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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200641

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200641

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMITRANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2022 et des mémoires enregistrés le 30 mars 2022 et le 13 septembre 2023, la société ORBLANC INTERNATIONALE, représentée par Me Mitrani, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le ministère de l'agriculture et de l'alimentation à lui verser la somme totale de 113 137,22 euros en indemnisation de ses préjudices résultant du refus illégal d'admission sur le territoire de l'Union européenne de sa marchandise, qui lui a été opposé par le service régional de l'alimentation-service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire, du poste de contrôle frontalier du Havre ;

2°) de condamner le service régional de l'alimentation-service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire du poste de contrôle frontalier du Havre, à lui verser la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- ses conclusions indemnitaires sont recevables dès lors qu'elle a introduit un référé-suspension ayant abouti, le 28 février 2022, à une décision de retrait, par l'administration, des décisions du 26 janvier 2022 de refus d'admission de sa marchandise sur le territoire de l'Union européenne ;

- les décisions du 26 janvier 2022 du service régional de l'alimentation-service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire refusant l'admission de sa marchandise sur le territoire de l'Union européenne, étaient entachées d'illégalité ;

- à la suite du dépôt de sa requête en référé-suspension, le service régional de l'alimentation - service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire a, d'ailleurs, fait droit à ses demandes et a " annulé ", le 28 février 2022, les décisions précitées, ce qui atteste de leur illégalité ;

- le retrait tardif de ces décisions constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle a subi des préjudices résultant directement de cette faute :

* 38 409,22 euros au titre du coût des marchandises périmées ;

* 54 728 euros au titre des frais accumulés résultant du retard de libération des marchandises ;

* 20 000 euros au titre du préjudice moral ;

- il incombe au ministère de l'agriculture et de l'alimentation de l'indemniser à concurrence de cette somme.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les décisions du 26 janvier 2022 n'étaient entachées d'aucune illégalité au regard de l'article 76 du règlement (UE) 2016/2031 du 26 octobre 2016 et des points 2.2, 3.1 et 4 de la norme internationale pour les mesures phytosanitaires n°12, dite " NIMP 12 " ;

- la responsabilité de l'Etat n'est, dès lors, pas susceptible d'être engagée ;

- les conclusions indemnitaires formées par la société requérante sont irrecevables, faute de liaison du contentieux ;

- en tout état de cause, les préjudices allégués ne sont pas établis dans leur principe ;

- l'altération des marchandises, qu'il s'agisse de l'ail ou du gingembre, n'est pas démontrée alors que le refus d'admission de celles-ci n'a été effectif que durant une brève période, entre le 26 janvier 2022 et le 28 février 2022 ;

- tant la réalité que le montant des frais liés à l'immobilisation des marchandises, ne sont pas démontrés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) 2016/2031 du 26 octobre 2016 relatif aux mesures de protection contre les organismes nuisibles aux végétaux ;

- le règlement (UE) 2017/625 du 15 mars 2017 concernant les contrôles officiels et les autres activités officielles servant à assurer le respect de la législation alimentaire et de la législation relative aux aliments pour animaux ainsi que des règles relatives à la santé et au bien-être des animaux, à la santé des végétaux et aux produits phytopharmaceutiques ;

- la norme internationale pour les mesures phytosanitaires n°12 dite " NIMP 12 " ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société ORBLANC INTERNATIONALE a importé d'Inde un lot d'ail et de gingembre parvenu au port du Havre, le 13 décembre 2021. Lors du contrôle documentaire, le service régional de l'alimentation - service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire, du poste de contrôle frontalier du Havre a constaté que les certificats phytosanitaires afférents à la marchandise comportaient des informations incorrectes. Le 23 décembre suivant, le service a informé l'affréteur de la marchandise que celle-ci était consignée dans l'attente d'une éventuelle décision de refus d'admission sur le territoire de l'Union européenne. De nouveaux certificats phytosanitaires ont été adressés par les autorités indiennes, les 24 et 31 décembre 2021, aux fins de régularisation. Estimant que ces nouveaux certificats ne permettaient pas de démontrer la conformité des certificats initiaux, le service régional de l'alimentation-service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire a, par deux décisions du 26 janvier 2022, concernant les deux lots précités, refusé l'admission des marchandises sur le territoire de l'Union européenne. Ces décisions ont été notifiées le jour même à la société ORBLANC INTERNATIONALE. Par un recours en référé introduit le 15 février 2022, la société a demandé la suspension de ces décisions. Le 28 février 2022, le service régional de l'alimentation - service d'inspection vétérinaire et phytosanitaire a procédé au retrait avec effet immédiat des deux décisions précitées. Par la présente instance, la société ORBLANC INTERNATIONALE demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser des conséquences dommageables de ce retrait qu'elle tient pour tardif.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. La société requérante n'établit pas avoir demandé à l'administration, avant que le juge ne statue, de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis résultant des décisions du 26 janvier 2022. En outre, l'introduction, le 15 février 2022, d'un référé-suspension dirigé contre ces décisions et l'adoption subséquente, par l'administration, le 28 février 2022, d'une décision de retrait des décisions du 26 janvier 2022, n'a pas eu pour effet de lier le contentieux, contrairement à ce que soutient la société requérante. Ainsi, faute de demande indemnitaire préalable ayant lié le contentieux, la société ORBLANC INTERNATIONALE n'est pas recevable à demander au juge la condamnation de l'État, ainsi que le fait valoir le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire par une fin de non-recevoir qui doit être accueillie sur ce point.

4. Il résulte de ce qui précède que la société ORBLANC INTERNATIONALE n'est pas recevable à solliciter la condamnation de l'Etat. Ses conclusions relatives aux frais liés au litige doivent, par voie de conséquence, être rejetés.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société ORBLANC INTERNATIONALE est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société ORBLANC INTERNATIONALE et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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