2022, M. B, représenté par Me Harir, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022 et le 15 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 19 octobre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 30 octobre 2023 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. A, enregistrées le 3 janvier 2023 et le 6 octobre 2023.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 17 avril 1987, est entré en France le 8 mai 2001, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 1er décembre 2008, il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Le 8 juin 2009, il a été placé en détention provisoire, dans le cadre d'une information judiciaire. Il a été condamné, par arrêt de la cour d'assises des Hauts-de-Seine du 13 janvier 2012, à une peine de 20 ans de réclusion criminelle pour des faits d'homicide volontaire, requalifiés en 2019 en vol avec violence ayant entraîné la mort. En dernier lieu et avant son admission au bénéfice du régime de la détention à domicile sous surveillance électronique à compter du 9 août 2022 puis de la libération conditionnelle à compter du 9 février 2023, il était incarcéré au centre pénitentiaire du Havre. Le 24 juin 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 9 novembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énonciation des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale a procédé à un examen particulier de la situation de M. A, tant au regard de sa vie privée et familiale que de la menace à l'ordre public qu'il serait susceptible de représenter. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A aurait demandé son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Seine-Maritime n'était donc, en tout état de cause, pas tenu de saisir la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions de cet article. Par suite, le moyen ainsi tiré de l'irrégularité de la procédure, pris en sa première branche, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen de légalité interne tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
6. M. A, qui entré sur le territoire français en 2001 à l'âge de quatorze ans, justifie y avoir poursuivi sa scolarité, qui s'est traduite en particulier par l'obtention de certificats d'aptitude professionnelle " carrosserie réparation " et " peinture en carrosserie " en 2005 et 2006, et y disposer d'attaches familiales, à savoir sa mère, titulaire d'une carte de résident, deux de ses frères, dont l'un est de nationalité française et l'autre titulaire d'une carte de résident, ainsi qu'un demi-frère. Il est également père d'un enfant né le 29 octobre 2009. Il se prévaut par ailleurs de l'exercice régulier d'une activité professionnelle durant son incarcération, de son bon comportement au cours de celle-ci et de ses perspectives de réinsertion, notamment professionnelle, dans la perspective de sa libération.
7. Le projet de réinsertion professionnelle du requérant se limite toutefois à une promesse d'embauche émise par son frère, au sein de l'entreprise de ce dernier, pour l'exercice d'une activité dans le domaine de la couverture, sans rapport avec les qualifications dont il se prévaut. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a reconnu l'enfant Yanis Saïdi, né en 2009, que le 19 janvier 2021, sans faire état d'aucun obstacle à ce que cette reconnaissance intervînt préalablement, et l'unique attestation de la mère de cet enfant n'est pas de nature à établir la réalité et l'intensité du lien que le requérant entretiendrait avec lui. Mais le requérant justifie du soutien important de la part de sa famille, très présente auprès de lui tant durant son incarcération que dans la perspective de sa libération. Dans ces conditions, eu égard à la durée de séjour de M. A, à l'âge auquel il est entré sur le territoire et à la présence en France de sa famille et au soutien que celle-ci lui apporte, le préfet de la Seine-Maritime, en lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour, a porté une atteinte significative à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
8. Cependant, l'autorité administrative peut porter une atteinte au droit d'un étranger au respect de sa vie privée et familiale à condition que cette atteinte ne soit pas disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par sa décision, au nombre desquels figure la nécessité de préserver l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à une peine de vingt ans de réclusion criminelle pour des faits de vol avec violence ayant entraîné la mort d'une personne âgée dans des conditions dégradantes, et était déjà défavorablement connu des services de police dès l'année 2004. Si M. A justifie d'une longue durée de séjour en France où il est entré mineur, il est constant qu'il a été incarcéré pendant plus de la moitié de ce séjour à compter d'une date à laquelle il était tout juste âgé de vingt-deux ans. Il ressort en particulier du jugement du 29 juillet 2022 du juge de l'application des peines du tribunal judiciaire du Havre statuant en chambre du conseil, que si l'intéressé a manifesté des regrets eu égard aux faits d'une particulière gravité ayant conduit à sa condamnation, il ne les reconnaît que partiellement, voire les banalise et tend à minimiser sa responsabilité. Une expertise psychiatrique du 17 janvier 2020 a ainsi relevé qu'il existait toujours un risque de réitération de faits similaires, une absence d'investissement dans tout travail introspectif et un attrait pour l'alcool et la drogue. Si le jugement du 29 juillet 2022 indique que M. A contestait cette expertise, qu'il affirmait avoir arrêté toute consommation d'alcool et de drogue depuis son incarcération et qu'il avait entamé un suivi psychologique depuis cette expertise, l'intéressé n'apporte aucun élément suffisamment précis et circonstancié de nature à corroborer ces allégations, ni à justifier dans quelle mesure le suivi psychologique qu'il a entamé aurait permis de lever les craintes exprimées par l'expert en janvier 2020. Le jugement du 29 juillet 2022 note également, en dépit de nombreux efforts en détention, un caractère impulsif, un comportement toujours sur la défensive, une absence d'écoute et la nécessité pour l'intéressé d'apprendre à se remettre en question. Enfin, si en dépit de ces nombreuses réserves, relatives à des circonstances pouvant être regardées comme contemporaines de la décision en litige, le juge de l'application des peines a autorisé l'aménagement de la peine de M. A du mois d'août 2022 au mois de novembre 2023, dans un premier temps en détention à domicile sous surveillance électronique puis sous le régime de la libération conditionnelle, ces circonstances sont, en tant que telles, postérieures à la décision attaquée et ne reflètent pas l'état du requérant à cette date. Dans ces conditions, eu égard à la particulière gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné et compte tenu de l'existence de risques de réitération, le préfet de la Seine-Maritime a pu considérer, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, que l'atteinte portée par sa décision au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale n'était pas disproportionnée, eu égard à la nécessité de préserver l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, dès lors que le requérant ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ce premier article, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure pris en sa seconde branche, doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026