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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200901

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200901

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2102615 du 4 mars 2022, le président du tribunal administratif de Caen a transmis le dossier de la requête de Mme A au tribunal administratif de Rouen en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête enregistrée le 4 mars 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour une opération consistant à la création de trois lots à bâtir sur un terrain situé sur le territoire de la commune de la Chapelle-Gauthier.

Elle soutient que la parcelle d'assiette du projet est une ancienne exploitation agricole, entourée d'habitations, et située en plein centre du bourg avec un accès sur la route principale de la commune.

Par un mémoire du 21 mars 2022, la commune de la commune de la Chapelle-Gauthier a présenté des observations au soutien des écritures de Mme A.

Elle fait valoir que la parcelle est reliée au réseau, qu'elle ne constitue qu'une faible emprise agricole et qu'elle est située en face d'un arrêt de bus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a déposé le 19 juillet 2021 une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en application du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme pour la création de trois lots à bâtir sur la parcelle cadastrée 0-AB-36 sur le territoire de la commune de la Chapelle-Gauthier. Par un arrêté du 19 novembre 2021, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Eure a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif n°CUb 027 148 21 B0014.

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / () b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () "

3. D'une part, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. " Cet article interdit en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées "en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; () "

5. Pour contester la décision attaquée, Mme A, ainsi qu'à son soutien, la commune de la Chapelle-Gauthier font état de l'implantation de la parcelle d'assiette du projet, située selon eux à l'intérieur du bourg de la commune, reliée aux réseaux d'équipements publics et entourée pour partie de parcelles déjà bâties. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet est située à l'angle de la rue de la Vermondière et de la rue du bourg. Elle se trouve ainsi à proximité immédiate du bourg de la commune mais est séparée de celui-ci par les deux voies qui la bordent. La parcelle d'assiette du projet est ainsi comprise dans un autre compartiment que celui sur lequel se situent les constructions appartenant au bourg de la commune, à l'ouest et au sud de la parcelle. En outre, il ressort des pièces du dossier que le projet entend créer trois lots à bâtir le long de la rue de la Vermondière, si bien qu'il aurait nécessairement pour effet d'étendre l'urbanisation de la commune sur un compartiment qui n'est actuellement pas urbanisé. Par ailleurs, si Mme A indique que la parcelle est intégrée dans l'ancienne exploitation agricole appartenant à ses grands-parents, d'une part, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations notamment concernant le périmètre d'une ancienne exploitation agricole, d'autre part, il est constant que la parcelle est actuellement une parcelle agricole dont la superficie serait réduite par le projet. Dans ces conditions, le préfet de l'Eure n'a pas entaché le certificat d'urbanisme opérationnel négatif d'une erreur d'appréciation en estimant que le projet entraînerait une extension de l'urbanisation dans une zone actuellement non urbanisée de la commune. Par suite, l'unique moyen de la requête tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2021 du préfet de l'Eure doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information à la commune de la Chapelle-Gauthier et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

Le premier conseiller faisant fonction de président,

G. ArmandLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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