jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2022, M. D A, représenté par Me Madeline, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé son admission au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à la selarl Eden avocats d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision de refus de titre de séjour :
- a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
- est insuffisamment motivée
- est entachée d'une erreur de fait substantielle ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, une demande d'éléments complémentaires a été adressée aux parties s'agissant du quantum des peines prononcées à l'encontre du requérant et de la durée totale de détention sur le territoire français. Le préfet de la Seine-Maritime y a répondu par un mémoire en production de pièces enregistré le 13 février 2024, communiqué à M. A sur le même fondement.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision en date du 23 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Duff,
- les observations de Me Madeline, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant sénégalais, né le 24 novembre 1973 à Louga, est entré régulièrement en France le 20 juillet 1982, à l'âge de huit ans, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Il a bénéficié d'un droit au séjour du 10 août 2004 au 28 août 2017. Le 17 juin 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 423-23 du même code. Par l'arrêté attaqué du 5 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () " .
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Après avoir relevé d'une part, que M. A qui avait bénéficié d'un droit au séjour du 10 août 2004 au 28 août 2017, étant entré en France avant l'âge de 13 ans, se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français depuis plus de trois ans, et d'autre part, qu'il avait été définitivement condamné à onze reprises, la première condamnation ayant été prononcée le 24 avril 1992 pour des faits de vol avec violence, et la dernière le 11 janvier 2017 pour des faits de transport, offre ou cession de stupéfiants, détention et transport de marchandises dangereuses pour la santé publique sans document justificatif, le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'admission au séjour au motif qu'il représentait une menace à l'ordre public.
5. Toutefois, ainsi que le fait valoir M. A, il est entré régulièrement sur le sol français en 1982, alors qu'il était âgé de seulement huit ans, soit depuis quarante ans à la date de la décision en litige. Par ailleurs, sa cellule familiale qui se situe sur le territoire national est notamment composée de ses cinq enfants, tous nés en France, dont trois sont issus de sa relation avec sa compagne, Mme C B. Enfin, M. A étant arrivé en France avant l'âge de treize ans et s'y étant régulièrement maintenu, le préfet de la Seine-Maritime ne pouvait l'obliger à quitter le territoire français. Dans ces conditions, en refusant par la décision en litige du 5 janvier 2022 l'admission au séjour de M. A, alors que celui-ci avait bénéficié d'un titre de séjour entre le 10 août 2004 et le 28 août 2017, et alors même que le comportement passé du requérant a indubitablement constitué une menace pour l'ordre public à la date de la commission des faits, le préfet de la Seine-Maritime a porté, eu égard à l'âge auquel il est entré sur le territoire, à la durée de sa présence régulière en France, à l'ancienneté des condamnations prononcées et en l'état du dossier, faute d'éléments relatifs à la durée totale des peines exécutées sur le territoire français par l'intéressé, malgré une mesure d'instruction, une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'admission au séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la selarl Eden avocats, avocate de M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé son admission au séjour à M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à la selarl Eden avocats en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la selarl Eden avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 22 février 2024.
Le rapporteur,
Signé :
V. Le Duff
La présidente,
Signé :
P. BaillyLa greffière,
Signé :
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026