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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200592

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200592

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantTRICOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2022, Mme B A, représentée par Me Tricot, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 13 avril 2021 par laquelle le maire de la commune d'Illiers-l'Evêque a rejeté sa demande de prorogation du certificat d'urbanisme opérationnel n° CU 027 530 18 F0015 délivré le 23 avril 2019 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Illiers-l'Evêque lui a délivré le certificat d'urbanisme opérationnel négatif n° CU 0 27 350 21 F0038, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.

3°) de mettre à la charge de la commune d'Illiers-l'Evêque la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées de vices de procédure tirés de défaut de saisine des services de la préfecture de l'Eure ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elles se fondent sur les propres déclarations du maire et qu'aucun acte ne déclare la parcelle d'assiette comme appartenant à une zone inondée ;

- elles se fondent sur des dispositions illégales du plan local d'urbanisme intercommunal d'Evreux Porte de Normandie ;

- elles sont entachées de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, la commune d'Illiers-l'Evêque, représentée par Me André conclut à l'irrecevabilité de la requête et à défaut à son rejet au fond.

Elle fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2021 sont irrecevables car elles sont tardives ;

- les décisions attaquées pouvaient être fondées, par substitution de motif, sur le motif tiré de ce que le projet de construction se situe en zone N du plan local d'urbanisme intercommunal Evreux porte de Normandie qui interdit toute construction ;

- la décision de refus de prorogation pouvait être fondée, par substitution de motif, sur le motif de ce que la demande de prorogation a été déposée après l'expiration de la validité du certificat d'urbanisme ;

-les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me André, représentant la commune d'Illiers-l'Evêque.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, propriétaire d'une parcelle cadastrée AR 323 située sur le territoire de la commune d'Illiers-l'Evêque, a obtenu, le 23 avril 2019, un certificat d'urbanisme opérationnel positif n° CU 027 0350 18 F0015. Par une demande déposée le 12 mars 2021, Mme A a demandé la prolongation de ce certificat d'urbanisme opérationnel positif pour une durée d'un an. Par une décision du 13 avril 2021, la commune d'Illiers-l'Evêque a rejeté cette demande. Mme A a déposé une nouvelle demande de certificat d'urbanisme opérationnel le 9 août 2021. Par un arrêté du 23 septembre 2021, le maire de la commune d'Illiers-l'Evêque a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif n° CU 027 350 21 F0038. Mme A a présenté un recours gracieux à l'encontre de ce dernier certificat que le maire de la commune d'Illiers-l'Evêque a rejeté le 10 décembre 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du certificat d'urbanisme opérationnel négatif délivré le 23 septembre 2021 :

S'agissant des moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

3. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publiques, le permis de construire ou le certificat d'urbanisme ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, de l'accorder en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

4. Pour prendre la décision attaquée, la commune d'Illiers-l'Evêque s'est fondée sur l'avis des services des eaux pluviales de la communauté d'agglomération Evreux Porte de Normandie, selon lequel la parcelle du projet " a été déclarée zone inondée en 2001 " si bien que " l'opération n'est pas réalisable ". Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, ni du plan de zonage du plan local d'urbanisme intercommunal Evreux Porte de Normandie, librement accessible, que le terrain d'assiette du projet ferait l'objet d'un signalement particulier relatif à un quelconque risque d'inondation, la présence d'une marre ou encore de zone humide. A supposer qu'un tel risque existe, il appartenait à la commune de prévoir des prescriptions spécifiques pour réduire ce risque. En outre, les seules photographies versées à l'instance par la commune d'Illiers-l'Evêque, non datées, ne sont pas de nature à établir la réalité de ce risque. Et, en tout état de cause, la circonstance, à la supposer avérée que la parcelle ait été inondée en 2001 ne permet pas d'établir qu'un risque demeurait à la date du certificat d'urbanisme négatif. Il s'ensuit que le risque d'inondation fondant seulement la décision de certificat d'urbanisme négatif n'est pas établi.

5. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à l'existence d'un risque d'inondation ne peut qu'être accueilli en ce qui concerne le certificat d'urbanisme opérationnel négatif délivré le 23 septembre 2021. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, d'être accueilli.

S'agissant de la substitution de motif sollicitée en défense :

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Pour justifier la décision attaquée, la commune d'Illiers-l'Evêque fait valoir que le projet est situé en zone naturelle du plan local d'urbanisme intercommunal d'Evreux Porte de Normandie. Il résulte de l'instruction que ce plan local d'urbanisme intercommunal a classé la parcelle d'assiette du projet en zone naturelle stricte pour laquelle le règlement du plan local d'urbanisme prévoit à son article N1, par principe, une interdiction des constructions. Il ne résulte pas de l'instruction que la construction projetée entrerait dans les exceptions à cette interdiction. Enfin, il résulte de l'instruction que la commune d'Illiers-l'Evêque aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ce motif. La substitution de motif doit, par suite, être accueillie.

8. Il résulte de ce qui précède, compte tenu de la substitution de motif, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation du certificat d'urbanisme opérationnel négatif du 23 septembre 2021.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 13 avril 2021 refusant la prorogation du certificat d'urbanisme opérationnel délivré le 23 avril 2019 :

9. Aux termes de l'article R*410-17 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme peut être prorogé par périodes d'une année sur demande présentée deux mois au moins avant l'expiration du délai de validité, si les prescriptions d'urbanisme, les servitudes administratives de tous ordres et le régime des taxes et participations d'urbanisme applicables au terrain n'ont pas changé. "

10. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 13 avril 2021 de refus de prorogation du certificat d'urbanisme opérationnel positif délivré le 23 avril 2019 est fondé sur le fait que le plan local d'urbanisme intercommunal d'Evreux Porte de Normandie est entré en vigueur. Ce motif n'est pas contesté et permet de fonder à lui seul la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du risque d'inondation ne peut qu'être écarté comme inopérant dès lors que le risque d'inondation ne constitue pas un motif de la décision attaquée du 13 avril 2021.

11. Le moyen tiré du vice de procédure dès lors que le maire " devait recueillir l'avis des services de la préfecture de l'Eure " qui ne fait état, ni du caractère obligatoire de la saisine d'une telle autorité, ni d'une disposition législative ou réglementaire fondant cette obligation, n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

12. Si Mme A se prévaut de l'illégalité du plan local d'urbanisme intercommunal d'Evreux Porte de Normandie, dès lors qu'il a modifié les règles applicables à la parcelle d'assiette du projet, elle ne se prévaut d'aucune cause d'illégalité de ce plan. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme n'est ainsi pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé.

13. Enfin, le détournement de pouvoir n'est pas établi.

14. Au demeurant, ainsi que le fait valoir la commune en défense, la demande de prorogation du certificat d'urbanisme opérationnel sollicité le 12 mars 2021 a été présentée tardivement, après l'expiration du délai de validité de 18 mois du certificat d'urbanisme délivré le 23 avril 2019.

15. Il suit de là que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 avril 2021 de refus de prorogation du certificat d'urbanisme positif.

16. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation des décisions des 13 avril 2021, 23 septembre 2021 et 10 décembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Illiers-l'Evêque, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par la commune d'Illiers-l'Evêque.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera une somme de 1 500 euros à la commune d'Illiers-l'Evêque sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de l'urbanisme.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Illiers-l'Evêque.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

P. Bailly La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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