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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201317

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201317

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMASSARDIER JULIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, M. B A, représenté par Me Massardier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 février 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a implicitement rejeté son recours contre la décision du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Rouen du 24 janvier 2022 prononçant à son encontre une sanction de trente jours de cellule disciplinaire dont dix jours avec sursis actif pendant six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, cette condamnation valant renonciation par son conseil au versement de l'aide juridictionnelle, ou à défaut, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat.

Il soutient que :

- la sanction attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le compte rendu d'incident à l'origine des poursuites est irrégulier faute de mentionner son auteur ;

- la décision de fouille est irrégulière, dès lors qu'elle n'est fondée sur aucun risque ;

- la décision de fouille est irrégulière, dès lors qu'elle a été réalisée par une autorité incompétente ;

- les modalités de la réalisation de la fouille de cellule portent atteinte à la dignité humaine ;

- la décision de placement à titre préventif en cellule discipline est illégale, dès lors qu'elle n'est justifiée par aucune urgence ;

- la décision de sanction est entachée de disproportion ;

- la sanction de refus de parloir méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 27 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, incarcéré depuis le 8 avril 2021, a été détenu à la maison d'arrêt de Rouen du 8 avril 2021 au 12 avril 2022. Par une décision de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Rouen du 24 janvier 2022, M. A a fait l'objet d'une sanction de trente jours de cellule disciplinaire, dont dix jours avec sursis actif pendant six mois ainsi que de suppression de son droit de parloir pour trente jours pour des faits d'introduction de stupéfiant dans l'établissement, de refus de se soumettre à une mesure et de violences à l'encontre d'un surveillant pénitentiaire. M. A a formé un recours préalable obligatoire contre la décision de la commission de discipline devant la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes qui, par une décision du 25 février 2022, dont M. A demande l'annulation, a confirmé la sanction prononcée.

2. En premier lieu, aux termes de R. 57-7-13 du code de procédure pénale alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. "

3. M. A se prévaut du fait que, conformément à ce que prévoit notamment la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus, le compte-rendu de l'incident doit préciser, en principe, le nom et le prénom de l'agent des services pénitentiaires qui l'a rédigé. Toutefois, la circonstance que le compte-rendu ayant donné lieu à l'édiction de la sanction contestée ne comporte pas ces mentions, ni même le numéro de matricule de l'agent est par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure suivie. En outre, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'incident a été rédigé par un surveillant dont les initiales étaient " S. L. ", alors que le surveillant qui a siégé à la commission de discipline porte les initiales " V. A. ", qui ne correspondent pas à celles de l'agent auteur du compte rendu d'incident. Par suite, le moyen tiré de ce que le rédacteur du compte-rendu d'incident ou aurait siégé en qualité d'assesseur à cette commission ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale applicable à la date de la décision attaquée : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 1° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'un membre du personnel ou d'une personne en mission ou en visite dans l'établissement ; / () 3° D'opposer une résistance violente aux injonctions des personnels ; / () 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; () ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est sanctionné pour les faits relatés dans le compte rendu d'incident, à savoir, d'avoir introduit dans l'établissement pénitentiaire à l'issue d'un parloir, de la résine de cannabis, d'avoir refusé de se soumettre à une fouille intégrale à l'occasion de laquelle la résine de cannabis a été découverte, malgré la tentative de dissimulation de l'intéressé ainsi que d'avoir eu un comportement violent à l'encontre des surveillants pénitentiaires réalisant la fouille. M. A ne conteste pas avoir étranglé pendant plusieurs secondes un surveillant pénitentiaire et lui avoir porté des coups de pied et de poing. Ces faits constituent une faute disciplinaire du premier degré, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 57-7-1, de nature à justifier une sanction, notamment une sanction de mise en cellule disciplinaire. Compte tenu de la gravité des faits reprochés et notamment de l'étranglement d'un surveillant pénitentiaire, même si les faits contestés peuvent être regardés comme isolés, la sanction de 30 jours de cellule disciplinaire dont 10 jours avec sursis, alors que le maximum encouru pour les fautes commises était de 30 jours ferme, n'apparait pas disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

8. Pour contester la sanction de 30 jours de suppression de son droit de parloir, M. A soutient que la décision attaquée le prive de tout contact avec sa compagne et ses deux enfants alors que son plus jeune enfant était âgée de 3 mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée ne prive par le requérant de visite au parloir avec un hygiaphone. Au demeurant, la compagne de M. A a rendu visite à l'intéressé durant la période d'exécution de la sanction et s'est entretenue avec le requérant par hygiaphone. Dans ces conditions, la sanction attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A de mener une vie privée et familiale normale.

9. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité de la décision de fouille, ni celle de la décision le plaçant en cellule disciplinaire à titre préventif dès lors qu'aucune de ces décisions ne constituent la base légale de la sanction attaquée et que la sanction attaquée n'a pas été prise pour leur application. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la fouille, de l'incompétence de la personne ayant réalisé les fouilles, de l'atteinte à la dignité humaine dans la modalité de réalisation de la fouille et de l'illégalité de la décision de placement en cellule disciplinaire à titre préventif doivent être écartés comme inopérants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 25 février 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a prononcé une sanction de 30 jours de cellule disciplinaire dont 10 jours avec sursis et de 30 jours de suppression de droit de visite doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles présentées au titre des dépens, l'instance ne présentant aucun dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Massardier et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

P. Bailly La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201317ah

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