mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201120 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | FRATACCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, le 17 mars 2022, M. A B, représenté par Me Fratacci, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire sans délai à compter du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;
- est entachée d'erreur de droit, dès lors que le préfet de la Seine-Maritime s'est cru, à tort, lié par la circonstance qu'il représenterait une menace pour l'ordre public pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, méconnaissant ainsi l'étendue du pouvoir de régularisation à titre exceptionnelle, dont il dispose en l'absence de tout texte ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 25 avril 2023 fixant la clôture de l'instruction au 9 mai 2023 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 18 mars 2023.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 6 janvier 1997, déclare être entré en France le 3 mars 2006. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 23 décembre 2015 au 22 décembre 2016, délivrée en application du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur avant le 1er mai 2021. En exécution d'une condamnation pénale pour des faits de vol et violences avec arme, il a été incarcéré du 21 janvier 2016 au 23 octobre 2019. Le 21 septembre 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 12 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 412-5 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a envisagé la possibilité de régulariser la situation de M. B à titre exceptionnel, en vertu du pouvoir discrétionnaire qu'il détient même sans texte. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit manque en fait.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est présent sur le territoire depuis au moins le mois de septembre 2007, alors qu'il était âgé de dix ans. Il n'est pas contesté qu'il y a vécu avec ses parents, l'un titulaire d'une carte de résident valable dix ans à la date de la décision attaquée et l'autre de nationalité française, ainsi que ses deux frères et sa sœur, de nationalité française, et il établit y avoir été scolarisé de l'année 2007 à l'année 2015. Cependant, en dépit de cette durée de séjour, M. B ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle, à l'exception d'une unique attestation d'emploi, établie à l'issue de sa détention, portant sur quatre mois et d'une promesse d'embauche du 1er septembre 2021. Si la circonstance qu'il a été condamné à une peine d'emprisonnement pour des faits de vol et violences avec armes et incarcéré pendant près de quatre années n'est pas de nature, à elle seule, à faire regarder sa présence sur le territoire comme représentant une menace à l'ordre public, M. B n'apporte aucun élément de nature à apprécier les garanties de réinsertion qu'il présenterait à l'issue de cette période d'incarcération alors au demeurant que sa demande de titre de séjour est postérieure de près de deux ans à sa libération. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'a pas, en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour pour ce motif, de nature, en tout état de cause, à justifier à lui seul la décision litigieuse. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
6. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit, dès lors que M. B ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'établit ni même n'allègue, par ailleurs, qu'il aurait rempli les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur l'un des autres fondements visés à l'article L. 432-13 du même code, que le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour est inopérant.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026