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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201046

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201046

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantNOUEL CAMILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, M. I C A, représenté par Me Nouel, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, ensemble la décision du 21 février 2022 portant rejet de son recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui accorder le regroupement familial sollicité au bénéfice de son épouse ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, à titre principal, en tant qu'elle est irrecevable, à titre subsidiaire, en tant qu'elle est infondée.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive et, comme telle, irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. C A sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bouvet, premier conseiller, a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. H A, ressortissant algérien, né le 15 avril 1988, titulaire d'un certificat de résidence en cours de validité, a sollicité, le 27 septembre 2020, une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme B E, ressortissante algérienne née le 27 mars 1993. Par une décision du 24 novembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande. M. C A a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été expressément rejeté, le 21 février 2022. Par la présente instance, M. C A demande l'annulation de ces deux décisions.

2. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

3. En premier lieu, par arrêté n°21-055 du 1er juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 2 juillet 2021, et accessible tant au juge qu'aux parties, Mme F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, a reçu délégation à l'effet de signer, notamment, les refus d'autorisation de regroupement familial, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G D, directeur des migrations et de l'intégration. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que ce dernier n'était ni absent, ni empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée du 24 novembre 2021 mentionne que la demande de M. C A est rejetée, dès lors que l'intéressé ne justifie pas de ressources suffisantes et vise les dispositions des articles L. 411-5 et R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Une telle motivation, en ce qu'elle permet aux intéressés de comprendre, à la seule lecture de la décision, les éléments de fait et de droit qui motivent le refus de regroupement familial qui leur a été opposé, est suffisante. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : /1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial : 1 - un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. ".

6. Le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance, au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

7. Il ressort des bulletins de salaire établis au profit de M. C A par les sociétés MCB Services et MARGO Services que, sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, le 27 septembre 2020, soit au titre de la période allant du mois de juillet 2019 au mois d'août 2020 inclus, l'activité professionnelle du requérant lui a permis de dégager un revenu net de 13 879,77 euros, soit 1 156,64 euros nets mensuels, montant inférieur aux 1 214 euros requis pour atteindre la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance. Pour ce motif, le préfet de la Seine-Maritime était fondé, sans entacher sa décision d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, à refuser d'accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de l'épouse du requérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Il résulte des dispositions citées au point 5 que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas d'insuffisance des ressources du demandeur. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. M. C A fait valoir qu'il est marié, depuis le 9 mars 2020, avec Mme E et se prévaut du retentissement, sur sa santé psychique, de leur séparation. Toutefois, l'intéressé ne produit pas d'éléments suffisamment circonstanciés établissant l'intensité de leur relation. De la même manière, il ne verse aux débats aucun élément de nature à démontrer qu'il se serait rendu en Algérie, pour lui rendre visite, ni que son épouse aurait sollicité un visa de court-séjour afin de se rendre en France, dans un but identique. Dans ces conditions, et compte tenu de l'ancienneté du mariage, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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