Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200639

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantQUEVREMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 14 février 2022 et le 22 avril 2022, M. B E A, représenté par Me Quèvremont, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de trois mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours, le tout sous astreinte journalière de cinquante euros ;

3°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

* Le refus de séjour :

- est entaché d'incompétence de son signataire ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est illégale dès lors qu'elle repose sur un refus de séjour illégal ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est illégale dès lors qu'elle repose sur des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 12 janvier 2022 attribuant l'aide juridictionnelle totale à M. A ;

- l'ordonnance du 10 mai 2022 fixant la clôture de l'instruction au 25 mai 2022 à 12 h;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Leroy, substituant Me Quèvremont, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kenyan, est entré régulièrement en France le 20 septembre 2018 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ". Il s'est vu délivrer un titre de séjour mention " étudiant " valable jusqu'au 12 septembre 2020. Le 28 octobre 2020, il a sollicité une carte de séjour mention " travailleur temporaire ". Par l'arrêté attaqué du 24 mars 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 15 février 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2021-041 du 19 février 2021, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () "

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 20 septembre 2018 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ". S'il soutient résider habituellement en France depuis 2018, la nature de son titre de séjour ne lui donnait pas vocation à s'y installer durablement mais à se former. D'autre part, l'intéressé se prévaut d'une insertion sociale sous la forme d'une adhésion à l'association Alliance Française, d'une adhésion à une association sportive, du fait qu'il dispose du permis de conduire français, d'une activité bénévole au sein d'une épicerie solidaire et de plusieurs missions d'intérim. L'ensemble de ces éléments ne suffit toutefois pas, compte tenu de l'entrée récente sur le territoire national du requérant, célibataire et sans enfants et non dépourvu d'attaches dans son pays où il a vécu jusqu'à 26 ans, à établir que les liens créés sur le territoire seraient d'une intensité telle qu'en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En second lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée à raison des éléments analysés ci-dessus n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

7. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 4 et 5.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A, à Me Blandine Quèvremont et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MINNEL'assesseur le plus ancien,

Signé

T. DEFLINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2200639